Sur l’avilissement, le rêve des machines, par Günther Anders, philosophe

« Cessez d’être un instrument, Powers. Devenez un être humain. » Günther Anders (1902-1992) fait partie de ces auteurs fondamentaux qu’il faut sans cesse relire, ou du moins garder en tête. Les éditions Allia publient aujourd’hui deux lettres de l’auteur de L’obsolescence de l’homme. Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (1956), textes adressés à…

Tout ange est d’angoisse, par Rainer Maria Rilke, poète

« Qui donc, si je criais, m’écouterait dans les ordres des anges ? Et même si l’un d’eux me prenait soudain sur son cœur, je périrais sous le coup de son existence tellement plus forte que la mienne. Car le beau n’est que la porte de l’angoisse, ce seuil dont nous nous approchons tout juste, et, nous…

Rien d’autre qu’un fauve, par Carles Diaz, poète

« Un moine-poète, même le plus chanceux, / sera toujours un exilé dans son monde. » Je dois à une soirée bien arrosée à Dax avec quelques libraires libertaires de Mont-de-Marsan – ils boivent du Cochon volant, vous comprenez -, lors de la dernière édition du festival littéraire Les Rencontres à lire, organisé par l’écrivain Serge Airoldi,…

Peindre des nymphéas, Monet à Giverny, par Jean-Philippe Toussaint, écrivain

« Le fait que je sois devenu écrivain ne m’avait jamais traversé l’esprit jusqu’à l’âge de vingt ans. Jamais, adolescent ou même étudiant à Sciences-Po, je n’aurais pu imaginer que j’allais un jour devenir écrivain. » J’ai beaucoup aimé les livres de Jean-Philippe Toussaint, le cycle de Marie Madeleine Marguerite de Montalte bien sûr (Faire l’amour, Fuir,…

Le mythe Abd el-Kader, une exposition au Mucem

Portrait d’Abd el-Kader, par Etienne Carjat « Lui, le sultan né sous les palmes, / Le compagnon des lions roux, / Le hadji farouche aux yeux calmes, / L’émir pensif, féroce et doux. » (Victor Hugo, « Orientale », Les Châtiments, Jersey, 1852) On a fait de l’émir Abd el-Kader ibn Mahieddine (1808-1883), chef de guerre se battant contre…

Les jours de haute solitude, par Tereza Zelenkova, photographe

©Tereza Zelenkova Il y a des livres sur lesquels il me faut écrire immédiatement, parce que l’émotion est trop belle, trop intense, trop violente. Parce que je veux la partager, et que c’est comme si ce qui apparaissait soudain, à peine ouvert, était de l’ordre d’un miracle, ou d’un don très précieux, impensable, magique. Mais,…

Aurore ou crépuscule, le fantasme transhumaniste, par Stéphanie Solinas, photographe

©Stéphanie Solinas « Nous sommes un flux d’informations en perpétuel changement. » Le délire transhumaniste cherche à repousser les frontières de la mort, jusqu’à permettre à ses zélateurs d’atteindre l’immortalité. Avec Le soleil ni la mort (éditions Delpire & Co), la photographe Stéphanie Solinas questionne la logique liée à la cryogénisation, et les représentations s’y associant, en…

Exorciser Wuhan, par Simon Vansteenwinckel, photographe

©Simon Vansteenwinckel Une dystopie ou une aube nouvelle ? Un chemin de catastrophe ou un éveil spirituel ? Durant le confinement, le photographe belge Simon Vansteenwinckel a ouvert une fenêtre sur le monde via Google Street View. ©Simon Vansteenwinckel Son point de focalisation fut la ville Wuhan, au centre de la Chine, d’où l’épidémie, dit-on, était originaire…

Goya face au chaos, par Stéphane Lambert, écrivain

Autoportrait avec le docteur Arrieta, Minneapolis Institute of Art, 1820, Francisco de Goya, « L’art fut pour moi l’apprentissage de notre communauté dans la solitude. A force de rôder devant les œuvres, et d’éparpiller mes sensations, la nécessité de comprendre l’origine de mon attrait s’imposa. » L’antithèse, ou la figure oxymorique, est la frappe morale et esthétique…

Non, tu n’es pas Seul, il y a lalangue, par Lucien Suel, écrivain

« Au-dessous de la ceinture, mon corps s’est desséché. La partie supérieure qui me permet encore de considérer l’existence est coincée dans une fourche d’un pêcher rabougri. Je vais mourir dans l’espace aérien, à deux mètres du sol. Le sort est ironique. » Il me sera loisible désormais d’enseigner l’allitération de la consonne fricative non voisée « f »…

D’une écriture ivre, et brûlante, de l’histoire, par Patrick Boucheron et François Hartog

Contre le présentisme et la tradition devenue mortifère – lorsqu’elle n’est pas réinventée -, les historiens Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, et François Hartog, directeur d’études à l’EHESS, ont répondu à l’appel du festival « L’histoire à venir » (Toulouse, mai 2017), en deux conférences passionnantes reprises par les éditions Anacharsis. Comment écrit-on l’histoire ? Qu’attendre…