Confinement, le temps des questions, par Nicolas Hergoualc’h, photographe

Toucher aux limites - Nicolas Hergoualc'h 8

©Nicolas Hergoualc’h

Nicolas Hergoualc’h est un photographe travaillant à la jonction des sciences humaines, en leur approche sociologique des phénomènes humains, et du poétique en sa capacité à créer, notamment par le biais de procédés anciens de tirage, des territoires ouverts à l’interprétation.

Toucher aux limites est une œuvre au noir, réalisée auprès de personnes rencontrées dans la rue ou à travers leur lieu de confinement durant la période du 24 avril au 5 mai 2020 dans le Pays de Lorient (56).

C’est un livre de portraits accompagnés de paroles, plusieurs questions ayant été posées : en quoi votre quotidien a-t-il changé ? Qu’avez-vous découvert en vous comme ressources, à l’occasion de ce grand renfermement ? Votre représentation des autres a-t-elle été modifiée ? En quoi consistent pour vous les craintes et les espoirs du déconfinement ?

Toucher aux limites - Nicolas Hergoualc'h 7

©Nicolas Hergoualc’h

Toucher aux limites, au limes, c’est atteindre des confins, des bornes révélatrices, en soi et chez les autres.

Nous étions invisibles, mais il nous fallait un regard, un témoin, un porteur de mémoire.

Grâce au mécénat de Loïc Féry, Président du Football Club de Lorient (F.C.L. pour les passionnés), et à l’énergie républicaine de Pierre Clavreuil, sous-préfet de Lorient, un livre est né, qui est bien plus qu’un reportage, mais une vision de l’autre en ses points de vérité.

Toucher aux limites - Nicolas Hergoualc'h 5

©Nicolas Hergoualc’h

En alternance avec les portraits – il ne s’agit surtout pas d’entrer par effraction dans le royaume de l’autre, mais de percevoir en chacun, avec la plus juste distance qui soit, son identité de mystère -, des paysages urbains, maritimes ou portuaires rappellent la force et la beauté du monde, qu’il y a un dehors, une extériorité donnant tout son sens à l’acte de vivre.   

Chacun peut ressentir l’imminence d’une catastrophe, d’un effondrement, d’un drame inédit nous obligeant à faire le point, à remettre en question nos fausses nécessités, à entrer en lien autrement.

Guillemette, qui trouve que tout allait trop vite et que ce temps de pause est finalement bienvenu, porte un beau masque léopard laissant apparaître des yeux particulièrement sagaces.

Toucher aux limites - Nicolas Hergoualc'h 4

©Nicolas Hergoualc’h

Prendre pour une fois son temps, pour soi, avec sa famille, n’est-il pas un luxe suprême quand tout file, que tout nous conduit à consommer sans cesse, et que nous oublions généralement l’essence même de notre humanité ?

Bien sûr, il y a, comme autrefois dans la Grèce antique, des sycophantes, ou des corbeaux sous l’Occupation, mais, au fond, le sentiment de solidarité l’emporte sur les bas instincts.

Dieu nous inciterait-il soudain à un examen de conscience ? (point de vue de Tony le gitan)

Par son travail sur la substance même de l’image, à la fois précaire et survivante, Nicolas Hergoualc’h révèle que nous sommes entrés en dystopie.

Toucher aux limites - Nicolas Hergoualc'h 2

©Nicolas Hergoualc’h

Stéphanie, venue en France pour faire des études, remarque : « Quand je sors, parfois je rencontre des gens qui me regardent de manière bizarre. Je sens la peur, les gens s’éloignent dès qu’ils voient quelqu’un. Je sais que c’est pour rester en bonne santé, mais c’est vexant aussi. »

Raymond, qui en a vu d’autres, a découvert les vertus de la patience.

Daniel s’énerve : « Je crois que Macron le savait dès le départ que ça allait venir. Ils font pas du beau boulot pour les Français. Tous les gens seraient avec moi, on gueulerait beaucoup dans la rue, je peux vous dire. »

Maria-Maï ressent une grande vague d’amour unissant les êtres.

Nicolas Hergoualc’h montre un bunker, des parcs fermés, oui, c’est aussi la guerre.

Hubert emploie le même mot que le grand Charles – « La chienlit. » -, pas sûr cependant qu’il soit gaulliste.

Boubacar est plus radical : « Le virus, c’est les dirigeants. »

Chacun encaisse, attend, réfléchit.

Toucher aux limites - Nicolas Hergoualc'h 3

©Nicolas Hergoualc’h

Omar : « Tout ce qui fait tourner le monde depuis que le monde existe, c’est l’argent et donc le capital va faire que, sur des semblants d’évolution, tout sera comme avant de toute façon. »

Jusqu’à quand, jusqu’à quel point, accepterons-nous les privations de liberté ?

Par la diversité des témoignages collectés, Nicolas Hergoualc’h fait de son livre aux tonalités très noires un espace d’expression libre, rendant palpable la substance de ce temps spécial nous ayant fait comprendre quelquefois l’absurdité de nos comportements quotidiens.

Time is out of joint, disait Hamlet.

Le temps est désajointé, désajusté, désaccordé : telle est la chance des crises de faire naître des moments de mise à nu, qui soulignent aussi la difficulté de se réinventer.

Toucher_Aux_Limites_couv_1200x1200

Nicolas Hergoualc’h, Toucher aux limites, textes de Luc Choquer, Loïc Féry, Pierre Clavreuil, conception graphique et mise en page Arnaud Kermarrec-Tortorici, suivi éditorial Yves Bigot, Les Editions de Juillet, 2021, 140 pages

Nicolas Hergoualc’h – site

_600x490_covid059

©Nicolas Hergoualc’h

Les Editions de Juillet

Le bénéfice des ventes de ce livre sera reversé au compte solidarité de l’Hôpital Bretagne Sud

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s