Quand les murs riaient, criaient et embrassaient les passants, Mai 68 par Walter Lewino, Jo Schnapp et Michèle Bernstein

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Seul l'un existe
© Jo Schnapp 

« la marchandise est l’opium du peuple »

Sur Mai 68, on écrit, on va écrire, n’importe quoi. Pourtant, les murs ont alors pris la parole, inventé des phrases de réveil, qu’il suffit d’écouter, de relire, de découvrir, dans toute la force de leur jeunesse, de leur audace et de leur implacable humour, pour avoir la sensation d’y participer encore, et de mesurer l’étendue de nos renoncements actuels.

La réédition par les éditions Allia, décidément de plus en plus situationnistes, du livre de Walter Lewino, paru dès le mois de juin 1968 chez Eric Losfeld (Paris), accompagné des photographies prises durant le soulèvement par Jo Schnapp, est une façon de remettre les pendules à l’heure des journées inouïes ayant eu lieu entre le 3 et le 13 mai 1968, « dix jours qui ébranlèrent l’Université française en attendant de bouleverser la société ».

Volez Planez
© Jo Schnapp 

Mai 68 fut une insurrection du langage, une libération de la parole, une tentative de secouer le cadavre français.

Les communistes tremblaient (et si le pouvoir leur échappait ?), les Maos se donnaient en spectacle (où sont les estrades ?), quand quelques-uns, les plus libres d’entre eux parce que ne craignant pas de perdre leurs privilèges dans l’ordre des représentations gauchistes, faisaient soupirer, râler, jouir les murs.

La rue écrit, sur les murs de Paris « blanchis par Malraux », sa révolte, avec rage, ironie, science.

L'Humanité ne sera heureuse
© Jo Schnapp 

Walter Lewino détermine trois moments clés, trois phases, trois vagues de langage.

Le lundi 6 mai 1968 (vint-et-une inscriptions sont relevées) : « éjacule tes désirs », « on achète ton bonheur : VOLE LE », « urbanisme propreté sexualité », « VOLEZ », « HURLE », « Plutôt la VIE », « NE TRAVAILLEZ JAMAIS », « ICI COMMENCE L’ALIENATION », « consommez plus vous vivrez moins », « OCCIDENT = petits CONS »…

La nuit des barricades (vendredi 10 mai) : « LA SOCIETE EST UNE FLEUR CARNIVORE », « je jouis dans les pavés », « LE GAULLISME EST L’INVERSION DE LA VIE », « SEUL L’UN EXISTE »…

Plutôt la vie
© Jo Schnapp 

La reprise de la Sorbonne : « seule la vérité est révolutionnaire », « AVEC MARCUSE POUR UNE SOCIETE EROTISEE ET NOUVELLE », « … dans la perspective d’une vie passionnante. », « professeurs, vous nous faites vieillir », « Godard : le plus con des Suisses pro-chinois ! », « COURS CAMARADE, LE VIEUX-MONDE EST DERRIERE TOI. »…

Ces inscriptions géniales ont donc été recueillies à chaud par Walter Lewino et Jo Schnapp, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ont eu le sens de l’Histoire.

Pourquoi une telle énergie verbale ? Parce que les gorges pourrissaient, que le sang dans le cœur devenait noir, et qu’il fallait le plus vite possible reprendre vie.

Relâchez nos camarades
© Jo Schnapp 

A-t-on fait mieux depuis contre le gros animal social que ces phrases d’éternité, ces fragments arrachés à la mort, ces tentatives de rejoindre par le langage incarné le corps et l’esprit ?

A chacun de déterminer ce qu’il fait de sa vie.

« TRANSFORMONS LES LIVRES EN CAHIERS ! »

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Walter Lewino, L’Imagination au pouvoir, photographies de Jo Schnapp, préface de Michèle Bernstein, postface d’Alain Schnapp, éditions Allia, 2018, 272 pages

Editions Allia

Je jouis dans les pavés
© Jo Schnapp 

main

Se procurer L’imagination au pouvoir

Guerilla urbaine
© Jo Schnapp 

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