Questionner l’identité et l’image, par Charif Benhelima, photographe

Amsterdam Avenue, Harlem 2002

©Charif Benhelima

Célébré en Flandre occidentale, dans la sphère néerlandophone de la Belgique, ayant notamment exposé au Brésil et aux Etats-Unis, Charif Benhelima, photographe né à Bruxelles vivant et travaillant à Anvers, est trop peu connu chez les francophones.

Une très belle exposition à la galerie Contretype (Bruxelles) de quelques tirages et planches-contacts d’une série réalisée entre 2002 et 2003 au cœur d’une institution de santé mentale située dans la région de Rio de Janeiro, fondée par Juliano Moreira (1872-1933), psychiatre et pionnier de la psychanalyse au Brésil, intitulée The End of a Line, a permis récemment de découvrir, par des travaux jusque-là inédits, la formidable puissance du regard d’un artiste ne cessant de questionner les notions d’identité et d’altérité.

CHILD #1, 1994

©Charif Benhelima

Né d’un père marocain et d’une mère belge, Charif Benhelima pense en photographie la dialectique de l’enracinement et de l’exil, du particulier et de l’universel, de l’autobiographique et du générique, de l’ouverture et de la fermeture.

Il y a chez ce photographe aux préoccupations plasticiennes questionnant la nature même de l’image – entre précarité et persistance, surface d’empreinte et effacement – une sensibilité aiguisée concernant les notions d’exclusion sociale et d’invisibilisation.

Si son premier livre de substrat documentaire (utilisation du 35mm, politique du noir & blanc), Welcome to Belgium (Ludion, 2003) est un regard sans concession sur la désocialisation, le rejet et la construction de soi – l’ouvrage présente aussi des archives, des photos de famille, des textes – dans une société où être étranger reste un point de focalisation majeur, ses deux autres ouvrages d’importance, Harlem on my mind – I was, I am (Snoeck, 2010) et Semites : The Album (MER. Paper Kunsthalle, 2011), présentent une recherche peut-être plus expérimentale, mais non moins humaine. 

Cul de sac #1

©Charif Benhelima

Cul de sac #2

©Charif Benhelima

Composé d’images monochromes en noir & blanc et rouge réalisées au Polaroïd 600, Harlem on my mind – I was, I am, est le fruit de trois ans de vie dans le quartier Noir de New York.

Evitant les pièges habituels du livre sur la grande cité d’influences européennes de la côte Est, Charif Benhelima a choisi de photographier, à la limite de la lisibilité quelquefois, un lieu très graphique peuplé d’âmes errantes et de bâtiments en sursis.

Les visages se cachent ou s’effacent, l’identité est un leurre, seuls comptent l’énergie, la pulsation d’existence, le combat quotidien contre le spleen.

Fredrick Douglass Bl., Harlem 1999

©Charif Benhelima

Helena Benjouira #5, Brussels 1998-1999

©Charif Benhelima

San DAMIANO #3, Brussels 1997-1998

©Charif Benhelima

L’artiste quitte les rives strictes du réalisme pour la richesse d’une cosa mentale échappant aux étiquettes conceptuelles.

Il y a du jazz ici, des coupes brusques, du montage cut, et des appels de formes dans le désert intime des isolés.

Il faut marcher, traverser des miroirs, des cicatrices, et chercher jusque dans le caniveau s’il le faut la présence de Dieu.

Jésus est une croix de pharmacie dans une société chérissant les grillages, les lignes de démarcation, les balises sécuritaires.

San DAMIANO #4, Brussels 1997-1998

©Charif Benhelima

San DAMIANO #5, Brussels 1997-1998

©Charif Benhelima

Chacun son parcours, mais il y a les oiseaux, et les images libres du photographe exigeant construisant leur propre chemin de sens.

Initié en 2003 à la Cité internationale des Arts de Paris, toujours au Polaroïd, le projet Semites – l’ouvrage, se présentant sous la forme de deux albums cartonnés juxtaposés est superbe – évoque le passé arabo-séfarade de l’auteur en une double lecture permettant d’abord difficilement de distinguer qui est juif de qui est arabe.

Parce que ce qui sépare est souvent bien plus mince que ce qui réunit.

Parce que l’identité abordée comme notion exclusive est une duperie.

Untitled-1a

©Charif Benhelima

Parce les Sémites sont frères et proviennent des mêmes déserts, des mêmes ciels, des mêmes soleils, joies et accablements.

Qui est l’un ? Qui est l’autre ?

Qui est l’autre ? Qui est l’un ?

Untitled-34

©Charif Benhelima

Il faut pour chaque image, chaque visage, faire le point en soi, afin de mieux voir, mieux deviner, mieux penser.

Untitled-12

©Charif Benhelima

L’emporte sur les contours la puissance d’une lumière blanche – le projet Black-Out, entamé à Berlin en 2005, radicalisera cette intuition -, d’une irradiation des figures par la clarté aveuglante de l’ange de l’Histoire, permettant de comprendre que si l’identité est le sujet premier du photographe, le temps en son mystère et ses incarnations (chairs, objets, paysages) est pour l’artiste une recherche bien plus profonde encore.

1_IMG_3921

Charif Benhelima, Semites : The Album, design Studio Luc Derycke, MER. Paper Kunsthalle (Ghent), 2011 – 500 exemplaires numérotés

MER. Paper Kunsthalle

harlem2

Charif Benhelima, Harlem on my mind – I was, I am, textes (anglais/allemand) de James Harithas, Caryl Phillips et Daniella Géo, Snoeck (Köln), 2010 , 80 pages

Editions Snoeck

Welcome-to-Belgium-book

Charif Benhelima, Welcome to Belgium, Ludion, 2003

Editions Ludion

CHARIF_BENHELIMA_4+Untitled+#+4,+2002

©Charif Benhelima

Exposition Charif Benhelima, The End of a Line, galerie Contretype, du 9 juin au 12 septembre 2021

Contretype – site

CHARIF_BENHELIMA_3+Untitled+#+3,+2002

©Charif Benhelima

Charif Benhelima – site

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