La vie géniale, par Jean Mounicq, photographe portraitiste

François Mitterrand à Vézelay, 1980 ©Jean Mounicq

Né en 1931 à Paris, initié aux mystères insulaires en 1956 (résidence d’un mois à Ouessant), Jean Mounicq, qui participa un temps à l’aventure de l’Agence Magnum, est un photographe de grande ampleur.

On se souvient peut-être de ses séries et livres sur Venise, le Mont-Saint-Michel, Versailles, Paris (prix Nadar 1992 pour Paris retraversé), Rome et la Grèce.

La publication aux Editions de Juillet d’un livre de portraits avec quelques-uns des plus éminents personnages du dernier demi-siècle est un événement permettant la redécouverte de son talent.

Les célébrités ici sont des figures de la politique, des artistes de toutes disciplines, d’anciens Résistants, des écrivains.

Travaillant au Leica, l’ami de Sergio Larrain n’est pas un mondain, mais le monde l’intéresse, du moins quiconque possède la force de traverser par son intégrité de présence la comédie sociale.

Juliette Gréco et Daryl Zanuck, 1960 ©Jean Mounicq

Le livre s’ouvre par le double visage de Juliette Gréco et du producteur et metteur en scène Daryl Zanuck.

Elle est belle, tous deux sont concentrés, la différence d’âge touche.

Main levée à quelques centimètres du front de l’actrice – nous sommes en Camargue en 1960 -, le réalisateur américain mesure peut-être la lumière.

Ils ont une liaison, mais la star française épousera bientôt Michel Piccoli.

Le nez du d’une sculpture de Giacometti – une sorte de rostre – semble maintenant perforer le visage de son marchand, André Maeght (1964), qu’on pourrait confondre avec Roland Barthes, ou curieusement avec quelque navigateur de haute mer que percerait l’organe menteur d’un Pinocchio de bronze.

En fin de volume, les photographies de Jean Mounicq sont précisément légendées, mais on peut aussi les rêver.

Que de personnalités géniales en ce livre.

Charlotte Perriand, 1963 ©Jean Mounicq

Truman Capote (1966), lunettes fumées, est saisi dans un moment d’interrogation, et probablement de solitude. La bouche est fermée, le téléphone du premier plan est muet, les yeux témoignent d’une forme d’effarement. Nous sommes à l’Hôtel Ritz, la place Vendôme brille, the show goes on.

Christiane Rochefort est une jeune fille trop vite grandie (1961), posant allongée, cigarette à la main, robe courte, sur un sofa, près de sa bibliothèque.

Assise sur une de ses créations chez un ensemblier, l’architecte et designeuse Charlotte Perriand rit (1963).

Simone Signoret regarde avec bonheur Yves Montant son époux répéter un spectacle dans le petit théâtre de leur maison d’Autheuil-Authouillet (1959).

« Il tiqua, précise Jean Mounicq, quand il vit que j’allais le photographier de dos. »

Le sculpteur Etienne Martin est aussi chat que son grand matou (1961), l’écrivain et biologiste Jean Rostand fronce les sourcils (1963) devant des flacons contenant je ne sais quels élixirs, Jean Tinguely est l’un des rouages de sa dernière machine/sculpture (1965), Alexandre Calder a le front coupé par la faux d’une pièce métallique d’une de ses créations (1965).

Jean Tinguely, 1965 ©Jean Mounicq

Joan Miro fait le taureau (1968).

Crâne rasé, le mythologue Jean Markale, la tête surmontée d’un toit de chaume, est méphistophélique (1979).

François Mitterrand sous la voûte de la nef de Vézelay paraît illuminé (1980).

Eugène Ionesco, portant un masque (il en fait collection), semble bien s’amuser (1965).

Joséphine Baker, le front posé sur le poing, yeux fermés, bouche maquillée (1968), ressemble à Colette, la libraire de la rue Rambuteau.

Le photographe se souvient : « Dans sa cuisine de sa propriété au château des Milandes, en Dordogne. Moment de désespoir. L’expulsion approchait. Le château vendu, elle le quittera le 15 mars 1969. »

Elsa Triolet est un oiseau en cage (1966), Henry de Montherlant, dans son entresol du 25 quai Voltaire à Paris, se questionne sur la fuite du temps et la fin des civilisations (1965), Henri-Georges Clouzot semble une créature d’un autre monde (1963).

Surpris dans une scène étonnante, Abel Gance, tentant d’escaler un mur, est soutenu par le bras de Johnny Halliday qui surplombe le parapet (1963).

André Maeght, 1964 ©Jean Mounicq

Et puis il y a (liste non exhaustive), toujours en noir et blanc, Paloma Picasso, Gérard Fromanger, André Malraux, Fernando Arrabal, Joseph Kessel, Jean-Louis Trintignant, Georges Simenon, Madeleine Renaud, Coco Chanel, Louis-Ferdinand Céline, Jean Cocteau, François Mauriac, Ossip Zadkine.

Et Serge Gainsbourg heureux au Touquet (1961), remettant ses chaussettes après une longue marche sur la plage en compagnie du photographe.

Et Michel Simon, silhouette surgie d’un sous-bois, faune parfait (1967).

Un seul photographe rejoint cette impressionnante galerie de portraits – ce qui révèle une éthique -, l’ami Sergio Larrain, à Londres, en 1958.    

Livre d’hommage, sans aucune componction, Portraits révèle le regard plein de malice, d’empathie et de distance critique d’un homme ayant côtoyé des êtres d’exception. 

Jean Mounicq, Portraits, textes de Françoise Denoyelle, conception éditoriale Françoise Denoyelle et Yves Bigot, maquette Léa Cheruel et Yves Bigot, Editions de Juillet, 2022

https://www.editionsdejuillet.com/products/jean-mounicq-portraits

https://www.leslibraires.fr/livre/21673254-portraits-jean-mounicq-les-editions-de-juillet?affiliate=intervalle

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