L’art n’est pas une mastication, par Sergio Larrain, photographe

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Niños vagos durmiendo © Sergio Larrain / Magnum Photos

« Une évaluation immédiate des relations et des distances » (Henri Cartier-Bresson)

Le chilien Sergio Larrain, décédé en 2012, est l’un des géants de l’histoire de la photographie.

Aussi la réédition en fac-similé, dans une très belle présentation sous coffret, de son premier livre, El rectangulo en la mano (1963), est-elle une excellente nouvelle, tant on peut voir en cette petite édition de quarante-quatre pages, à peine plus grande qu’un carnet Moleskine, la matrice de toute son œuvre.

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Niñas © Sergio Larrain / Magnum Photos

Conçu par Xavier Barral et son équipe, cet ouvrage, qu’accompagne un texte d’Agnès Sire, directrice artistique de la fondation Henri Cartier-Bresson, apparaît immédiatement comme fondamental, chaque photographie, chaque choix de composition, pouvant ouvrir, dans leur apparente simplicité même, à de longues analyses.

Il n’y a pourtant que dix-sept photographies en noir & blanc, mais quel coup d’envoi ! Pour une image réussie, Sergio Larrain parle de miracle, il n’a pas tort.

En 1963, à trente-deux ans, l’artiste impose son nom, son œuvre, comme une référence majeure pour toute la photographie de son pays, et plus largement sud-américaine.

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Matronas © Sergio Larrain / Magnum Photos

Ses réflexions théoriques font songer à des méditations bouddhistes : « C’est en moi-même que je cherche les photographies, quand, l’appareil à la main, je jette un œil au dehors. Je peux matérialiser ce monde de fantômes lorsque je rencontre quelque chose qui résonne en moi. La réalité visible est le fondement du processus photographique, et le jeu consistant à organiser un rectangle : la géométrie. Le rectangle dans la main – l’appareil photo -, c’est ce que je cherche. La photographie : ce qui est donné par la géométrie, le sujet. »

Le photographe va rejoindre à partir de 1959 l’agence Magnum, travailler pour la presse et voyager dans le monde entier, mais l’intéresse bien moins l’éparpillement de son regard, que la concentration appliquée à ce qu’il connaît le mieux, son pays, ses paysans, ses ouvriers, ses mendiants, ses enfants abandonnés, ses villes, ses sols, ses visages, ses matières.

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Niño © Sergio Larrain / Magnum Photos

Travaillant au Leica, Larrain ne craint pas de bouleverser les angles de vision, et de trancher dans le visible afin d’accroître la force expressive de ses images, où l’humain, qu’il soit enfant ou gentleman, est toujours un mystère.

Concevant le processus artistique comme une ascèse, le photographe recherche l’os, le point nodal, l’évidence, et l’universel derrière l’anecdote.

Conscient des nécessités d’une révolution intérieure pour rétablir une unité corps-esprit perdue, alors que la planète se meurt, Sergio Larrain cherche le satori, la libération par la fulgurance extatique, loin de l’emprise des images narcissiques.

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‘La city’ © Sergio Larrain / Magnum Photos

Pleinement insérées dans l’âpre réalité de leur temps, les personnes qu’il photographie semblent également inscrites dans un autre ordre de présence, comme si elles n’étaient également pas tout à fait de ce monde.

On peut ainsi regarder ses images comme des témoignages superbes d’une époque révolue et de vies aujourd’hui disparues, ou penser que priment d’abord la géométrie, la surréalité, le transcendant.

Mais la photographie était peut-être encore trop au seuil de ces réalités peu visibles que l’artiste entrevoyait, qui abandonnera à partir de 1980 son boitier rectangulaire pour le retraite permanente dans une maison de campagne où consacrer finalement son existence à la pratique journalière de la méditation et du yoga.

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Sergio Larrain, El rectangulo en la mano, avant-propos d’Agnès Sire, édition bilingue anglais/français, traduction Margaret Clark, Philippa Richmond, Marianne Million, Editions Xavier Barral, 2018, 44 pages – présentation sous coffret

Editions Xavier Barral 

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Ciego y acompañante © Sergio Larrain / Magnum Photos

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Se procurer El rectangulo en la mano

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Niño vago calentandose al fuego © Sergio Larrain / Magnum Photos

 

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