Andalousie, galeries de l’âme, par Gilles Roudière, photographe

©Gilles Roudière

Fruit de quatre voyages effectués en Andalousie entre 2022 et 2024, Soledades, de Gilles Roudière,peut être vu comme un hymne au soleil et aux noirs mystères de la solitude.

Observant un paysage, une situation ou quelque sihouette dans une rue que la chaleur écrase, l’artiste français vivant généralement à Berlin semble surtout photographier des mondes intérieurs.

Il n’y a ainsi pas de différence entre l’extériorité et l’intimité du regardeur nomade, tout concorde et se renforce dans une vision globale relevant de l’unité.

Avec la précarité et l’organicité de la pellicule argentique noir et blanc, Gilles Roudière pose entre lui et le monde une peau de transparence, comme un suaire.

Tout est poussière, pulvérulence, et condensation fragile dans une forme repérable.

Les agaves s’ouvrent sur des espaces désertiques, où nul ne pourrait survivre s’il ne possédait pas la foi, envers Dieu montrant sa gloire par son retrait, ou simplement envers l’art cette puissance d’intensification.

©Gilles Roudière

Ce pourrait être la savane africaine, des plaines amérindiennes traversée par des pionniers, ou des théories de vallons lunaires, mais nous sommes d’abord dans les territoires énigmatiques des confins intérieurs.  

L’air est irradié, les pluies noires de la vie brute se sont solidifiées, un chat noir longe un mur tagué.

Gilles Roudière photographie – les images sont magnifiquement tirées par François Le Blond (Moon-Prints) – comme on manie le fusain.

Les angles sont nets, les ombres franches, les volumes soulignés avec force : nous sommes dans la dimension pythagoricienne de l’existence, qui est celle de l’évidence des passages et de la continuité entre la vie, constamment renouvelée, et la mort, abordée comme éphémère moment de métamorphose.

©Gilles Roudière

Les Soledades de Gilles Roudière sont aussi des chants de déchirure, cri de stupeur d’un enfant passé de l’autre côté du miroir en écorchant ses yeux.

C’est le domaine des merveilles, des apparitions surréalisantes, des signes indéchiffrabes par la seule raison raisonneuse.  

Les statues prennent vie, les devantures des magasins sont des temples antiques, les perroquets en cage ont l’œil torve des pythies à l’esprit chaviré.

Qu’est-ce que l’Espagne ? Qu’est-ce que l’Andalousie ?

©Gilles Roudière

Chaussures noires cirées, chapeaux photophores aux allures de cymbales turques, amours secrètes, sentiment du tragique.  

Rodontidés fécondes, gong de réveil, oiseaux initiatiques.

Chaque objet est un graal, chaque glyphe, chaque ligne (rails de train, passants, tobboggans, parapluies, tuyau d’arrosage, vêtements sacerdotaux, ventre de poisson).

Tout est de l’ordre du divin, ou du diable, peut-être est-ce d’ailleurs sans importance si l’on parvient à s’alléger de la psychologie.

Antonioni, réveille-toi, tu dois voir ces images, ce monde flottant, ces porches ésotériques.

©Gilles Roudière

On se fait tout petit, il faut le reconnaître, Gilles Roudière est un voyant.

Si vous le croisez à Arles, ou dans quelque festival européen, vérifiez bien la consistance de son corps, il se pourrait bien qu’il ne soit qu’une âme errante ayant trouvé son salut par l’art dans le pandémonium de notre présent falsifié.  

Gilles Roudière, Soledades, nouvelles, vers (français/espagnol/anglais) de Antonio Machado, éditions Lamaindonne, 2024, 176 pages

https://www.lamaindonne.fr/produit/soledades/

https://www.lamaindonne.fr/produit/trova/

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de agndoden agndoden dit :

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  2. Avatar de Beatrice Francout Beatrice Francout dit :

    Hello !

    Encore un beau livre… Je viens de lire Les danseurs de l’aube de Marie Charrel. Il fait voyager à travers l’Europe -comme toi et ton ami en ce moment, je pense- avec le flamenco et l’Andalousie en toile de fond. Si tu ne le connais pas, il pourrait te plaire.

    Bonnes vacances Béatrice

    >

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