Une rencontre princière, par Marc Pautrel, écrivain

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« Je lui dis que l’écriture c’est comme le corps, chacun a son propre corps, il est à soi et est unique, il faut le protéger et surtout le découvrir seul. Je pense au fond de moi-même : l’écriture c’est comme la sexualité, mais je ne le dis pas. »

L’éternel printemps est un récit court de Marc Pautrel, dont le principe est celui de l’art dilatoire.

A Paris, une femme et un homme se rencontrent. Elle est plus âgée que lui, spécialiste en livres anciens, il est écrivain, soutenu par Philippe Sollers. Elle vit confortablement, lui beaucoup moins. Elle a vécu de tortueuses amours, se protégeant désormais de la tempête des passions, lui veut aimer.

Elle appartient à la nuit, au secret, au passé, il cherche la lumière.

« Grande, intelligence, stabilité, adaptabilité, efficacité, elle m’intéresse de plus en plus. »

Le printemps est arrivé.

« Elle est extrêmement rapide, souple, drôle, et pendant qu’elle parle, elle s’appuie sur quelques tics charmants. »

Chacun est seul, disponible, une conversation de fond peut s’établir, qui n’aura pas de terme.

« J’avais vu juste, elle n’a personne dans sa vie actuellement. De son côté, elle sait que je suis séparé. Elle a été mariée, a divorcé, n’a pas d’enfants. Elle sort peu, mais elle aime aller au restaurant. Parler sans fin en mangeant est également un de mes grands plaisirs.»

Déjeuner après déjeuner, un couple se forme.

Légèreté de l’analyse, art de la conversation à la française.

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Courtoisie, écoute, plaisanteries fines, allusions érotiques, sourires, frôlements.

Il veut la voir sans cesse, elle ne préfère pas le soir, et ne lui permet pas d’entrer dans son appartement.

Il l’observe beaucoup, se questionne, ne se plaint pas.

Elle est joyeuse, douce, et malade imaginaire charmante.

« A vrai dire, il y a deux femmes en elle, une femme angoissée et une femme insouciante. Et également deux autres encore, une jeune femme, de dix ans de moins que son âge réel, et une femme âgée, de dix ans de plus, ce qui fait au total une immense amplitude de vingt années. »

Elle écrit, tient absolument à lui faire lire son manuscrit, a transféré son corps dans la lettre.

Il l’aime, c’est évident, et déploie des trésors de patience.

Quand chacun brade aujourd’hui ses exhibitions, la pudeur témoigne d’une vaste intelligence.

L’écriture est une sexualité.

Peut-elle suffire ?

« Après dix longues minutes, elle sort enfin de l’immeuble, très belle, les cheveux gonflés, argentés, et une grande mèche montante au-dessus du front, elle est habillée tout en blanc, chemisier léger et pantalon de toile, baskets rose et blanc étincelantes, on dirait une petite mariée, toute timide, toute jeune. »

La suite de cette histoire t’appartient, lecteur, je ne voudrais surtout pas la déflorer.

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Marc Pautrel, L’éternel printemps, Gallimard, L’Infini, 2019, 124 pages

Site de Marc Pautrel

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Marc Pautrel, La vie princière, Folio, 2019, 96 pages – première édition en collection L’Infini, 2018

Site Gallimard

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