Mères, filles, sœurs, par Tom Wood, photographe

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 Burroughs Gardens Girls, 1986 © Tom Wood. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Sit Down

« Au sommet de la coupole de l’hôtel de ville de Liverpool se dresse la statue de Minerve, déesse de la sagesse et de la stratégie guerrière, de la musique, de la poésie, de la médecine, du commerce et des arts, protectrice des cités. Ce n’est pas une coïncidence ; une figure féminine puissante veillant sur les femmes puissantes qui passent en contrebas, indiquant la ligne à suivre. » (Helen Blakeman)

Le beau concept de sororité est à la mode, mais qui a mieux observé la force des liens entre femmes que le photographe d’origine irlandaise Tom Wood installé à Liverpool ?

Composé d’un corpus d’images noir & blanc et couleurs couvrant un empan chronologique allant de 1973 à 1994, Mères, Filles, Sœurs, du « génie méconnu de la photographie britannique » (dixit Martin Parr) est un éloge, comme l’écrirait Julia Kristeva, du génie féminin.

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New Brighton, Putting Green, 1984 (Don’t Mind My Dignity Jan) © Tom Wood. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Sit Down

Voici donc des femmes ensemble, de toutes générations, appartenant pour l’essentiel à la classe ouvrière anglaise.

Voici des gilets en laine tricotés main, des joggings vert bouteille, des ballons de baudruche multicolores et des glaces de bord de mer.  

Les coiffures sont vintage, on peut se marrer, penser avec Bourdieu reproduction sociale, mais le sentiment premier est celui de la beauté de la solidarité dans un monde ne faisant pas de cadeau.

Le regard n’est pas caustique, plutôt tendrement ironique, gentiment amusé et toujours empathique.

Tom Wood ne se place pas en juge suprême, il est avec ses sujets, il est l’un deux.

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 New Brighton, 1983 (Old Time Parting) © Tom Wood. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Sit Down

Des petites filles jouent dans la rue, des girls attendent en bande, une mamie surveille son sac.

On fait à New Brighton, Leicester ou Sheffield des enfants très tôt, comme à Calais, à Dunkerque ou à Denain, comme dans toutes les villes où la pauvreté et la déscolarisation engendrent avant l’heure des comportements adultes précipités.  

« Dans ma ville, poursuit la dramaturge et scénariste Helen Blakeman, la figure maternelle est vénérée pour sa sollicitude, sa nature nourricière er résiliente ; la loyauté des filles et des sœurs coule de source – tout cela est inné. »

L’auteur de Photie Man né en 1951, travaillant dans la rue, avec le peuple, sait photographier des groupes, leur dynamique, leur diversité, il est en immersion, on le regarde, il regarde, la photographie est pour lui un art du contact.   

Saisir l’humanité des personnes ordinaires, documenter avec tendresse le quotidien d’êtres qui lui ressemblent, voilà pour Tom Wood une bonne raison d’aller dehors muni de son appareil photographique en appuyant sur le déclencheur chaque fois que la situation lui semblera nécessaire d’être fixée.

Une mère tient la main de sa fille, de sœurs entourant leur maman posent sur un banc en croisant toutes deux les jambes de la même façon, les visages sont beaux, et la vie peut être drôle.

Des cigarettes, des tétines, des parapluies, des souliers vernis.

Des familles nombreuses, des chaussettes hautes, des élégantes permanentées.

Des peaux noires, des peaux blanches, et des babies qui s’en foutent pas mal.

Bébé a les fesses en l’air, changé sur une pelouse, le long d’un trottoir.

Chez Tom Wood, les poussettes sont partout, presque à chaque image, donnant l’impression d’une société matriarcale très soudée ne cessant de s’auto-engendrer.

Une adolescente tient fièrement entre ses bras son enfant, mais grand-mère n’est pas loin.

Sur la table, il y a des Cocas, du ketchup, des friandises sucrées, on n’en est pas encore, Dieu, ô my sweet Lord, soit loué, aux cinq fruits et légumes par jour réglementaires.     

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Walking Through Shoes, 1991 © Tom Wood. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Sit Down

Mais si le photographe observe beaucoup les corps et les visages, le regard est aussi happé par les couleurs et la façon dont celles-ci structurent le champ de vision.

Un porte-monnaie vert sur une nappe de table de cuisine, une veste rose, une tunique jaune, un collier rouge, un mur orange, la fête foraine rassemblant en son faste toutes ces couleurs.

Les femmes aux yeux bleus que rencontre le photographe sont souvent très belles, séductrices sans professionnalisme, simplement apprêtée pour le plaisir de la drague et du jeu.

Bientôt – dernières pages de la première partie, avant que le photographe ne monter quelques-unes de sa collection de cartes postales personnelles ayant également pour thématique les interactions féminines – le temps les aura métamorphosées en vieilles dames très dignes posant dans des intérieurs fleuris.

Les années Wood sont pop, et les femmes qu’il portraiture indépendantes et fortes.  

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Tom Wood, Mères, Filles, Sœurs, concept graphique Pierre Hourquet & Anna Planas – TEMPLE, fabrication / production Géraldine Lay, photogravure Christophe Girard, textes Helen Blakeman et Francis Hodgson, Editions Textuel, 2019, 120 pages

Editions Textuel

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