Journal d’une fille perdue, un premier roman de Clémentine Haenel

Mauvaise passe, de Clémentine Haenel (aucun lien de parenté avec le renard pâle que chacun connaît – allusion page 122) est un livre qu’il faut endurer jusqu’au bout, dans l’insupportable de ses dérives, de ses violences, de ses dégoûts accumulés, pour qu’en naisse, quelques instants, sous la lumière de Suède, une beauté d’apaisement. Mauvaise passe…

De la noblesse du questionnement de l’être – à propos des Cahiers noirs de Martin Heidegger, entretien avec Pascal David, philosophe, traducteur (1)

« Les Cahiers noirs contiennent des critiques sévères à l’égard de l’américanisme et du bolchevisme, du christianisme et de l’Eglise catholique. Ils visent également les Anglais, la technique, la science, l’Université et le national-socialisme, que Heidegger avait approuvé dans un premier temps. Par contraste, les rares et brèves observations sur le judaïsme ne jouent qu’un rôle…

Talismans, par Stéphane Zagdanski, peindre le retrait de la parole

Au ravage se confondant avec le triomphe de la métaphysique en son déchaînement nihiliste, Stéphane Zagdanski oppose le retrait de l’être comme prière. En un geste absolu, l’écrivain Zagdanski (L’impureté de Dieu : Souillures et Scissions dans la pensée juive, Céline Seul, Le sexe de Proust, De l’antisémitisme, Noire est la beauté) a décidé de réécrire…

Sortir du cauchemar de l’histoire, par la romancière Frederika Amalia Finkelstein

« Journal fictionnel », Survivre, deuxième livre de Frederika Amalia Finkelstein, est une œuvre écrite avec un sentiment d’urgence, dans une époque dominée par la terreur propagée stratégiquement par l’internationale des amis de la mort. Impossible pour la narratrice de ce beau livre bref, coupant, nécessaire comme un exorcisme, une purification, ou une continuité de respiration, d’échapper…

Sarcophage, anneaux de pénombres, le premier roman de Rafael Garido

S’il existait encore quelque chose comme une idée d’avant-garde (des solitudes aux yeux de flammes s’avançant dans la nuit), nul doute que le premier roman de Rafael Garido, Sarcophage (Inculte, 2016), s’y rattacherait par sa radicalité formelle, et son désir de frapper du verbe l’enclume de nos représentations dominantes. Repéré notamment pour ses traductions du…

Musiques françaises, revue L’Infini, étude 138

Portraits multiples de la somptueuse pianiste Martha Argerich, extrait du dernier roman de Philippe Sollers, Beauté, étude sur la fin de Rigodon par Dominique Brouttelande, la musique irrigue le dernier numéro de la revue L’Infini. En janvier 1961, interviewé par Julien Alvard peu avant sa mort, Louis-Ferdinand Céline déclare : « Comment je me suis intéressé à…

L’éloge de l’ombre, par le photographe Michel Mazzoni

Collisions, du photographe Michel Mazzoni, se présente comme un astre noir, une planète intimidante où ne pénètre quasiment pas le soleil. Morceau d’abîme arraché d’une toile de Pierre Soulages, ce livre est un bloc, que l’on ouvre en ayant l’impression d’entrer en territoire inconnu. Pourtant, à le scruter comme on le fait d’un diamant noir,…

Cet obscur pouvoir de changer notre destin, entretien avec Nadine Ribault

Sensible à l’écriture précise, ciselée, voluptueuse, d’André Pieyre de Mandiargues, Nadine Ribault aime les dérives en territoires inconnus, les surprises qu’offre le hasard (bon conseiller), la fusion du cœur, du corps et de la nature. Pour elle, la lyre n’est pas une caresse, mais un scalpel chargé de faire chanter les peaux du monde tambours battus,…

Les aigles viendront et lui crèveront les yeux – ou les épiphanies de James Joyce

Sur le front joycien, les bonnes nouvelles s’accumulent. Après les publications récentes de Brouillons d’un baiser chez Gallimard (traduction et préface de Marie Darrieussecq) et de Giacomo Joyce chez Multiple (traduction de Georgina Tacou, postface de Yannick Haenel), les éditions Trente-trois morceaux de Lyon republient aujourd’hui avec une grande élégance les Epiphanies de l’auteur d’Ulysse,…

La guerre des images selon Daech, par Jean-Louis Comolli

Pour Daech, les images sont des armes de guerre. Jamais la cruauté n’avait été montrée à telle échelle avec autant de détestable volupté (un désir de mort absolu). Que l’image tue les mécréants, qu’elle blesse à l’extrême leur sensibilité, les pétrifie, les épouvante, anesthésie leur sens critique (il y a trop à voir). Nous ferons…