Quelques Iris messagères, pour la revue Edwarda

 

 

Indices XXIV (Margot)
copyright Michel Mazzoni

Surtout, chère âme, ne te retourne pas !

C’est Iris messagère, ailes d’or, pieds légers, nus sur le parquet.

Vous la croisez, ne la quittez plus, mais, à l’évidence, c’est elle qui vous a choisi.

La suivez, fidèle, amoureux tel Pythagore des mystères de la géométrie, qui est un porche.

Ruée de tous les instants.

Entrez avec elle dans le tunnel du désir inassouvi.

Parois de flammes.

Espérez l’alcôve obscure, et la houle qui enlève.

C’est un blond océan, des périls délicieux, un engloutissement.

Vous manquez d’air.

 

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copyright Calin Kruse

Parfaite de nonchaloir, respire, ô mon amour.

Tu as couché dans le lit de la rivière sur un tapis de cailloux et de poissons volages.

Il est midi, tu te lèves, commences à fumer.

Pourquoi parlerais-tu ?

Tu viens de Samothrace et as déjà tout dit.

Tu te fous d’être nue, souveraine, invincible.

Tu te fous des calculs, tu te fous de l’ombre, tu te fous du temps.

Ta peau me brûle.

Ah, ne surtout pas te posséder, mais te regarder me libérer, vierge de barricade.

 

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copyright Diana Lui

Lian refuse de s’habiller.

Je lui offre une culotte, elle la jette. Une jupe, elle la déchire. Une robe de prix, elle la chiffonne.

Normal observez-vous, elle tient une boutique de fringues sur Lake avenue, Pasadena, Californie. Elle peut se servir, de quoi je me mêle.

Sa joie est de vous regarder, embarrassé, quand, pour la première fois, vous entrez dans son commerce.

Vous désirez ?

C’est une fileuse, drôle de fille, vaguement actrice, enfant perverse.

Entre ses jambes danse un petit saumon.

Regardez bien, il va sortir de sa bouche.

 

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copyright Gilles Pourtier

Lancer les osselets du dos de Diane.

Cuisses tendues, yeux cerclés de rouge, petits seins aux tétons de plomb.

Vous êtes son chien de chasse, et reposez dans l’odeur des framboises écrasées.

Vos pattes ont la rage.

Là-bas, parmi les fleurs, dans un silence d’équilibriste, un cerf.

Une balle, bientôt, fera exploser son cœur.

Lèvres fines, la chasseresse défie les lois de la gravité.

 

Culotte noire
copyright Renaud Monfourny

Vous avez rendez-vous, il est 20h.

Jette ta cigarette.

Elle jette son soutien-gorge.

Jette ton pardessus crème.

Elle jette sa salive sur le papier-peint.

Dos droit, mains souples, pieds finement chaussés.

Elle vous regarde, vous vous asseyez, sagement, de profil.

Garçon, joue-moi quelque chose.

Garçon, c’est maintenant l’heure de ta leçon de piano.

Joue une mazurka de Chopin.

Joue un nocturne de Fauré.

Joues en feu et coulées de sueurs froides.

J’ai répété toute la semaine.

Cette fois encore, échappe au châtiment.

 

HyperFocal: 0
copyright Pupa Neumann

Alice sort du miroir.

Alice sort d’un tableau, d’un livre, d’une porte d’acier.

Elle n’a peur de rien, connaît les manigances des ombres.

Vous invite à la suivre là où vous ne pouvez aller.

Au Ministère, on chuchote à son passage.

Nouvelle DRH de la rue de Bercy recrutée à prix d’or.

C’est une enfant qui calcule tout, très vite, elle est exceptionnelle.

Marche vite entre les salons feutrés et les aspics.

La soie terrible de son regard vous impose le silence.

Section des Piques.

Vous vous asseyez, redoutez le poison.

« Monsieur, j’ai eu le grand plaisir de lire votre lettre… »

Sur son bureau, un bouquet d’iris.

(Ce texte, et deux des images les accompagnant (Gilles Pourtier, Michel Mazzoni), a paru une première fois dans la revue Edwarda, numéro 13, intitulé « Femmes », printemps/été 2017 – fermé, son format est de 165mm par 240mm; ouvert, de 330mm par 240mm. Il compte 88 pages, dont un ensemble de portraits par le photographe Henry Roy. Les autres textes sont de Dominique Ristori, Yannick Haenel, Philippe Sollers, Sam Guelimi, Medhi Belhaj Kacem, Véronique Bergen, Jean-Paul Enthoven, John Jefferson Selve, Livo Glieri, Isadora Chen, Ferdinand Gouzon, Marc Lambron. Merci encore à Sam Guelimi, directrice de la rédaction artistique, pour sa belle hospitalité)

EDWARDA13-femmes-Cover

Se procurer Edwarda numéro 13 et Nu debout, 1961

EDWARDA-COUV-nu-debout-1961

 

 

 

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