La grâce du non spectaculaire, par Bernard Plossu, photographe

©Bernard Plossu

Maintenant, on arrête tout.

Nous l’attendions depuis des années, voire des décennies, son absence était un scandale, mais le voici désormais, diligenté par Géraldine Lay, le Photo Poche Bernard Plossu est arrivé.

On reproche souvent au photographe de trop publier, mais enfin, quelle légèreté de point de vue, quand nous avons tant besoin de ses merveilles, alors que le monde disparaît sous le calcul cybernétique et autres maléfices.

©Bernard Plossu

S’il fallait n’en emporter qu’un sur une île déserte ? Le dernier ouvrage paru – il y en a plus de deux cents -, ou cette petite encyclopédie portative en noir & blanc et couleurs (Fresson) témoignant d’une vie consacrée à célébrer les êtres, les choses, le trois fois rien (pneus, poteaux électriques, jambes, nuages).

Chez Plossu, tout est à la fois fixité et mouvement, et conscience de la permanence d’un silence à travers les enchantements promis à la disparition.

Admirateur de Corot, de Malevitch, et des petits maîtres de la peinture romaine, le photographe installé depuis 1992 à La Ciotat, aux côtés des Frères Lumière, considère l’espace comme un mystère géométrique, et les individus qu’il aime regarder comme des personnages de roman.

©Bernard Plossu

Il prend la route (Mexique, Etats-Unis, Inde, Niger, Egypte, Mali, Maroc, Europe), marche beaucoup, s’arrête, attend que le paysage le regarde, appuie sur le déclencheur de son Nikkormat 50mm, respire le présent, repart. 

Chacun sait que l’opuscule Le Voyage mexicain, publié en 1979 chez Contrejour par son ami Claude Nori, avec une préface superbe de Denis Roche, est l’un des livres les plus importants de la photographie française : goût de la route et de la contre-culture (beat, hippie), sens de l’amitié, enchantements quotidiens, boussole de la liberté, tremblements de vérité.

Pas de grandiloquence, ni de volonté de documenter le monde à la façon d’un reporter – ou alors sur un mode tintinophile -, mais une curiosité sans cesse en alerte pour les êtres qui l’entourent comme pour les paysages, pour les faits modestes comme pour l’existence jazzée (Bill Coleman et Garrett List sont des proches). 

Lyrisme discret, esprit d’enfance, bande dessinée, cinéma (comédie italienne, néoréalisme, Nouvelle Vague).

Dans son vol gracieux, l’hirondelle, sévillane ou liégeoise, est la métaphore du photographe en sa danse : tours, contours, embardées, retours.

©Bernard Plossu

Les amis de Bernard Plossu sont partout, dans tous les pays (Big Sur, Paris, Brest, Niamey…), chez eux (Ghardaïa, Hyères, Puerto Angel, Agadez, Lisbonne, Hollywood, Jodhpur, Santa Fe, Naples, Marseille, San Francisco) ou sur la route (trains, cars, voitures, pirogues, bus).

Ses territoires ? les déserts, les montagnes, les îles (surtout italiennes), les villes (Madrid, Rome, Taos…).

Une source d’inspiration infinie ? L’œuvre de Giorgio Morandi.

©Bernard Plossu

Mais, secrètement, magnifiquement, ce Photo Poche très réussi est aussi une redéclaration d’amour de l’artiste à sa belle Andalouse disparue, la photographe Françoise Nuñez, et à ses trois enfants – par ordre d’apparition : Shane, Joaquim, Manuela.

La vie emballe ou déchire le cœur, mais elle vaut la peine.

Pas vrai, Bernard ?  

Bernard Plossu, introduction de Laurie Hurwitz, Photo Poche 178, 2024, 144 pages

https://www.actes-sud.fr/catalogue/photographie/bernard-plossu

©Bernard Plossu

Exposition du 7 juin au 27 juillet 2024 à Galerie Camera Obscura (Paris)

Vernissage jeudi 6 juin 18h

https://www.galeriecameraobscura.fr/artistes/plossu/artist_main_index.html

Exposition Ralph Gibson – Bernard Plossu, à la galerie Bigaignon (Paris), du 6 juin au 13 juillet 2024

Artistes présents à la galerie le samedi 8 juin, de 15h à 19h

https://bigaignon.com/gibson-plossu

©Bernard Plossu

Exposition Paysages catalans de Picasso, Musée Picasso (Barcelone), du 1er mars au 15 septembre 2024

https://www.galeriecameraobscura.fr/artistes/plossu/artist_main_index.html

Exposition Espana en color Fresson, CCCC (Valencia), à partir de juin 2024

https://www.consorcimuseus.gva.es/centro-del-carmen/

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