Immortelle est la beauté, une journée avec Philippe Sollers

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« L’avantage d’être l’ami d’une musicienne, c’est un afflux d’intervalles dans les relations. »

Je reçois beaucoup de livres, que j’écarte parfois, de plus en plus souvent, très vite. Trop de formalisme, trop de complaisance dans la noirceur, trop d’ego, trop de confusions, trop de bavardages, trop peu de pensée.

Il me faut de la liberté, de la culture, de la joie, de la fermeté d’esprit. Non du sentimentalisme, mais un nouvel art amoureux. Une langue consciente de ses origines, de ses mystères et de ses pouvoirs.

J’ai donc décidé de passer la journée avec Beauté, de Philippe Sollers, livre lu dès sa parution, mais qui, chance, m’apparaît neuf à l’instant où je l’ouvre de nouveau. Un oiseau bleu s’envole, il vient de Cnossos, a plus de trois mille cinq cents ans.

Tout commence par un coup de Zeus, un éclair, sur l’île d’Egine, près du temple d’Athéna. Il apparaît aux élus, Héraclite, Heidegger, une pianiste virtuose, Lisa, retrouvée auparavant sur le Lycabette.

Ce coup de foudre est une protection suprême, chassez désormais le malheur, vous seriez ridicule.

« Le véritable érotisme est sobre, pudique, maître de lui-même et de sa douceur. Je n’ai pas besoin de décrire la façon dont j’ai fait l’amour avec Lisa. Après avoir joui, chacun reste seul, mais, comment dire, en plus. L’éclair continue, c’est une clairière, le tournant invisible a lieu, la lumière vous regarde. Lisa est une constellation, et j’en suis une autre. Cela ne nous empêche pas d’être des atomes dans le même ciel. »

Le grand Georges Bataille, solitude venue s’asseoir dans le petit bureau de Gallimard, associait l’érotisme à la mort, il avait ses raisons. Plus forte est la composition à deux d’un concert ouvrant sur l’étincelle, qui bénit. Des notes valant plus que des notes, comme Gould jouant Webern.

« Personne ne semble s’être rendu compte que Webern (grand admirateur de Bach) composait de la musique sacrée. Des hymnes pour dieux grecs, oiseaux libres. »

Par la musique, le corps libéré, les baisers, « le sol doux comme une soie », toucher le sacré. Le spectacle, ennemi de Zeus, n’a d’autre fonction que de nous le cacher, quand l’étoile des amants le révèle.

Hölderlin : « Ce que nous sommes ici, un dieu là-bas peut le parfaire, / Avec des harmonies et l’éternelle récompense du repos. »

Philippe Sollers : « Je crois fermement que les dieux nous donnent le talent, la force des bras et l’éloquence. »

Il faut aimer ses rêves, les écouter comme une faveur. Ce sont des prières dont les effets sont bien réels.

« On peut appeler amour l’abolition instantanée des distances. Les trous noirs sont des gouffres de haine ou d’amour. »

Se vivre à hauteur d’astres, les étoiles sont des notes sans névroses.

Passent, entre autres, Saint-Simon, Céline, Rimbaud, Empédocle, Genet, Giacometti, Plutarque, Joyce, et même Pascal Quignard, « Houellebecq en beaucoup plus chic ».

Vivre, c’est défendre une forme. D’accord, mais pas n’importe laquelle.

A quelle heure le prochain concert avec Léda ou Lisa, muse aux tresses violettes ?

En attendant, voilà Pindare : « L’humanité n’est que   néant, et le ciel d’airain, résidence des dieux, est immuable. Cependant, nous avons quelque rapport avec les Immortels par la sublimité de l’esprit, et aussi par notre être physique, quoique nous ignorions quelle voie le destin a tracé pour notre course, jour et nuit. »

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Philippe Sollers, Beauté, Gallimard, 2017 – édition Folio, 2018, 234 pages

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