Le Rire de De Kooning, par Jean-Hugues Larché, écrivain

DEKOw_GF_Woman_1953Vous connaissez De Kooning, vite, de Philippe Sollers, publié une première fois aux éditions de La Différence en 1988.

Vous connaissez Le Rire de Rome, livre d’entretiens trop peu lu du même joyau avec Frans De Haes datant de 1992 (Gallimard, L’Infini).

Ne manquez surtout pas aux éditions Olympique* (Bordeaux), le premier ouvrage de Jean-Hugues Larché, libraire et membre fondateur de la revue Sprezzatura (Sandrick Le Maguer), Le Rire de De Kooning.

C’est un opuscule, mais c’est une fête.

Comme le disent les notices, Willem De Kooning (1904-1997) est une des figures majeures de l’expressionnisme abstrait.

Certes, mais comprendre qu’à travers lui se joue, comme le pense Philippe Sollers, une traversée du siècle « en termes de magie noire et d’exorcismes majeurs », me semble plus immédiatement intéressant.

La peinture en tant que peinture traitant les questions de l’indemne, du mal et de la représentation du corps féminin, voici les objets premiers du peintre.

Sur une photographie de Hans Namuth datant de 1962, on peut voir De Kooning rire. Il se trouve sur le chantier de son futur atelier à East Hampton, dans l’Etat de New York, il est heureux. Près de soixante ans plus tard, c’est le début d’une réflexion, d’un livre.

De Kooning, c’est le peintre des Women, révélant après Picasso ce qu’il en est réellement de la substance féminine. Les puritains s’indignent, tant pis pour eux, ces déesses sont maintenant à Téhéran, à Canberra, à New York, à Kansas City, elles volent selon.

Jean-Hugues Larché le cite, il est là, ironique, impérial, lucide : « Je commence avec une belle fille en tête, à la fin c’est le portrait de sa mère. »

Ou : « Si un artiste est toujours capable de donner un titre à ses tableaux, c’est qu’il n’est pas toujours très clair. »

De Kooning peint, sculpte, s’allège, invente des libertés de monstres.

Il y a une joie de l’artiste qui est de s’affranchir de la bienséance représentative, d’entrer sans crier gare dans le sexe des femmes, de faire exulter l’espace.

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« Je vois, écrit Jean-Hugues Larché, une géante écartelée qui se débat, un fauve vrillant sous l’électrochoc d’un tir de balle, une éclaboussure involontaire de gros pot de peinture, un ressac infini, un combat maladroit à mains nues, une partouze compacte, une simple figure debout. »

On pense à Rodin, on pense à la révolution de la Contre-Réforme catholique, on pense à Rabelais, on pense à Freud pour le traitement de l’hystérie.

Les femmes sont folles, les femmes sont drôles. Elles sont magmas, sécrétions colorées, jouissances multiples.

« Bien entendu, Woman, poursuit Philippe Sollers, a fait scandale. Tout était prêt en surface, pour la nouvelle religion abstraite, table rase, positivisme et spiritualisme (couple éternel), byzantineries, synagogueries, avenir radieux orthodoxe, presbytérianeries, luthérianeries, monotonies et monochromies – et voilà ce brutal qui va déterrer la hache, le secret guerrier qu’il y avait dessous et derrière. »

Un brutal au clavecin des traits et des couleurs.

Un livre comme un bon verre de vin français dans un loft new-yorkais.

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Jean-Hugues Larché, Le Rire de De Kooning, Olympique*, 2019, 54 pages – 250 exemplaires numérotés

Librairie Olympique

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