Un livre dont le colophon est sur la tranche, jusque l’ISBN et les remerciements, n’est pas fréquent. Ainsi se présente TTP, d’Hayahisa Tomiyasu, gagnant du First Book Award 2018, dont le court texte de présentation est en quatrième de couverture. Pour le reste, pas de glose, place aux images. En apparence, le dispositif est simple :…
Ne serait-ce que l’ombre, une amitié, par Michaël Ferrier, écrivain
Il fait beau ce jour-là sur l’île de La Graciosa, dans les Canaries, la mer est calme. Pourtant, bientôt, une vague inexplicable emportera l’ami, François, et sa petite fille, Bahia, qui se promenaient là paisiblement. C’est la fin d’un monde, et le début d’un livre quelques années plus tard pour sauver de l’engloutissement par…
L’Apesanteur et la disgrâce, une exposition pneumatique, par Gérard Berréby, fondateur des éditions Allia
A l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, situé à Lessines, en Belgique, Gérard Berréby a imaginé une exposition, L’Apesanteur & la disgrâce, s’intéressant aux métamorphoses du corps souffrant, proposant une mise en abyme d’un lieu chargé de douleur et d’apaisement. La Belgique est pour le fondateur des éditions Allia, par ailleurs supporter fervent de l’équipe d’Anderlecht,…
Courir plus vite que la beauté, Pablo Picasso et Jean Cocteau, une amitié de cinquante ans
Jean Cocteau à Pablo Picasso, le 25 septembre 1915 : « Mon cher Picasso, il faut vite peindre mon portrait parce que je vais mourir. » Dans un article du dernier numéro de La Nouvelle Revue Française (n°630), Philippe Blanchon revient sur l’importance – méconnue – pour les Américains influents de l’entre-deux-guerres, notamment T.S. Eliot et Ezra Pound,…
La littérature, ce vice, ce sport mortel, par Pierre Drieu La Rochelle et Julien Hervier
« Pour moi, la littérature, ce n’est pas un métier, c’est comme un vice ou un sport mortel. » On lit peu, ou mal, ou pas du tout l’œuvre du très noble Pierre Drieu La Rochelle, écrivain jugé infréquentable pour avoir collaboré avec le régime de Vichy, son « espèce d’amitié » avec l’ambassadeur d’Allemagne Otto Abetz, et ses…
Laisse-moi, ne me laisse pas, je meurs, par Rafael Chirbes, écrivain
« Ne me laisse pas, me suppliait-il. Il me faisait mal, il me clouait les ongles dans le dos. Je vais rater le dernier train, répétai-je. Et, pour me libérer, je fus obligé d’écarter avec une certaine violence les doigts qu’il m’avait plantés dans les épaules et de tirer fortement ses bras vers le haut. Je…
Las Nanas infantiles, par Federico Garcia Lorca, ou l’enfance assassinée
« J’ai voulu descendre jusqu’aux joncs de la rive. Plus bas que les tuiles jaunes. A la sortie des villages, là où le tigre mange les enfants. A présent, je suis loin du poète qui regarde sa montre, loin du poète qui lutte contre sa statue, qui lutte contre le sommeil, qui lutte contre l’anatomie. J’ai…
Une poétique de la pirouette, Nathalie Bihan, éditrice
Comme le disait Gabriel Gauny, ou Jacques Rancière, ou Joseph Jacotot, la base de l’autonomie, c’est l’autonomie de la base, soit celle de Nathalie Bihan, jeune éditrice brestoise ayant décidé d’éditer en toute liberté des livres de propos et de formes très divers. Son coup d’envoi, Ricochets, du photographe Guy Le Querrec, incarne avec brio…
Der Bau, Le Terrier, par Franz Kafka
Le terrier est vivant, il parle, c’est un personnage. La terre bruit de paroles, de bavardages, d’obsessions. Le silence est partout, il est pourtant rare. Une bête a construit son terrier, elle en est fière. C’est un labyrinthe très organisé, une forteresse, car les ennemis rôdent. Il faut calculer, envisager toutes les hypothèses, une catastrophe…
Melville, un auteur pour demain, par Claude Minière, essayiste
« Que d’affront pour quelqu’un qui sent jusqu’à la moelle qu’il a bien été là, et qui voit un paquet d’obtus le mettre en doute ! » Un jour, Melville (1819-1891) sera vraiment quelqu’un, dans cent ans peut-être, et davantage encore que l’auteur important de deux ou trois livres d’aventure, Moby Dick, Billy Budd. Un prophète ? (point de…
Un nom tombé dans le lac, Deuils, un récit d’Eduardo Halfon
« La désinvolture de l’homme face à l’horreur m’a toujours davantage épouvanté que l’horreur elle-même. » Il y a des histoires que l’on se doit d’écrire, parce que les taire est encore ajouter au malheur du monde. Il y a des secrets qu’il faut livrer, des enquêtes à mener, des mots à prononcer, de peur qu’ils ne…
Dans les yeux des chiens, par Anna Maria Ortese, écrivain majuscule
« Quand je suis née, l’univers était encore visible. Dans ce sens-là, ma génération, celle de la Première Guerre mondiale, a été vraiment privilégiée par rapport aux suivantes. Aujourd’hui, on en sait davantage sur l’univers, mais celui-ci est caché par la prolifération des œuvres et des actions humaines. Par « univers », je veux parler des innombrables cortèges…