Une poétique de l’accident, par Gaël Bonnefon, photographe

Il y a chez la photographe Gaël Bonnefon une audace expérimentatrice mise au service d’une vision marquée par la chute, le tragique et les éblouissements du monde, comme une volupté du temps envisagé comme matière première. La réalité se présente chez lui comme une suite incessante d’effacements et de métamorphoses, faisant se lever un doute…

Méditerranée, un song de Didier Ben Loulou

Homère invoquait Mnémosyne au moment de faire apparaître les héros de son peuple. Des nuées de vers assemblés se levaient, intacts, corps d’airain, les valeureux. Quelques dizaines de siècles plus loin, chantent encore les aveugles, parfois munis de prothèses, ces instruments d’optique faiseurs d’images, riches en mondes, écrins d’illuminations. Ainsi se présente dans son errance…

C’est partout ici, par Mathieu Riboulet, plus-que-vivant

« Vous êtes d’ici. C’est ce que claironnent les thuriféraires de la racine, les apôtres des sources, les chantres des origines, désireux d’assigner à un lieu l’orientation de ses habitants. Vous êtes d’ici ? Voire. » Lors d’une rencontre dans un café parisien, Mathieu Riboulet et moi avions évoqué la nécessité, pour tenir le coup dans une époque…

Lumière, fuite de lumière, temps, par Clara Chichin, photographe

  A l’occasion de sa première grande exposition personnelle à l’Abbaye Saint-Georges de Boscherville (Seine-Maritime) intitulée Le dos des arbres, j’ai demandé à Clara Chichin de poser elle-même quelques mots sur ses images. Deux poèmes m’ont été adressés, que je confie à mon tour aux lecteurs de L’Intervalle. Membre depuis 2012 du studio Hans Lucas,…

Les mange-pas-cher, ou Thomas Bernhard, l’isolé absolu

Pour analyser comme il se doit les œuvres de l’écrivain autrichien Thomas Bernhard (1931-1967), il faudrait être un fin musicologue, et être capable de transposer ses phrases sur une portée musicale afin de repérer les récurrences de structures, les répétitions de mots, les déplacements savants. La musique bernhardienne n’est nullement un ornement, quand le jeu…

Aussi belle qu’inquiétante, une demeure photographique,  par Amaury da Cunha

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi y a-t-il soudain rien plutôt que quelque chose, ou quelqu’un ? Demeure, recueil photographique d’Amaury da Cunha, qui aurait pu s’intituler Vers le visage, tente d’approcher ainsi, dans le questionnement, le mystère de la présence, trouvant des formes dans des pans de nuit, construisant délicatement des « petites…

Les images-temps de Susan Lipper, photographe

Prises dans le désert californien entre 2012 et 2016, les photographies en noir et gris de l’Américaine Susan Lipper pourraient être des dessins au crayon. Quelques traits, des objets, des personnages, des matières, des structures, le ciel. Vous pensiez peut-être avec espoir que le désert était l’un des derniers espaces vierges de la planète, mais…

Welcome to Twin Peaks, and Patate’s land, par Brian Griffin, photographe

Spud, de Brian Griffin, photographe né à Birmingham en 1948, est une série troublante et sophistiquée (livre éponyme chez Filigranes Editions) constituée à l’issue d’une résidence de création à Béthune, mêlant pommes de terre (la gigantesque usine McCain et ses 1700 tonnes de frites industrielles quotidiennes), champs de batailles de la Première Guerre mondiale (pertes…

De l’écriture comme trip machine, par Patrick Bouvet, poète

Trip Machine, de Patrick Bouvet (éditions de L’Attente, 2017), est une machine textuelle en cinq parties, soit un  vaste ensemble de vers concernant le nouveau visage cybernétique de l’humanoïde terminal, une expérience de lecture à propos de notre devenir machine. Les guerres modernes, impersonnelles, évacuant jusqu’à l’idée même de réinvention de soi telle qu’exprimée par…

Tout chicorée, rond, torché, Gottfried Gröll, par Christophe Manon, poète

« Gröll se lève si tard qu’il prend son déjeuner le jour suivant. » Prenez Vie et opinions de Tristam Shandy, de Laurence Sterne (1718-1768), l’un des plus grands romans de la littérature occidentale publié en neuf volumes entre 1760 et 1770, soit la tentative de description d’une vie, si les digressions incessantes et l’irruption d’une famille…

Pauvres poètes travaillons, Blaise Cendrars en toutes lettres

L’intérêt exceptionnel de la correspondance de Blaise Cendrars (1887/1961) à Jacques-Henry Lévesque (1899/1971), son fidèle secrétaire d’édition et premier lecteur, est de permettre de suivre, pas à pas, l’auteur de L’Or dans l’élaboration de chacun de ses livres. Au fil du temps, Jacques-Henri Lévesque passe du statut de simple admirateur à celui de commentateur de…