Une mère, miroir brisé, temps retrouvé, par Lisa Gervassi, photographe

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« Je trouve que c’est merveilleux les histoires, pas toi ? Ma mère m’avait dit une fois : Un jour je t’écrirai une lettre où je t’expliquerai toute mon histoire. Malheureusement elle n’a pas pu ou pas eu le temps de le faire. »

Mommy est un livre intime et pudique composé par Lisa Gervassi questionnant sa place de fille dans les liens familiaux, son désir complexe d’enfant et la façon dont elle s’est construite comme femme.

©Lisa Gervassi

Premier ouvrage publié d’une auteure de grande sensibilité, Mommy frappe par la multiplicité des techniques qu’il convoque sans forçage – photographies, archives familiales, illustrations -, comme une façon de traverser avec douceur des moments biographiques, anecdotiques ou plus intenses, afin de les redéployer et rejouer existentiellement par la grâce de l’art.   

Dans un texte introductif, l’artiste expose le drame qu’elle a vécu : devoir dire adieu successivement à son père et à sa mère (vivant au Mexique), manquer d’argent pour les funérailles, devoir assumer presque seule l’insurmontable, tenir debout dans la cendre.

©Lisa Gervassi

Mommy est-il un livre cathartique ? Oui, sûrement, comme un passage nécessaire, un deuil douloureux ouvrant sur l’aventure d’une nouvelle vie.

Il est bouleversant de se rendre compte que cette œuvre est à la fois un tombeau, un objet votif, et un acte de remerciement.

Avoir été mise au monde, portée, bercée.

©Lisa Gervassi

Etre le fruit de la rencontre d’un spermatozoïde un peu plus fou, ou chanceux que les autres, et d’un ovule, mais surtout des desseins si mystérieux de la Providence.

Le microcosme est un macrocosme.

Le noyau de vie en chacun n’est-il pas éternel, atemporel, immortel ?

Est-ce cela l’âme ?

©Lisa Gervassi

Apparaissent des images fantômes, un beau visage, une végétation dense, habitée de présences invisibles pour qui n’a pas encore éveillé sa conscience.

La vie est un festin nu, il faut simplement nous aimer, retrouver et accorder dans la plénitude de l’instant.

N’est-ce pas cela apprendre à vivre, enfin ?

Ponctué de textes très personnels, de l’ordre de l’aveu, Mommy, dont les tonalités chromatiques sont parfois celles de l’autrefois, déroule un récit troué, métaphorisant la manière dont fonctionne la mémoire.

Il y a le ça a été barthésien, de l’ordre de la nostalgie, et la puissance des signes retrouvés forant un passage vers l’avenir.

©Lisa Gervassi

Très belle, la mère-louve ressemble à l’héroïne de Théorème, de Pier Paolo Pasolini, jouée par Silvana Mangano.

Les jours filent, sédatifs ou poisons, rien n’est prévisible.

Il y a eu de nouvelles danses, et le ventre s’est arrondi.

Mommy est un jalon dans une histoire familiale ample et douloureuse.

Par ce livre hybride, lumineux à travers ses ombres, dense dans l’agencement très réfléchi de ses images, leurs échos, leurs correspondances, un enfant pourra avancer vers l’énigme de ses origines.

Et Thibault Marhouret d’écrire ces vers conclusifs : « Un son, un nom, dans le poème aphone. / Une preuve de leur existence. »       

Lisa Gervassi, Mommy, textes de Lisa Gervassi et Thibault Marthouret (poèmes), suivi éditorial David Fourré, 2022

https://www.lisagervassi.com/

©Lisa Gervassi

https://www.lisagervassi.com/mommy

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