Autobiographie du bonheur, saison #2, par Guillaume Geneste

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© Guillaume Geneste

Le premier volume paru en 2017 est d’un rouge rappelant la couleur de la lumière inactinique du laboratoire, le deuxième est d’un jaune orangé qui est celui des pellicules Kodak, parce que la vie à l’ère moderne peut être pop comme une sérigraphie d’Andy Warhol, à la fois répétitive et merveilleuse.

En couverture de La prolongation du bonheur (Filigranes Editions), un trio que nous avons appris à connaître, l’auteur himself (principe constant d’une série que le corps de Guillaume Geneste ne déserte jamais), son épouse Colette (aussi photographe) et leur fille Chloé, puisque tel est le sujet d’une saga en quatre tomes (1992-2016, publications prévues jusque 2020), montrant au plus proche et au long cours les interactions ayant lieu dans une petite cellule familiale en expansion, soit fixer des bonheurs, afin de ne pas laisser à l’oubli et à l’effacement des traits des visages et des peaux aimées, embrassées, désirées, le dernier mot.

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© Guillaume Geneste

Pour qui sait arrêter un peu le flux de la vie, et se retourner sur soi sans sombrer dans la mélancolie, les métamorphoses que nous observons sur nous, sur nos intimes, ne cessent d’être incroyables, des enfants qui poussent et dont la beauté sidère, des adultes qui décroissent en faisant ce qu’ils peuvent pour ne pas trop claudiquer.

Il émane de cette famille à la bascule du millénaire (1999-2006) une complicité qui touche, une douceur qui émeut, une solidarité qui engage.

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© Guillaume Geneste

Ces trois-là, bientôt quatre puisqu’en ces années apparaît le petit dernier, Gabriel, forment une île, quelles que soient les situations, se soutenant de regards, de caresses, de rires en commun.

Le principe général est haptique : se toucher, se reconnaître, exister pleinement aux yeux des autres, d’épiderme à épiderme.

En préface de son ouvrage, Guillaume Geneste explicite sa démarche : « Photographier est pour moi un acte amoureux intimement lié à ma rencontre avec Colette en 1991 et un comportement face au temps qui passe. Je photographie par envie et besoin en choisissant les moments dont je veux garder le souvenir, prenant les images de notre vie à bout de bras avec un appareil photo amateur autofocus qui tient dans le creux de ma main. Ne pouvant regarder à travers le viseur, je cadre bien souvent avec le sentiment incertain de découper l’espace au bon endroit. Sûr du moment je le suis moins de l’instant : il me faut alors prendre plusieurs clichés de la même scène. Le fait de cadrer sans regarder et de jamais décider de là où la mise au point sera faite font du hasard une des constances les plus magiques de la photographie. Le hasard se mêlant au désir et au plaisir du moment dont il faut garder la trace. »

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© Guillaume Geneste

Cette impressionnante générale de plaisir procède surtout d’une sensation d’enfance partagée entre tous, d’un même positionnement face à l’existence, dans la force des liens se maintenant malgré la précarité des chemins de vie, des doutes, des effondrements possibles.

En cela, les quelques images montrant très pudiquement l’auteur et sa femme dans les draps de la couche nuptiale sont essentielles, qui indiquent qu’il n’y a pas de vie de couple épanouie sans le désir du corps de l’autre, et que la sexualité, d’où procèdent les petits êtres merveilleux gagnant le cadre, est centrale dans la logique du bonheur.

Guillaume et Colette n’ont rien à déclarer, simplement à dévoiler quelque peu, pour eux, pour tous, le secret de la longévité de leur couple.

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© Guillaume Geneste

Des baisers, des abandons, des siestes, à la ville, à la campagne, et sur les îles qui abritent de leurs parois d’eau l’infinie délicatesse de leurs amours.

Il est beau de montrer aujourd’hui, dans une époque de déchirures, cet ensemble d’images, en lui offrant des vaisseaux pour traverser le temps, des livres, à regarder comme on se gonfle d’énergie.

Enveloppement, portage, jeux, il faut vite envoyer La prolongation du bonheur à la société des amis de Donald Winnicott.

Est-ce ainsi que les familles peuvent vivre ? Oui.

Gabriel a beaucoup tété, il a grandi, est en pleine forme, le voici sous les falaises d’Etretat. Parents, gare, le petit ange semble déjà un grand espiègle.

Suite au prochain numéro.

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Guillaume Geneste, La prolongation du bonheur, textes de Guillaume Geneste et Bernard Plossu, traduction (anglais) Gary Sutherland, Filigranes Editions, 2018, 150 pages – 500 exemplaires

Filigranes Editions

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