Melville, un auteur pour demain, par Claude Minière, essayiste

rockwell-kent-illustration-for-melvilles-moby-dick

« Que d’affront pour quelqu’un qui sent jusqu’à la moelle qu’il a bien été là, et qui voit un paquet d’obtus le mettre en doute ! »

Un jour, Melville (1819-1891) sera vraiment quelqu’un, dans cent ans peut-être, et davantage encore que l’auteur important de deux ou trois livres d’aventure, Moby Dick, Billy Budd.

Un prophète ? (point de vue haenélien)

Un génie, oublié de son vivant dans un bureau de la douane de New York ?

Un sacrifié/suicidé de la société ?

Un acharné de la vérité ?

Un innocent fondamental ?

Un isolé absolu ?

Un étranger fait pour la postérité ?

219459303719d2aea77f357ff207d471

Un nom aurait pu être effacé, un nom subsiste, un nom grandit. Tel est le point de vue de Claude Minière dans un petit livre de réveil, Encore cent ans pour Melville (Gallimard, collection L’Infini).

C’est que l’auteur de Typee et de Mardi est insaisissable, ayant beaucoup bourlingué (mers du Sud), avant que de s’échapper définitivement par la littérature.

Melville se précipite vers le soleil, visite un cousin sur le front de Virginie pendant la Guerre de Sécession, écrit en fuguant.

Le Sud, la guerre, la marche à l’étoile, ça ne vous rappelle pas quelqu’un, drôle de poète aux semelles de vent, un type un peu louche, un trafiquant ?

Melville est un insoumis se posant constamment la question du nom, de sa provenance, des échos qu’il suscite, interrogeant la façon dont il accroche le temps, puis le tire à lui comme on ramasse toute la couverture (la Bible, Shakespeare) à soi.

La vérité est étymologique, appelez-la Ismaël, mettons.

6a00d8341c10fd53ef017ee9ae0006970d-500wi

Dans une lettre à son ami, le consul écrivain Nathaniel Hawthorne : « Car dans le monde de mensonges, la Vérité est forcée de fuir dans les bois comme un daim blanc effarouche et c’est seulement par d’habiles aperçus qu’elle se révélera, comme chez Shakespeare et d’autres maîtres du grand Art de Dire la Vérité. »

Melville s’affronte au mal ontologique, au péché originel, au crime américain, au désert. Il plonge dans les abysses.

Lettre du 3 mars 1849 : « J’aime tous les hommes qui plongent profond. N’importe quel poisson peut nager proche de la surface, mais il faut un poids lourd pour descendre dans les grandes profondeurs […] Je ne parle plus, ici, de M. Emerson, mais de toute la bande d’explorateurs de la pensée qui sont remontés de leur plongée les yeux injectés de sang. »

Des civilisés, il y en a beaucoup, beaucoup trop, Melville prendra le parti des cannibales.

Autre extrait d’une lettre à Hawthorne (avril 1851) retrouvée par Claude Minière : « C’est mon opinion prosaïque que chez ceux qui ont une bonne cervelle et qui en font bon usage le cœur va jusqu’aux cuisses. »

Contre la fausse-monnaie ayant cours dans les journaux et les lettres américaines, anglaises, mondiales, Melville lance un cri, qui est un feu de magie blanche, qui est un espace sans bord, Moby Dick.

18010203_3

C’est aussi « un nom de guerre ».

Entrer en littérature pour Melville, c’était jeter toutes ses forces dans la bataille, et mener un combat avant tout d’ordre spirituel au moyen des noms, qui sont de Dieu, qui sont du Diable.

005457316

Claude Minière, Encore cent ans pour Melville, Gallimard, collection L’Infini, 2018, 106 pages

005357336

Site Gallimard

main

Se procurer Encore cent ans pour Melville

Se procurer Moby Dick ou le Cachalot

md_633

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s