Possession, dépossession, repossession, l’acte photographique par Eikoh Hosoe

Kimono,1963
 Kimono (1963)
© Eikoh Hosoe, courtesy of the artist, Akio Nagasawa (Tokyo) et Jean-Kenta Gauthier (Paris) galleries

Après Nobuyoshi Araki, Daido Moriyama et Shoji Ueda, Eikoh Hosoe, quatre-vingt-deux ans, est accueilli dans l’indispensable collection Photo Poche (n°154).

Créateur en 1959 avec Ikko Narahara et Shomei Tomatsu de l’agence Vivo, qui va bouleverser les lignes dominantes de la photographie japonaise par sa radicalité formelle et sa volonté de se confronter à la modernité d’un pays marqué par la guerre, les destructions, et l’humiliation d’avoir été occupé par une armée étrangère de 1945 à 1952, Eikoh Hosoe est notamment connu en Occident pour ses portraits iconoclastes et érotiques de son ami écrivain Yukio Mishima (livre Ordeal by Roses, 1963).

Proche de Tatsumi Hijikata, fondateur du butô, le photographe fait du corps et de la nudité l’objet constant de ses recherches.

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Il y a chez Eikoh Hosoe la volonté d’une refondation après la catastrophe, une façon de dépasser l’épouvante en la rejouant, un rire majeur ayant pour but de dynamiter les carcans sociaux, un cri qui est à la fois de colère et d’extase.

Ses noirs sont intenses, charbonneux, ils viennent de la nuit des sens.

Les bombes atomiques explosées en 1945 continuent de répandre leur mal, voilà pourquoi il faut inventer des images de désenvoûtement.

Rebâtir par la nudité, repartir à zéro, ou de très loin, c’est-à-dire dans l’immémorial d’un fonds culturel transmis jusqu’à lui.

Tout est corps, tout frôle le scandale. Tout rappelle la ruine, tout va vers l’apaisement.

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Au-delà du mal, le beau est ce qui nous relie intimement. Il faut le rechercher, le créer, le provoquer.

En regardant son oeuvre, on songe à Bill Brandt, à Edward Weston, à une danse tout à la fois sensuelle et rituelle, à des gestes sacrés, sacrilèges peut-être.

Quelques titres de séries, de livres, où l’on perçoit chez l’artiste la passion de la langue anglaise : Man and Woman (1961), Embrace (1971), Naked School (1973-1983) The Cosmos of Gaudi (1984), Butterfly Dreams (2006), Dance Experience (2012).

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La série Kamaitachi (1965-1968) est une cérémonie secrète : un corps nu de femme étendu sur la glaise d’un champ qu’éclaire la lune, des rizières, le passage d’un sorcier voûté, des enfants stupéfaits de voir un homme voler, des amants s’embrassant dans un parterre de fleurs (sourire d’aise d’une femme dont l’amoureux caresse le sein), des ciels tempétueux.

Il y a dans cette séquence de poésie photographique toute la grâce, la tendresse, la tension et l’étrange d’un des plus grands photographes vivants.

Travaillant à Tokyo, Eikoh Hosoe a dirigé le Kiyosato Museum of Photographics Arts (KMoPA) inauguré en 1995 dans la préfecture de Yamanashi, y faisant entrer nombre de photographes de grand talent, la Française Isabelle Vaillant par exemple.

En faisant de l’acte photographique l’une des pièces d’un vaste ensemble de gestes régénérateurs, l’artiste japonais participe à la respiritualisation d’une société mourant sous le poids du matérialisme bas – et non du bas matérialisme, qui est une très belle notion bataillienne.

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Eikoh Hosoe, introduction de Jean-Kenta Gauthier, Photo Poche/ Actes Sud n°154, 2018, 144 pages – 80 photographies noir & blanc

Site Actes Sud

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Se procurer le volume Eikoh Hosoe

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