Granville, une chambre à soi, par Louise Narbo, photographe

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© Louise Narbo

Partie d’Algérie en 1962, après la Guerre d’Indépendance, Louise Narbo est une auteure rare, saluée notamment en 2012 pour son livre Coupe sombre, publié en Belgique chez Yellow Now.

Vivant actuellement à Paris, sa vie intérieure est de dimension océanique.

Se rendant à Granville depuis une trentaine d’années, elle a d’ailleurs trouvé dans cette commune située au bord de la Manche une terre d’adoption où arrimer sa solitude aux solitudes assemblées.

On peut être d’ici et là, choisir ses appartenances et envoyer dinguer, comme Ismaël au début de Moby Dick, les chapeaux des passants, en préférant les joies des recompositions identitaires à l’assurance provocante des établis.

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© Louise Narbo

Tout commence « un hiver, à la nuit tombée. Je venais d’arriver sur la côte normande à bord d’une deux-chevaux dont la fenêtre avant ne fermait pas. Les hautes vagues frappaient le digue du Plat Gousset avec un bruit sourd, presque sinistre. Puis, luttant contre le vent, j’ai arpenté les rues désertes de la vieille ville aux pavés de granit luisant. Tout au bout, la point du Roc dominait le pays, fendant l’océan comme une étrave. »

La ville semble fermée, vidée de ses habitants, elle se cache.

L’étrangère sort son appareil photographique de son sac, c’est un amer, un espoir de rencontre, une boussole.

Des phrases se lèvent, aussitôt notées dans de précieux carnets de voyage.

Il faut beaucoup de temps pour comprendre une ville, et comme l’Algérie natale paraît loin en ces confins déchaînés.

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© Louise Narbo

Passe ici le fantôme de Victor Hugo appris à l’école universelle (Oceano Nox) : « Combien de patrons morts avec leurs équipages ? / L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages /Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots ! / Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée, /Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ; / L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots ! »

Louise Narbo appelle Un nouveau monde (Iki éditions) cette aventure de patrie nouvelle, où se côtoient des villas posées sur des falaises, des restes de blockhaus, et des vagues vertes.

Des images apparaissent, à hauteur d’étrangeté et d’exil.

Ce sont des tourbillons d’écumes, de vastes étendues de sables au retrait de la mer, des digues puissantes et dérisoires, des cabines de bain.

C’est la musique des variations des vagues.

Les humains sont ici de faibles points, des traits de couleur très ténus, comme chez Eugène Boudin.

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© Louise Narbo

Le vent n’est pas hospitalier, il a son ordre, ses impératifs.

On s’endort sur le sable, on rêve, on est soudain de partout, du Nord et de l’Orient.

Quittant la diversité des pensions qui l’accueillaient, Louise Narbo finit par louer un meublé, et la dernière partie de son livre est un autre commencement.

Il faut pour être libre une chambre à soi, écrivait Virginia Woolf.

Ou un livre à soi, comme une main tendue dans le sel.

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Louise Narbo, Un nouveau monde, Iki éditions, 2019 – 500 exemplaires

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Louise Narbo, Coupe sombre, Yellow Now, 2012 – 700 exemplaires (épuisé)

Louise Narbo

iKi éditions

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