Ne surtout pas grandir, par Lene Marie Fossen, photographe

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©Lene Marie Fossen, Courtesy WILLAS contemporary

C’est un livre que je n’ai pu ouvrir qu’en le fermant immédiatement, tant il m’a d’abord effrayé.

Un livre de peine, de mort, d’épouvante, et peut-être aussi de summum de vie dans la destruction même du corps qu’il met en scène.

C’est une œuvre de la Norvégienne Lene Marie Fossen, qui, à l’âge de dix ans, a décidé d’arrêter de s’alimenter pour ne pas grandir.

Elle est morte le 22 octobre 2019 à trente-trois ans, en souhaitant que son travail artistique lui survive et l’immortalise, telle une sculpture marmoréenne.

The Gatekeeper est une arche construite au bord du précipice par une femme-enfant happée par l’absolu, l’impossible, le retrait spirituel d’un corps mené à l’amenuisement extrême, et la disparition.

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©Lene Marie Fossen, Courtesy WILLAS contemporary

 

 

 

Lene Marie Fossen a pensé ses images dans l’insoutenable d’une beauté s’édifiant aux marges de la terreur.

Regardez-moi, semble-t-elle nous dire, ceci est mon corps, ceci est mon image, je vous offre mes impasses, ma détermination radicale, ma fragilité.

Suis-je encore une petite fille niant la femme ?

Suis-je devenue ma propre Faucheuse ?

Suis-je encore l’innocence de l’humanité ?

En sculptant son corps jusqu’à l’os, Lene Marie Fossen est devenue une intouchable, une déesse négative, un esprit infini habitant un squelette.

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©Lene Marie Fossen, Courtesy WILLAS contemporary

Mais il ne faut peut-être pas trop écrire ici, et recouvrir par le vocabulaire de l’analyse psychiatrique – une anorexie mentale – la dimension spirituelle d’une enfant s’obstinant dans son être.

Contre les adultes et leur violence.

Contre la maladie sociale.

Contre la sexualité déchirante.

Contre la fausseté du spectacle dominant.

Par son sacrifice et sa recherche de sublimation, Lene Marie Fossen est probablement une martyre de la vérité.

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Lene Marie Fossen, The Gatekeeper, edited by Deniz Akseloglu & Ellen K Willas, texts by Ilgin Deniz Akseloglu, Arno Rafael Minkkinen, Margreth Olin & Kelsey Osgood, designed by Joao Linneu, Kehrer Verlag, 2020, 138 pages

Kehrer Verlag – site

Lene Marie Fossen – site

11 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Barbara Polla dit :

    Elle avait quel âge quand elle est morte ?

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    1. Manu dit :

      comme le christ…

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  2. mathildoubrg dit :

    Bonjour
    Je ne veux en aucun cas nier le travail artistique Lene Marie Fossen, qui est incroyable et réel. Mais cette romantisation de l’anorexie est absolument insupportable. Non, aucune personne souffrant d’anorexie ne DÉCIDE d’arrêter de manger. Cela va bien au-delà d’une décision. Non, on ne cherche pas arrêter de grandir, à se figer dans une innocence absolue et une perfection de l’être et du corps ou que sais-je. Il n’y a pas de démarche artistique et philosophique derrière l’anorexie. C’est d’une violence de lire des choses pareils, vraiment…
    Je suppose que mon commentaire ne sera pas publié, mais je tenais à ce que vous sachiez que vos propos sont violents, pour toutes les personnes qui souffrent, ont souffert ou voient/ont vu leurs proches souffrir de cette maladie.
    Je vous remercie de m’avoir lue.

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    1. Mehl Veronica dit :

      Tout à fait d’accord avec votre commentaire.Ce sont ses dix premiers années d’existence qui contiennent la clé de ce qui s’est passé après; ce sont ses circonstances de vie, son histoire qui expliqueraient sa maladie.

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    2. Millepatte dit :

      En fait c’est Lene elle même qui disait qu’elle était devenue anorexique, entre autre pour cesser de grandir. Et qu’elle voulait montrer l’image de cette maladie avec ses photos. Sachant qu’elle en a fait d’autres avec d’autres sujets.
      Je vous conseille de regarder sur le site internet Arte : « Lene marie, le vrai visage de l’anorexie » qui raconte son histoire même si on oublie un peu trop la maladie, d’après moi.

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  3. Prost dit :

    J’adore son travail et sa force de vivre super photos

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  4. Solange Lepy dit :

    Elle a réussi dans le domaine de la photo et celui des messages sur la maladie. Elle est douée d’un regard profond pour se voir et accepter de montrer ce que les gens atteints de cette maladie cachent. Bravo l’artiste, dommage d’être partie.

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  5. ariane dit :

    Moi non plus je ne veux minimiser la qualité de ses photos et je crois bien volontiers que photographier ait pu l’aider à vivre, un temps. Mais j’ai regardé le film documentaire sur Arte consacré à son histoire et il m’en reste une sensation de malaise qui a plus à voir avec le comportement de ses parents, et de ceux qui l’ont « lancée » que son aspect poignant et terrifiant.

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  6. salmon catherine dit :

    Léné Marie est -elle responsable de son refus de grandir, elle ou ses parents ? Personne ne doit juger ce combat ultime que Léne a mené contre une force intérieure qui lui interdisait de vivre;En tant que croyante, je dirais une force satanique, qu’elle nommait d’ailleurs « regime nazie ». Léné a fait preuve d’un courage sans égale en s’offrant dans tout son dénuement au regard du monde entier. Elle a force en quelque sorte la destruction et la mort a révéler son vrai visage , c’est-a-dire son impuissance devant la beauté de la vie qui surgit et dechire telle la chrysalide le cocon de la mort pour exalter la vie d’un au delà qui est la vie éternelle. La démarche de Léné a été de mettre son talent d’artiste au service de ceux qui souffrent de la même maladie et leur donner l’espoir que rien n’est jamais perdu . J’ai été bouleversée par ce don d’elle meme dans une démarche artistique certes, mais surtout spirituelle. Elle a beaucoup donné, et c’est celà qu’il faut retenir..;

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  7. Perle Gebauer dit :

    Bonjour,
    Ancienne anorexique, si je peux formuler cela, car nous sommes toujours prisonniers(prisonnières de cet état ), depuis ce film documentaire sur Art, le visage mais surtout le regard de Lene Marie ne me quitte pas..
    Des larmes durant ce visionnage, et une envie folle de la prendre dans mes bras. J’aurais vraiment aimé la rencontrer être son amie..
    Je ne trouve plus son livre en rupture sur les sites..j’aurais aimé acquérir une de ses merveilleuses photographies mais pas suffisamment argenté
    J’espère que nous aurons l’occasion de recevoir les œuvres de cette artiste en France.
    Je salue les parents de Lene Marie, que d’amour ils vous a fallut.

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