Arnaud Le Vac, maître du temps

On ne part pas, d’Arnaud Le Vac, est un objet précieux, livre inattendu que l’on ouvre sur la table de travail au moment où Mossoul tombe, où les vertébrés s’éteignent un peu plus et où le juge Lambert met fin à ses jours. Opuscule sur le temps composé de réflexions en vers libres, le bel…

Claude Régy, le théâtre comme art sacré

Comme il doit être doux de vivre quelques semaines sur une île déserte, accompagné de beaux visages choisis, acteurs de bonne foi, et de passer les jours à lire, commenter, jouer ensemble le bel et inspirant ouvrage des Ecrits (1991-2011) de Claude Régy, que les éditions Les solitaires intempestifs ont l’heureuse idée de publier en…

Le commencement de la terreur, par la photographe Aurélia Frey

La beauté est le commencement de la terreur. Face au beau travail de la photographe Aurelia Frey tel que présenté dans le livre Apnée (nonpareilles, 2015) surgit cette phrase de Rilke notée il y a bien longtemps dans un carnet. La voilà qui se déploie soudain, s’enroule comme un lierre à l’intérieur des pages, gagne…

Le chant et la rage d’un peuple pré-politique, Pasolini chantier (3)

Transcription d’un entretien avec des professeurs dans un lycée de Lecce dix jours avant sa mort, La Langue vulgaire, de Pier Paolo Pasolini, est un texte d’une force considérable, parole d’intervention publique pouvant aisément trouver sa place aux côtés des Ecrits corsaires et des Lettres luthériennes. Y est une nouvelle fois dénoncée, dans un dialogue…

Je suis une force du Passé – Pasolini chantier (2)

Issue de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, la revue semestrielle Initiales est véritablement enthousiasmante, tant dans son contenu que dans sa forme : textes denses et hétérogènes, iconographie variée, mise en page de grande qualité. Son dernier numéro (n°7) intitulé sobrement P P P (on se souvient d’un M D,  Marguerite Duras, qui fit…

Pasolini chantier (1)

Pier Paolo Pasolini au travail à Tor di Schiavi, derrière Centocelle, Rome, 1961. Ó Angelo Pennoni / Paolo Iannarelli Pour tous les amoureux de Pasolini, la publication par les éditions Macula en deux volumes du scénario original d’Accattone et d’un dossier analytique de plus de 160 pages rédigé par d’éminents spécialistes de son esthétique/historiens de…

Sur un air de John Dowland, le passage de la nymphe, par James Joyce

Pourquoi la rencontre d’une nymphe bouleverse-t-elle tant ? « Qui ? Un visage pâle cerné de lourdes fourrures odorantes. Ses gestes sont craintifs et nerveux. Elle utilise un face-à-main. Oui. Une brève syllabe. Un rire bref. Un bref battement de paupières. » Vénus à la fourrure (Leopold von Sacher-Masoch), Molly qui s’ignore (oui), la jeune personne de qualité que…

La littérature à l’estomac des tordus, naïfs et crétins du Nord

Voici un livre impossible, monstre, rabelaisien, totalement dingue, hilarant et de gai savoir, Cadavre grand m’a raconté, une anthologie de la poésie des fous et des crétins dans le Nord de la France. On t’appelle maintenant, cher Nord dégénéré, Hauts-de-France, le petit doigt sur la couture du pantalon, mais baisse ton froc camarade, détends-toi, et,…

En désespoir de cause

Dans un livre majeur publié en 1956, L’Obsolescence de l’homme, sous-titré Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, le philosophe allemand Günther Anders écrit : « Nous vivons désormais dans une humanité pour laquelle « le monde » et l’expérience du monde ont perdu toute valeur : rien désormais n’a d’intérêt, si ce n’est le fantôme du…