Au travail des archives, une exposition Josef Koudelka à Lausanne

Czechoslovaquia, Slovakia. Zehra. 1967. Gypsies ©Josef Koudelka / Magnum Photos

Sélectionnées parmi les plus de 35 000 planches-contacts de Josef Koudelka IKONAR montre l’étendue de l’œuvre du photographe et ses méthodes de travail de 1960 à 2012.

Vu comme un nomade, le photographe tchèque a pourtant laissé une archive conséquente (un continent) et soignée, qu’il ne cesse de revisiter – il y eut à certaines périodes de sa vie jusqu’à mille pellicules exposées par an.

Le titre IKONAR fait référence à un surnom donne par des Roms à Josef Koudelka vu comme un « faiseur d’icônes », certaines de ses images étant intégrées dans des lieux de culte.

Publié à l’occasion d’une exposition monographique éponyme ayant lieu à Lausanne, à Photo Elysée, dont Lars Willumets assure le commissariat scientifique, cet ouvrage est structuré autour de cinq portfolios majeurs de ses œuvres réalisées au 35mm – il passe au panoramique à partir de 1986 -, présentés dans l’ordre chronologique, auxquels se rattachent des images de diverses époques : Débuts (1958-1961) et Expérimentations (1962-1964) / Théâtre (1962-1970) / Gitans (1962-1970) / Invasions 1968 / Exils (1968-1994).

Composé en outre autour de sept constellations (le photographe / le collectionneur d’images / l’artiste du livre / le faiseur d’expositions / l’archiviste / le documentariste à la première personne / le collaborateur, ami et parent) et d’un texte conclusif de Stuart Alexander sur les diverses versions du livre Gypsies, publié en 1975 chez Aperture et en 1977 chez Delpire sous le très beau titre Gypsies, la fin du voyage, IKONAR ne se présente pas comme le catalogue/exposition ultime de Koudelka, mais comme une proposition de travail ouverte à la recherche à partir de ses archives (inventaire en cours) se trouvant dans son atelier d’Ivry-sur-Seine, à l’agence Magnum à Paris et à Prague.

Czechoslovakia, Kladno, 1966 ©Josef Koudelka / Magnum Photos

« Ainsi, précise Lars Willumets, plutôt qu’une vision structuraliste, l’approche adoptée ici est celle d’une sorte d’ethnographie à distance ou rétro-ethnographie de la manière dont l’œuvre, la carrière et la vie de Josef Koudelka ont toujours été imbriquées dans des pratiques et des interactions sociales complexes qui ont donné lieu à des conditions de production aux multiples strates. »  

Il faut donc voir et lire IKONAR comme une exploration visuelle à visée scientifique, l’enchantement provenant, outre la qualité des photographies à la composition graphique marquée par un fort contraste noir et blanc, de la rigueur d’une démarche d’observateur hors pair de son temps.

Connu pour sa façon presque ascétique de vivre, en solitaire, durant ses campagnes photographiques – tel est le mythe -, Josef Koudelka n’est pourtant pas un isolé sur le plan international, et sa conscience de l’importance de ses archives l’enjoint à ne cesser de les revisiter – d’y migrer – afin d’en tirer la meilleure part, en livres ou/et expositions.  

On a souligné souvent, avec justesse, sa rage de voir, sa discipline et sa liberté existentielle, comme sa formidable renommée, « sans être carriériste, sans se vendre au monde de l’art ni accepter de compromis avec les idéologies étatiques des deux côtés du rideau de fer » (Lars Willumets).

Maintenant place aux photographies, sans trop de commentaires, et au plaisir de les laisser trouver un chemin en nous, de consonner avec d’autres, de créer des points de stupeur et de réflexion.

En associant presque malgré nous le Koudelka expérimental au Plossu expérimental (livres et thèses en cours).

Romania, 1968 ©Josef Koudelka / Magnum Photos

En relevant avec tant d’autres commentateurs la récurrence des motifs : le chien errant comme double de l’auteur (voir, dans un autre registre suisse, Adieu au langage de Jean-Luc Godard), les motifs géométriques considérés dans leur pleine autonomie de présence, les délaissés de l’Histoire officielle.

En remarquant sa façon de concevoir les expositions (mais aussi ses livres) comme des moments de pensée, et non simplement de monstration.  

En pointant sa logique réitérative : revenir sur les lieux, refaire ses livres, mettre en scène avec la confiance des êtres représentés, multiplier les autoportraits (visages, pieds, mains, carnets, passeport, sacs de couchage, ombres) au-delà de la trace égoïque.

Henri Cartier-Bresson écrivait de lui en 1971 : « C’est un homme qui croit en ce qu’il fait et qui, pour cela, vit parmi les Gitans. Son travail est une splendeur par sa sensibilité pour la force et l’honnêteté – il ne possède que son talent, son appareil photo et sa ténacité. »

Voilà, tout n’est pas dit bien entendu, mais le mythe est lancé.

La réalité, dont IKONAR nous offre un bel et vaste aperçu, est encore plus impressionnante que la légende convenue.

Koudelka, IKONAR, Constellations d’archives, textes Tatyana Franck, Lars Willumets, Stuart Alexander, coordination éditoriale Sylviane Amey et David Bosc, conception graphique FabiannBremer et Pascal Storz, Photo Elysée / Editions Noir sur Blanc / Fondation Josef Koudelka, 2022

https://www.leseditionsnoirsurblanc.fr/catalogue/ikonar/

Catalogue publié à l’occasion de l’exposition éponyme ayant lieu à Photo Elysée (Lausanne), du 4 novembre 2022 au 29 janvier 2023 – commissariat Lars Willumets

https://elysee.ch/expositions/koudelka-ikonar/

La Fondation Josef Koudelka se trouve à Prague

https://www.josefkoudelka.org/fondation

https://www.leslibraires.fr/livre/21491898-ikonar-constellations-d-archives-josef-koudelka-lars-willumeit-stuart-alexander-les-editions-noir-sur-blanc?affiliate=intervalle

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