Palestine, les présents absents, par Bruno Fert, photographe

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© Bruno Fert

« Chaque fois que le lieu est affligé, / une lune de cuivre l’éclaire et l’agrandit. » (Mahmoud Darwich)

En une série de quarante-neuf photographies couleurs, Bruno Fert montre dans Les Absents (Le bec en l’air, 2016) vingt-huit localités palestiniennes qui sont des lieux fantômes, dépeuplés lors de la guerre de 1948.

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© Bruno Fert

« La création de l’Etat hébreu cette année-là, précise-t-il à la fin de son ouvrage, déclenche le conflit et l’exode de près de 700 000 Palestiniens vers les pays voisins. Après la guerre, ces réfugiés ne sont pas autorisés à regagner leurs maisons et leurs terres, confisquées en vertu des lois régissant « les biens des absents ». Aujourd’hui, le nombre des réfugiés palestiniens et de leurs descendants est estimé à 5 millions, dont beaucoup vivent encore dans des camps. Le droit au retour qu’ils revendiquent reste un point de discorde entre Palestiniens et Israéliens. Pour ce projet, je suis retourné à l’endroit exact de quelques-uns des cinq cents villages dépeuplés et quelquefois détruits entre novembre 1947 et juillet 1948. »

Précisément situé sur la carte de géographie, chaque village abandonné est décrit en quelques lignes, ainsi que les conditions de son dépeuplement, apportant au lecteur des informations nécessaires à la compréhension de chaque lieu, même si chaque photographie peut aussi être vue comme autonome, tel un microcosme, tenant sur la page sans l’aide d’aucun discours.

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© Bruno Fert

La violence du conflit contraste avec la fausse sérénité, voire la splendeur, émanant de nombre d’images, la nature ayant quelquefois repris ses droits sur le labeur des hommes.

La peur, la rage, le désespoir sont pourtant là où des êtres humains ont dû fuir, ont été expulsés, malmenés ou tués.

A chaque vestige, il faut imaginer la fureur et les cris.

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© Bruno Fert

Chantre de l’identité plurielle, l’historien et essayiste palestinien Elias Sanbar accompagne d’un texte très sensible le travail du photographe, soulignant sa dimension à la fois documentaire et tragique dans la si douloureuse immobilité des pierres là où se rassemblait un peuple.

On ne sait plus très bien en ces lieux terribles ce qui distingue la sépulture de la rocaille, les morts des vivants mutilés de l’autre.

Pour y effacer le souvenir d’une présence considérée comme hostile, explique Elias Sanbar, la propagande aura déclaré ces terres de tous temps infertiles, là où les moissons étaient sans nul doute nourricières.

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© Bruno Fert

Le vide perceptible en ces lieux désigne-t-il l’absence de Dieu, ou simplement son dégoût de la bêtise humaine ?

On ne comprend rien, on comprend tout. On touche la terre, les oliviers, les bouteilles en plastique jonchant le sol, la robe d’une mariée furtive, l’eau qui tremble comme le voile de mort de la Méditerranée.

La couverture cartonnée des Absents est trouée à divers endroits. Ce n’est pas un jeu pour y glisser les doigts, mais une possibilité de faire parler le gouffre.

Et le mal règne définitivement là où plus personne ne témoigne pour l’Un.

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Bruno Fert, Les Absents, texte Elias Sanbar, Le bec en l’air, 2016, 120 pages – 50 photographies en couleurs

Découvrir le catalogue du Bec en l’air

Site de Bruno Fert

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Se procurer Les Absents

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