Au nom du père, par Yan Pei-Ming, peintre

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L’homme le plus perspicace, père de l’artiste,1996, huile sur toile, 200 x 235 cm – Collectionparticulière, Belgique / Photographie : André Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2021

« Quarante ans de travail, ce n’est pas rien, mais je me considère comme un artiste en milieu de carrière. »

Yan Pei-Ming, né en 1960, est de ces peintres dont on se dit qu’ils sont capables de tout faire.

Montrant quarante de travail au musée Unterlinden de Colmar – exposition intitulée Au nom du père -, dans un dialogue avec le célèbre Retable d’Issenheim, le peintre d’origine chinoise installé à Dijon est un maître du portrait en grand format, des paysages monumentaux, et de la scénographie.

Son savoir-faire acquis en Chine est exceptionnel, à l’huile ou à l’aquarelle.

Travaillant presque toujours avec une brosse de vingt centimètres, l’artiste, dont la renommée est internationale, peint vite, puissamment, généralement en nuances de gris, en rouge, avec quelques avancées dans la polychromie.

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Ma mère, 2018, huile sur toile, 350 x 350 cm, collection particulière, France / Photographie : Clérin-Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2021

« Je peins, déclarait-il en 1996, comme si je faisais la guerre. »

Difficile pour un catalogue de rendre compte de ses empâtements, ou de ses moments plus liquides, de l’impression d’enveloppement se dégageant parfois de ses œuvres, de l’effet de hantise créé par ses toiles.  

Dialoguant avec l’histoire de l’art, notamment le réaliste Gustave Courbet, travaillant d’après photo (on se souvient de son portrait de Bruce Lee), et connu d’abord pour sa virtuosité dans la capacité à portraiturer Mao, Yan Pei-Ming peint souvent en série, des têtes, de son père, de sa mère – son père est venu en France en 1989, neuf ans après sa propre installation au pays de Voltaire -, de Bouddha, mais aussi des paysages, par exemple de Shanghai.

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Invisible Buddha,1999, huile sur toile, 235 x 200 cm, collection particulière, France / Photographie : André Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, France, 2021

Ses nombreux autoportraits – conservés en institutions publiques, collections privées et dans ses ateliers de Dijon et de Vitry-sur-Seine -, notamment l’un des derniers, Avec masque (2020), témoignent d’un regard de vérité volontiers ironique.

A Colmar, Frédérique Goerig-Hergott, conservatrice en chef au Musée Unterlinden, remarque que Yan Pei-Ming dialogue avec Grünewald par les thèmes de la filiation, du sacré et du sacrifice – voir les deux triptyques Nom d’un chien ! Un jour parfait (2012), et On my Knees (2014).

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Pandémie, 2020, diptyque, huile sur toile, 400 x 560 cm / Photographie : Clérin-Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2021

Mais il y a plus encore que la soixantaine d’œuvres retraçant la cohérence d’une carrière de peintre, il y a la prodigieuse toile Pandémie, terminée le 28 novembre 2020.

C’est un spectacle de mort, une lande désolée où apparaît en dimension réelle le peintre tenant un bâton, tel Charon le nocher des Enfers sa rame.

Le noir y est un engloutissement effrayant.

Des housses, des cadavres, une barre de HLM, une basilique dans le lointain.

Un fleuve de néant que contemple la Camarde.

Des hommes solitaires, fous probablement, un groupe qui claudique.

On peut penser à la toile Sargträger, de Gerhard Richter, où œuvrent des croque-morts.

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Yan Pei-Ming dans son atelier de Dijon

Conçu en deux panneaux monumentaux, Pandémie – que possède un particulier – est une représentation exceptionnelle de la ruine de notre époque.

Aux côtés de la série Virus, d’Antoine d’Agata, ce diptyque prouve une nouvelle fois s’il en était besoin que, se confrontant à l’impossible, l’art est à la mesure du Mal, et qu’il peut lui être supérieur.

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Yan Pei-Ming, Au nom du père, sous la direction de Frédérique Goerig-Hergott, auteurs Christian Besson, Eric de Chassey, Frédérique Goerig-Hergott, Casey Ackermann, Hazan, 2021, 192 pages

Editions Hazan

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Fleurs Funérailles, 2003, huile surtoile, 200 x 235 cm, collection particulière, Belgique / Photographie : André Morin © Yan Pei-Ming, ADAGP, Paris, 2021

Catalogue officiel de l’exposition éponyme, au musée Unterlinden de Colmar, du 2 avril 2021 au 6 septembre 2021 (dates à confirmer)

Musée Unterlinden

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Se procurer Au nom du père

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