Le monde discret, par Antonio Jiménez Saiz, photographe, et Maxime Steiner, musicien

©Antonio Jiménez Saiz

Il faut absolument écouter la musique de Maxime Steiner en contemplant les images du deuxième volume de la série La paix, nulle part ailleurs, composé par Antonio Jiménez Saiz.

Il s’agit d’une boucle musicale de nature hypnotique, à la façon d’un mantra que l’on pourrait entendre dans un ashram tenu par des électroacousticiens, un tunnel de méditation, ou le giron d’une femme enceinte lorsque l’on est fœtus, imaginée par un artiste ayant travaillé avec vibraphone et écho à bande magnétique.

©Antonio Jiménez Saiz

La répétition calme crée l’envoûtement, et le plaisir de retrouver le personnage du premier volume est renouvelé.

Il est là, toujours aussi impeccable dans son imper gris, photographié comme à la dérobée.

Le visage est montré, mais sans ostentation aucune, nous sommes dans les parages du monde discret.

©Antonio Jiménez Saiz

Qui est cet homme filé ? Le photographe a-t-il été formé par le détective Philip Marlowe ?

On ne peut que conjecturer, lancer des phrases dans le vide sidéral d’un espace pascalien nous renvoyant à notre silence intérieur.

Tant mieux, car cet homme énigmatique, c’est vous, c’est moi, au-delà du genre, c’est l’embryon primordial, c’est Dieu.

©Antonio Jiménez Saiz

Maurice Merleau-Ponty, à supposer qu’il goûtât la photographie et la musique sérielle, se serait régalé, et son regard de phénoménologue ravi, rapté, capté, par tant d’attention aux moindres gestes, aux courbures, aux attitudes, à la chorégraphie improvisée de l’homme épinglé.

Pourtant, quelle austérité janséniste en ce corps fuyant, tenant debout dans l’abîme et, très certainement, le sens du devoir.     

Les cheveux sont courts, strictement ordonnés, le maintien capillaire est une éthique.

Cet homme appartient peut-être à quelque police secrète, mais la mélancolie semble l’étreindre.

En effet, à qui parler lorsque l’on s’est obligé toute sa vie à tenir bridés les chevaux du langage, à se surveiller, à se maintenir ?

La paix, nulle part ailleurs est un fanzine, mais il pourrait exploser de rage contenue, ou de tristesse.

Depuis son apparition dans le microcosme photographique européen, Antonio Jiménez Saiz ne cesse d’éblouir, d’étonner, de faire bouger les lignes avec une radicalité sans morgue.

Après Elite Controllers (2016), No nos aprenden a morir (2018), tant de poussière, et moi si sourd (2020) et Parenthesis (2021), l’étude au long cours du photographe sur le corps vêtu d’un homme observé comme un orant, ou un pécheur s’interrogeant sur les nécessités de la confession, relève d’une expérience intérieure.  

©Antonio Jiménez Saiz

Tout est gris, carcéral, postsoviétique.

Qu’y a-t-il au bout du bout du bout ?

Un mur ? une lumière aveuglante ? un carré de marbre ?

La gravité beckettienne du sujet photographié ne doit cependant pas tromper : cet individu est peut-être un grand acteur burlesque.

Les prochains volumes nous en apprendrons davantage encore, ou pas.

Antonio Jiménez Saiz, La paix, nulle part ailleurs, volume 2, musique Maxime Steiner, autoédition, 30 exemplaires numérotés

https://www.instagram.com/antonio_jimenez_saiz/?hl=fr

https://www.facebook.com/universaiz

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