Les Aborigènes, 50 000 ans de culture, par Frédéric et Sandrine Mouchet, auteurs

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© Frédéric Mouchet

« Dans le mode de pensée traditionnel des Aborigènes, on envisage moins de vivre auprès d’une colline, d’une rivière ou d’un groupe d’émeus que d’avoir une véritable parenté avec telle colline, telle rivière ou tel animal. »

On n’a généralement de la culture et des peuples aborigènes qu’une vision très réduite.

On voit le rocher d’Uluru et le massif de grès rouge de Kata Tjuta au centre de l’Australie, on voit un joueur de didgeridoo, on voit des peintures serpentines à points et des corps accroupis, mais que voit-on vraiment ?

Un livre de photographie à vocation didactique conçu par Frédéric et Sandrine Mouchet peut aujourd’hui affiner notre regard, Australie aborigène (Glénat, 2019).

Destiné aux curieux ayant le goût du divers, comme aux futurs voyageurs (indications précises données en fin de volume, sur les lieux à découvrir  comme sur les crocodiles ou les festivals), cet ouvrage est à la fois un guide et un album à contempler.

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© Frédéric Mouchet

Il ne s’agit pas de tout savoir, mais de mieux savoir, en accordant à la beauté des images une place de médiation, dans le respect de la juste distance accordée aux êtres et paysages photographiés, respectivement en noir & blanc et couleurs.

Les légendes sont très claires et instructives, Australie aborigène est un livre humaniste dans une époque devenue nihilisme.

Reprendre contact avec soi comme avec l’autre, par le sol, la géographie, les visages, les corps singuliers.

Nous sommes essentiellement dans le nord de l’Australie (consulter la carte des premières pages),  dans la région de Kimberley, dans la Terre d’Arnhem, dans la Péninsule du cap York, et dans son poumon rouge  central.

Explorant la relation des Aborigènes à leur environnement, Walkabout engage le lecteur à réfléchir sur sa propre façon de considérer sa place dans la nature.

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© Frédéric Mouchet

Le walkabout est un rite d’initiation symbolisant le passage à l’âge adulte, par l’errance dans l’étendue sauvage du désert, cette marche dans les sites sacrés permettant de nouer de façon indéfectible une unité entre soi et le monde, et de la ressentir régulièrement par de nouveaux départs.

Nombre de communautés aborigènes vivent dans des espaces retranchés, éloignés les uns des autres – souvent par le fait des déportations et des ravages causés par la colonisation britannique -, dans un pays-continent nécessitant pour l’approcher de vastes moyens logistiques.

« Le spectacle trop fréquent, écrivent les auteurs, de sites sacrés anéantis au profit d’une mine ou de tout autre type d’aménagement, participe également avec brutalité au malaise des individus soucieux de transmettre les règles qu’ils considèrent indispensables à la préservation des connexions vitales, donc à la pérennité du monde. »

Le massif de Kata Tjuta paraît immuable, oui, mais c’est aussi un trésor de richesses biologiques et de nuances.

Ici, la réalité ne se distingue pas du mythe, et probablement d’une forme de transe comme état naturel.

Les Aborigènes appellent temps du rêve l’ère qui précède la création de la Terre, période où tout n’était que spirituel et immatériel, mais ce temps est en quelque sorte achronologique, retrouvable à chaque instant par la méditation et la fréquentation de tel ou tel lieu sacré.

Rien n’est isolé, tout prend place dans un ensemble, tout est en interactions, tout consonne dans un réseau de liens complexes et permanents.

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© Frédéric Mouchet

Les photographies de Frédéric Mouchet sont somptueuses : elles inspirent tout simplement le respect, elles sont respect.

Il faut au moins deux jours difficiles pour rejoindre les aborigènes de la Terre d’Arnhem  par la route principale : « 657 kilomètres d’ornières, de dos d’ânes, de gués et de poussière rouge. »

Le parcours est semé d’embûches, tant mieux, la préservation des peuples autochtones premiers est à ce prix.

Les termites travaillent, évident le tronc de l’eucalyptus, qui fera probablement un bon didgeridoo.

On est loin de l’emprise consumériste, on est dans un paysage ressemblant à un voyage intérieur.

Les pinceaux sont faits à partir de cheveux d’enfants, rien ne se perd, tout est précieux.

« Par la pratique des arts, les Aborigènes établissent des connexions avec les puissances de la création. Ils en tirent une énergie vitale qui permettrait de contribuer à la guérison des hommes et des animaux, de favoriser la fertilité ou d’agir sur l’abondance du gibier et de la pêche. »

Le bush prend feu, la chaleur est intense, l’esprit est un enfant sculptant un boomerang.

Les Aborigènes forment 3% de la population australienne, ils sont abîmés, parfois dépendants de l’alcool, mais les chants, les danses, les gestes et les rêves des ancêtres se transmettent encore.

Australie aborigène est une prise de conscience.

couv Australie Aborigène

Frédéric et Sandrine Mouchet, Australie aborigène, Walkabout, photographies Frédéric Mouchet, textes Sandrine et Frédéric Mouchet, Glénat, 2019, 160 pages

Editions Glénat

Frédéric Mouchet

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Se procurer Australie aborigène

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