Un âne travesti en zèbre, par Michel Campeau, post-photographe

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©Michel Campeau

Prenons-nous des photographies ou sont-ce elles qui nous prennent, qui nous possèdent et nous inventent une vie ?

Essayer de comprendre qui l’on a été à l’aune des photographies jalonnant notre existence ne peut conduire qu’à la fiction de soi.

Tentative un peu folle de rassembler les fragments d’Osiris dans un miroir brisé.

On ne peut que monter, réinventer, travailler dans l’absence, interrompre le sortilège de notre propre fuite dans la représentation, en jouant avec l’intervalle créé entre deux photographies juxtaposées.

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©Michel Campeau

Ce qui peut être le principe d’un livre de montage d’archives où se mêlent images vernaculaires venues de tous horizons et photographies personnelles, sans que l’on sache exactement qui est où, qui fait quoi, qui est qui – interrogation shakespearienne, n’est-ce pas ?

The Donkey that became a zebra : histoires de chambre noire, de l’artiste québécois Michel Campeau, est de ceux-là : « Si je jette un regard, explique-t-il dans la superbe préface de son livre, sur ce qui m’a « embobiné » au cours de la dernière décennie, force m’est de reconnaître que je suis devenu un artiste « faussement » désinvolte et un collectionneur iconoclaste, que le caractère hétéroclite de mes travaux s’est enrichi de l’examen spéculatif des rituels du travail humain et de ses prolongements technologiques. En l’occurrence par une sélection opérée parmi les innombrables dispositifs légués par l’industrialisation de la photographie analogique. »

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©Michel Campeau

Michel Campeau apparie avec malice des images trouvées (albums de famille, diapositives, photos de presse et de studio), ou produites à l’occasion de ses travaux consacrés aux chambres noires et appareils anciens.

L’artiste né à Montréal en 1948 pratique une sorte de photographie ambulatoire, ludique et savante : «Cet ensemble hétéroclite prend sa source dans l’arrière-scène mythique de la photographie, dans la préhistoire de la frénésie numérique. Ce faisant, je m’emploie à déployer un métalangage où le « narrateur » est le photographique plutôt que le photographe. »

Voici donc à quoi peut ressembler la post-photographie, se frayant un chemin dans l’accumulation insensée des regards et traces mnésiques, dans une approche turbo-dynamique, théâtrale et amusée de l’archive.

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©Michel Campeau

Avec la photographie numérique, le passé n’existe désormais pas plus de dix secondes. D’ailleurs, plus profondément, a-t-il seulement jamais existé ?

A sa façon fantasque et réflexive, Michel Campeau nous le fait percevoir quelques instants encore, en Kodachromes et halogénures d’argent.

Dans les laboratoires et chambres noires où se bricolent les visions, la photographie amateur a la peau blafarde et les yeux rouges.

L’enfance est encore possible en pellicules Fujicolor 400 et Ilford HP5.

Avec la toute-puissance numérique, peut-être sommes-nous devenus plus orgueilleux encore, plus imbus de notre propre bobine, et, peut-être, plus pauvres en monde.

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Michel Campeau, The Donkey that became a zebra : histoires de chambre noire, textes (français/anglais) Michel Campeau & Joan Fontcuberta, Editions Loco (Paris) et MCE (Montréal), 2019, 144 pages, 120 reproduction en quadrichromie

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©Michel Campeau

Ce livre accompagne une importante exposition de Michel Campeau en Allemagne – Fotografie Forum Frakfurt, du 16 juillet au 21 septembre 2019 à Frankfurt

Editions Loco

Site de Michel Campeau

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