Du pouvoir dionysiaque de la lettre, par Jean-Hugues Larché, écrivain

Le Triomphe de Pan, 1636, Nicolas Poussin

« Seule la chance agit au bon moment. » (Jean-Hugues Larché)

Lire Jean-Hugues Larché, c’est revenir aux fondamentaux, la constellation des grands réguliers irréguliers, Nietzsche-Bataille-Pollock-Monk-Watteau-Montaigne-Voltaire, et quelques autres génies.

L’ethos est sollersien, ce qui est parfait.

L’inspirateur de tant d’écrivains ne sera pas éternel (quoi que), il faut des relais, des suites, et hériter en bouleversant le legs.

« Tel un lettré chinois, le souffle de son écriture trace une voie en direction des Immortels taoïstes. Les romans de Sollers font communiquer encre, souffle et substance vitale qui créent, dit-il, sa vie à venir. »

Que lit-on chez Jean-Hugues Larché de si vitalisant dans Dionysos à la lettre, son dernier recueil publié à Bordeaux par Olympique* (de la librairie éponyme) ?

L’équivalence entre l’eau de la Garonne, charriant l’Espagne aragonaise par sa source, et le vin.

La continuité entre les troubadours et le jazz.

La liberté de la triade Sade-Nietzsche-Bataille, qui écrit peut-être du même nom : « La foi irraisonnée, l’embrasement de la chance attire la chance. La chance est donnée dans sa chaleur même, non dans le hasard extérieur, objectif. La chance est un état de grâce, un don du ciel, elle permet de jeter les dés sans retour, sans angoisse. »

Le triomphe de Pan, de Nicolas Poussin (1636) à Carpeaux-Rameau-Picasso et tous les libertins de noblesse d’esprit jusqu’à aujourd’hui.

Le gai savoir de Montaigne, deux fois maire de Bordeaux, magistrat à Périgueux pendant vingt-cinq ans, qui écrivait : « Chacun regarde devant soi, moi je regarde dedans moi, je n’ai affaire qu’à moi je me considère sans cesse, je me contrôle, je me goûte. »

Les rites dogons.

La lucidité Debord face à l’addiction visuelle-publicitaire de la population hypnotisée.

Nietzsche, combattant stratège, déclarant : « En premier lieu, je n’attaque que les choses qui sont victorieuses, si c’est nécessaire, j’attends qu’elles le soient devenues. »

Ce qui me fait penser à l’énergéticien que j’ai rencontré ce matin (je ne paye pas, mais je lis son manuscrit, on troque) : « Attaquer est chez moi une preuve de bienveillance, dans certains cas c’est même un témoignage de reconnaissance. »

Pollock libre spirale, mandala dément de haute science : « La chorégraphie va s’accélérer, la peinture s’étendre, se superposer en couches lumineuses. Défilant les pots à la chaîne, Jackson baigne mécaniquement dans son élément. Il est sur le sentier de la guerre ! Il pivote, saute, se décadre, joue le déséquilibre. Tenant sa cosmogonie à bout de bras. Il la modèle dans l’aléatoire, la chevauche dans le non-sens. D’un écart de jambes à une position plus ramassée, il circule autour de cette piscine insensée avec l’impression d’avoir créé un bain explosif à l’œil. L’air de grand sérieux, il tourbillonne et se repositionne encore. Lance des jets de crachats compacts en éclats de rage et énergie que l’on n’arrête plus. »

Plus loin (je ne cite pas, j’approuve, et m’enthousiasme) : « Sur les photos de la séance captée par Hans Namuth, Pollock est tel un indien autour d’un champ en feu. Les forces telluriques sont remontées pour le sacrer guerrier de la peinture. Ce combat a été gagné dans l’absurde de sa pratique. Comme Le peintre bouge plus vite que le diaph’ de Hans, il s’est glissé dans l’invisible. Son corps, entre ombre et lumière, réapparaît en spectre fondu dans le décor. La transe l’a fait passer de l’autre côté. Perdu dans sa concentration, au milieu des pots de peinture vides, il perçoit l’imbroglio de sa fresque »

Monk, son ange et sa « non-musique » enchanteresse.

Sade, lecteur des Amours de Psyché et Cupidon, de Jean de La Fontaine : « Le passé m’encourage, le présent m’électrise, je crains peu l’avenir. »

Les bienfaits du sommeil – Paradis retrouvé/renouvelé.

Pindare, première Pythique : « Le bonheur est le premier des biens à conquérir ; la bonne renommée vient en second rang. Quand a rencontré et saisi l’un et l’autre, on a obtenu la suprême couronne. »

Musique Watteau, Mozart, Vivaldi, ces mages du dialogue amoureux entre le masculin et le féminin.

Avec Fragonard, huit filles sinon rien (Les Baigneuses, 1765), ou une seule, la Promise. 

Les raisons d’une jolie bandaison : « Douceur, candeur, générosité. La nudité simple. » Et tout Rodin.

Pasolini parle de Marilyn : « Tu es la première qui a traversé / les portes du monde. »

Avec Jean-Hugues Larché, vous le constaterez comme moi, nous allons vers l’or.

Jean-Hugues Larché, Dionysos à la lettre, Olympique*, 2022, 124 pages

https://libolympique.poesiebordeaux.fr/edition/

Joindre l’auteur : jeanhugueslarche@gmail.com

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