Ha’aretz, la terre, par Clément Chapillon, photographe

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© Clément Chapillon

En Israël, en Palestine, le photographe Clément Chapillon a éprouvé la violence et la beauté d’un coup de foudre, d’une révolution intérieure.

Rien ne le préparait pourtant à aimer avec autant d’intensité une terre si chargée d’histoire, de conflits, de drames.

Dans le désert de Judée, Clément Chapillon a senti la force d’un territoire à la puissance considérable, imposant immédiatement beaucoup d’humilité.

Son livre, très beau, généreux, Promise me a land (Kehrer Verlag), accordant à chaque personne rencontrée la force de son individualité, est ainsi à aborder comme la célébration d’une terre réunissant fondamentalement deux peuples, malgré les antagonismes et les rancœurs.

Ici le sol est absolu, mais aussi les visages, et les paroles, et les gestes d’accueil.

Simplement, humblement, mais en étant très informé, Clément Chapillon a construit un livre où le temps de quelques pages déjouant les pièges identitaires la paix est une possibilité concrète.

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© Clément Chapillon

Comment est né le projet Promise me a land (Kehrer Verlag, 2018) ?

Je fais de la photographie depuis l’adolescence, c’est un hobby qui a progressivement pris de plus en plus de place dans ma vie depuis une dizaine d’années. En 2016, j’ai décidé de faire le grand saut et d’arrêter mon travail dans la communication pour me consacrer à ma passion. J’ai alors commencé ce projet documentaire en Israël et en Palestine. J’avais une approche personnelle différente : deux amis proches sont partis vivre en Israël pour faire leur alya (immigration en Israël), deux copains avec qui je partageais beaucoup de choses, une culture, une histoire et une mentalité. Quand ils ont décidé de quitter la France, j’ai voulu comprendre quel destin ils avaient choisi de rejoindre et comment ils pouvaient être attirés par cette terre. C’était une autre projection que celle rapportée par les médias et les autres témoignages. J’avais un angle pour me décentrer par rapport à tout cela.

Quel est votre lien personnel à la terre de Palestine ?

Le conflit israélo-palestinien a toujours été étranger à ma vie. Il était tout au plus une courte séquence du journal de 20h. Des guerres, des intifadas, des drapeaux qui s’affrontent, des accords de paix qui s’effritent et toujours la même souffrance. J’éprouvais un rejet pour ce lieu et les drames qui s’y jouaient depuis près d’un siècle. Et pourtant, quand un ami m’invite à célébrer son mariage en Israël et que mon pied se pose pour la première fois sur ce sol à l’été 2010, quelque chose se passe. J’entre dans un lieu que j’ai imaginé et fantasmé et soudain, il devient tangible. Il m’a tout de suite parlé : le soleil, les amandiers en fleurs, les épices, les déserts, les ambiances, les voix… J’ai ressenti une énergie et une vibration. C’était à la fois doux et amer, j’y ai pris goût.

Ma première incursion dans les territoires palestiniens, dans la ville de Jéricho, fut inoubliable. Je pénètre la société palestinienne avec appréhension et curiosité et j’y découvre des images très éloignées de celles des médias, celles d’un quotidien simple et ordinaire. Et puis, en sortant de la ville en fin de journée avec mon ami, nous prenons une mauvaise route, celle qui serpente à travers le désert de Judée. J’y découvre un paysage qui me colle encore à la peau. Des collines pelées et poussiéreuses qui n’ont pas d’âge mais où se cache une histoire et un monastère, tous deux nichés dans une géographie presque métaphysique. Revenir à la terre elle-même, cette “Adama” * qui a façonné l’homme, Adam, m’a permis de m’extraire de la politique si écrasante. Elle m’a aussi permis de chercher et de vivre moi-même ma propre relation à la terre dans ce lieu où l’on touche son point le plus profond.

Comment jugez-vous l’installation à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis ?

Il s’agit d’une provocation évidente pour les Palestiniens et cette décision ne prend pas le chemin de l’apaisement. Je ne veux pas juger la légitimité de Jérusalem comme capitale de l’Etat Hébreux, ce n’est ni mon rôle, ni un souhait, mais j’estime que c’est une provocation de plus pour les Palestiniens et que les Israéliens ne devraient pas avoir besoin d’une légitimation américaine. Mais pour être honnête, je ne pense de toute manière pas que la paix puisse venir de l’extérieur, ni de la politique. Toutes les tentatives extérieures ont échoué. Ce sont les gens qui doivent créer la paix, la construire de l’intérieur. Beaucoup d’initiatives civiles portées par des associations israéliennes et palestiniennes essaient de construire des bulles de coexistences et font avancer les choses sur le terrain. Mais ces poches de coexistences sont encore trop rares et localisées. Les choses changeront vraiment quand une majorité de gens de l’intérieur en auront marre du conflit et seront prêts à croire qu’une vie ensemble est possible. Ce n’est malheureusement pas le cas pour le moment.

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© Clément Chapillon

Qu’avez-vous ressenti dans la bande de Gaza ? Y êtes-vous-même allé ?

Gaza ne fait pas partie de mon récit et je n’y suis pas allé pour plusieurs raisons. La première est purement logistique : il est difficile d’entrer dans la bande de Gaza lorsque l’on n’a aucune institution derrière soi. Sans carte de presse, ni la mission d’une ONG, on peut difficilement se procurer une autorisation. La deuxième est que Gaza est aujourd’hui un territoire enclavé, il y a une véritable discontinuité territoriale avec le reste de la terre. Par exemple, les « Palestiniens Israéliens » ne peuvent pas y aller pour voir leur famille ou travailler, comme ils le font partout dans le reste de la Cisjordanie. Dans mon livre, j’ai voulu entremêler les existences israéliennes et palestiniennes pour explorer leurs liens à la terre. Le conflit qui existe partout sur le territoire est une dimension importante de mon travail mais pas centrale. À Gaza, il ne s’agit pas d’un conflit mais d’une guerre, avec des échanges de tirs de roquettes. Le Hamas veut détruire son voisin qui en échange tente de l’asphyxier. J’ai été dans des lieux très difficiles comme Hébron, ce qui fut une expérience très éprouvante où l’on ressent toute la haine qui existe entre les deux peuples. Mais Gaza est d’une autre nature, un sujet en soi, qui aujourd’hui est totalement séparé du reste des territoires palestiniens où des milliers de personnes traversent à pied ou en voitures les checkpoints chaque jour. C’est de plus un territoire très médiatisé ou beaucoup de journalistes et de photographes travaillent déjà, je ne pense pas avoir quelque chose de personnel et de nouveau à raconter.

Gideon Levy, éditorialiste du journal Haaretz, écrit que pour beaucoup de gens aujourd’hui tuer des Gazaouis est devenu « plus acceptable qu’écraser des moustiques ». Que pensez-vous de cette assertion ?

Je pense qu’elle est trop caricaturale, et je pense qu’il faut arrêter ce genre de discours qui ne reflète pas la réalité. Il existe une frange minoritaire qui tient un discours guerrier et territorialiste, c’est vrai, je l’ai vu et entendu dans certains endroits d’Israël. Les guerres successives, les morts et les traumatismes qui ont été vécues par la population ont créé des blessures qui peuvent aboutir à ce genre de dérives inhumaines. Les Israéliens vivent encore dans une logique de survie, malgré l’apparente force de l’armée qui est aujourd’hui occupante et dominante, les fondations sont extrêmement fragiles. Les Israéliens ont du mal à se projeter à quelques années, et une nouvelle guerre avec le Liban peut se déclarer à n’importe quel moment. J’ai aussi entendu chez certains Palestiniens des discours belliqueux de reconquête du territoire, de résistance guerrière sans aucune forme d’empathie. De part et d’autre, il y a de la haine et les blessures, il va falloir beaucoup de temps avant que tout cela puisse cicatriser, même si une extrême majorité des personnes veut juste vivre une vie normale, comme vous et moi.

Repartir de la terre millénaire, n’était-ce pas une façon de diluer la violence des antagonistes actuels dans une sensation de monde commun ?

Je ne le pense pas. Au contraire, en remontant aux origines de la terre et du lien entre la terre et les hommes, on remonte aux racines du conflit. Comprendre pourquoi les hommes se battent pour leur terre et pourquoi les revendications perdurent. Je ne m’intéresse pas vraiment aux conséquences des choses, je ne me sens pas « l’âme photojournaliste ». J’essaie de mener un travail documentaire sur la durée, ce n’est pas la surface des choses qui m’intéresse, mais ce qui fait qu’elles se produisent. Je ne suis pas un photographe de guerre et je ne veux pas aller sur les zones de conflit pour y aller. Je pense que le conflit peut et doit être expliqué différemment, et qu’il faut montrer les différentes dimensions, humaines, géographiques, historiques qui lient ces peuples à leur terre, pourquoi ces identités ont besoin de cette terre pour se forger et se construire. Quelles sont les rêves et les promesses que ce territoire contient aujourd’hui ? Revenir à la terre permet à mon sens d’avoir une vision plus large et plus riche de ce territoire. Les antagonismes sont très présents dans mon livre, je n’ai pas cherché à cacher des vérités, j’ai plutôt voulu les additionner. Mais le fait que ces deux peuples ont une terre en commun, qui a forgé leur identité des deux côtés du Mur, est aussi une chose importante à raconter. Les médias ont aussi une part de responsabilité en ne montrant toujours que les mêmes images des clivages, un portait souvent manichéen de cette terre, alors que la réalité est bien plus compliquée et nuancée sur le terrain.

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© Clément Chapillon

A quels moments et dans quels lieux, en Israël et Palestine, oublie-t-on la blessure de la démarcation et de l’exil ?

Dans le nord, en Galilée, notamment autour de la région de Haifa. J’ai été très étonné de ressentir une société beaucoup plus apaisée et beaucoup plus mixte, le début d’un « vivre ensemble ». Que ce soit dans les universités, sur les immenses plages ou même dans la ville. Les destins se mélangent au quotidien, et une véritable identité « israélo-palestinienne » est en train de voir le jour, même s’ils ont du mal à mettre des mots dessus et si la coexistence devra aller encore plus loin dans les années qui viennent. Sinon, il a y beaucoup de moments où j’ai oublié les blessures : en suivant une Israélienne qui apprend l’hébreu aux femmes arabes dans un des villages arabes les plus pauvres d’Israël (Jizr Al Zarqa) ; quand l’équipe de football de Beer-Sheva a gagné le championnat, une équipe qui contient beaucoup de joueurs arabes et qu’une foule en liesse a fêté la victoire (juifs et arabes) ; dans le Gush Etzion, lors d’une réunion entre colons et Palestiniens qui tentent de trouver une solution pour vivre ensemble en Cisjordanie ; lors de la visite d’un village israélo-palestinien, Neve Shalom, où tous les cours de l’école sont en hébreu et en arabe dans des classes mélangées… J’ai énormément de moments qui me viennent en tête, il serait trop long de les énumérer. Mais à tout cela s’ajoute aussi ces moments où je me suis retrouvé seul face à cette terre, notamment dans le désert de Judée. On ressent alors l’humilité face à cette immensité, un paysage qui transgresse toutes formes de démarcation, un paysage qui n’appartiendra jamais à personne, qui était là avant et sera là longtemps après nous.

Comment comprenez-vous cette phrase de votre préfacière, l’historienne Diana Pinto : « Il y a quelque chose qui fait penser à Caïn et Abel dans ce double regard » ?

Caïn et Abel est l’histoire du premier meurtre de la Bible, d’un paysan Caïn qui tue son frère Abel et qui est maudit par le sol qui a recueilli le sang versé. Le parallèle est assez tentant et l’histoire de ces deux peuples sera de toute manière liée à jamais. Je pense personnellement que cette histoire est importante car elle raconte une chose essentielle : on ne peut vivre sur une terre que si on la mérite. Après ce meurtre, Caïn ne la mérite pas et doit la quitter. Après près d’un siècle de violence et sangs versés, de part et d’autre, il est impossible aujourd’hui de vivre normalement en Israël /Palestine. Il va falloir du temps mais aussi un changement de mentalités pour que ces deux peuples méritent de vivre, ensemble, sur cette terre. Il va falloir qu’ils apprennent à devenir des « peuples de la terre », et qu’ils retrouvent un sol commun, qu’ils apprennent à nettoyer cette terre d’un passé trop lourd à porter, c’est mon avis.

De quelle nature est la promesse qu’évoque votre titre ? Promesse d’un retour pour les Palestiniens chassés de leurs terres en 1948 ? Promesse d’un pays, Israël, appelé à se développer toujours davantage et approfondir sa présence en terre sainte ?

Ici vous évoquez des « promesses collectives » et politiques, alors que je me suis intéressé aux « promesses individuelles ». J’ai voulu replacer l’humain et l’individualité au cœur de mon travail, car on oublie souvent que l’on parle d’hommes et de femmes là-bas. Lorsque l’on mentionne Israël et la Palestine, ïl s’agit tout de suite de destins collectifs, d’histoire avec un grand H, de géopolitique du conflit. Mais moi je me suis intéressé aux histoires des gens, aux promesses bien réelles : celle d’arriver à garder sa ferme où l’on peut cultiver ses fruits en zone C, celle de vivre dans un pays où l’on peut traverser les frontières, celle d’arrêter de ressentir l’occupation au quotidien, celle d’avoir un foyer qui nous protège ou l’on peut se construire… Toutes ces promesses qui s’entrechoquent forment à mes yeux cette mosaïque israélo-palestinienne, et permet de comprendre ce puzzle unique. Pour le transmettre, j’ai développé une série de portraits ancrés dans la vie quotidienne sans mise en scène et bien-sûr à travers une série de paysages, qui parlent de l’identité collective des hommes et des stigmates que l’on peut lire un peu partout dans ce territoire.

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© Clément Chapillon

A la passion inhérente à ce territoire déchiré, n’avez-vous pas cherché à opposer le calme et la bienveillance, quel que soit le camp observé, d’un regard extérieur apaisé ?

Dans une certaine mesure, c’est vrai, mais je veux le relativiser. Effectivement, je n’ai pas voulu axer mon travail autour du conflit qui est déjà surexposé dans un pays où il y a le plus journaliste au m2 au monde. Alors oui, je n’ai pas comme Koudelka axé mon travail sur le Mur et les divisions entre les sociétés, mais en même temps je n’ai rien caché. Je montre aussi le Mur dans mon travail, qui est comme une cicatrice, où la blessure est amplifiée par une « Vierge qui pleure » devant un Monastère chrétien à Bethléem. Il y aussi cette « porte condamnée » depuis trop longtemps à Hebron qui symbolise à mes yeux tout le conflit, cette porte qui était le passage entre le quartier juif et arabe. Je ne pense pas que mon travail apaise les esprits sur le fond, j’ai par contre choisi un traitement plus « froid », plus doux. Je n’aime pas l’action et les images trop directes, je préfère faire ressentir les stigmates à travers une grille de lecture moins simpliste et caricaturale pour laisser le spectateur libre de penser mais aussi de rêver ce territoire.

Qui lisiez-vous au cours de votre séjour ? Le poète Lorand Gaspar cité en fin d’ouvrage : « Paysages dont seul persiste l’élan / La montée de sèves dans la soif / Les plus nues collines de l’esprit / La seule respiration de la fugue – » ?

Lorand Gaspar est un poète que j’apprécie énormément et qui a vécu une partie de sa vie en Palestine, proche de Jéricho. Il a écrit un livre sur la Palestine, mais je me suis intéressé à ses poèmes qui nous font ressentir ce « sol absolu ». Lorsque j’ai lu ces mots, ils ont tout de suite fait échos avec ce que je ressentais au milieu de ce désert de Judée, cette expérience métaphysique de la terre qui nous envahit, qui nous absorbe. Ces collines qui dispersent notre certitude, et qui finalement nous obligent à l’humilité : qui peut vraiment affirmer qu’il peut posséder ces courbes pelées, cette aridité et ces couleurs ? Sa poésie est transcendante, tout comme l’expérience de ce désert. Pour revenir à la question, je me suis plongé dans la littérature, et elle est foisonnante sur ce sujet. À la fois des œuvres actuelles qui dissèquent les sociétés : Ari Shavit, Amos Oz, David Grossman, Shlomo Sand, Mahmoud Darwich… et même des Français comme Justine Augier ou Emmanuel Ruben. Et puis, j’ai voulu remonter le temps à la recherche de documents d’époque pour comprendre comment le pays a été créé, ses fondements idéologiques, les témoignages du début du siècle. Par exemple les écrits de Martin Buber sur les premiers congrès sionistes ou encore le récit de Joseph Kessel de 1927 quand il découvre cette terre sous la Palestine Mandataire en 1927, un livre méconnu qui s’appelle Terre D’amour.

Comment avez-vous rencontré les personnes dont vous citez des propos au fil de votre livre ? Aviez-vous sur place des intermédiaires ?

 D’abord je me suis intéressé aux habitants car ils nous parlent aussi de l’espace et de la façon dont le territoire est habité. Les rencontres étaient pour la plupart fortuites, au hasard des routes. Que ce soit dans un Kibboutz verdoyant, dans une serre agricole, sous une tente de bédouins, dans un petit village palestinien, sur un parking, à la plage… Je m’intéressais de plus en plus à ces gens qui vivent la terre, qui ont un contact physique avec elle “hic et nunc”. Ils m’ont souvent accueilli et ouvert leur porte car je ne venais pas uniquement leur parler du conflit, je ne les ramenais pas à la guerre et aux haines comme le font la plupart des reportages. Je leur posais des questions simples sur leurs quotidiens, leurs rêves, les promesses ou les désillusions. Alors, ils m’ont parlé, souvent avec des mots très spontanés, des liens qui les unissent à ce sol. Je les ai photographiés, écoutés et enregistrés. Quand l’anglais était trop approximatif, je les ai traduits plus tard par des amis qui parlaient hébreu ou arabe. Je n’avais aucun intermédiaire, mais énormément d’amis m’ont aidé sur-place, des deux côtés. Ils ont aiguillé mon récit, m’ont permis de construire ma propre vision et d’aller chercher aux bons endroits les différentes pièces de mon puzzle.

Comment entendez-vous cette remarque : « Je ne vis pas en Israël, je vis à Tel-Aviv. » ?

Beaucoup de gens en Israël aspirent à la normalité, mais elle n’existe que sous forme de petites bulles, de petites poches ou l’on se sent transporté ailleurs.

Dans un sens Tel-Aviv est la plus israélienne des villes. Elle n’existait pas avant l’Etat Hébreu, il y avait la vieille Jaffa Palestinienne, mais Tel-Aviv est la ville du rêve sioniste. Son front de mer, son style de vie, ses soirées, ses start-up… Elle est excentrique, vivante et vibrante, c’est l’hybris Israélienne. J’y ai passé beaucoup de temps, ça a toujours été mon point d’entrée lors des quatre voyages que j’ai réalisés sur place.

Mais d’un autre côté, quand on vit sur cette partie du territoire, on n’est plus vraiment en Israël, on est loin des Territoires Palestiniens, des murs, des chars, des camps de réfugiés et du Moyen-Orient en général. Tout cela est beaucoup trop dur à vivre pour beaucoup de gens, alors on ferme les yeux, et on vit en cercle fermé avec des œillères. J’aime beaucoup cette ville, elle est une part importante de l’identité Israélienne, mais ce rêve s’estompe vite dès que l’on quitte les abords de la ville pour se retrouver dans des villes dortoirs, des quartiers pauvres, qu’ils soient arabes, russes ou éthiopiens.

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© Clément Chapillon

Avez-vous pu exposer vos images en Israël ou Palestine ?

Pas encore, mais je vais le faire en octobre à Jérusalem, dans un quartier métissé à majorité arabe de Jérusalem-Est. Il s’agira d’une exposition avec une institution qui milite pour le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, le Willy Brandt Center, en partenariat avec l’institut Français de Jérusalem.

Que n’avez-vous pas pu photographier ?

Il y a énormément de chose que je n’ai pas pu photographier. Ce projet aurait pu durer des années encore, c’est un projet sans fin. C’est un petit territoire, donc j’ai pu le parcourir plusieurs fois. Cependant, le plus dur n’est pas de le traverser mais de le pénétrer en profondeur. J’ai par exemple passé quelques jours avec les Druzes du Golan, mais il m’aurait fallu plus de temps pour vraiment comprendre leur vie aujourd’hui, hier Syriens, aujourd’hui Israéliens. J’ai eu le temps de les interroger mais je pense qu’avec le recul, j’aurais dû passer encore plus de temps dans cette partie du territoire. Les bédouins du Negev aussi ont été particulièrement difficiles à capter et à interroger, c’est une population très difficile d’accès qui vit aujourd’hui une situation très compliquée en plein cœur du désert.

Vous êtes actuellement en Inde. Quel est l’objet de votre séjour dans ce pays ?

Il s’agit d’une commande pour une entreprise, Pure Projet, qui met en place des programmes de replantation d’arbres dans les régions reculées du Darjeeling. Je suis là pour capturer la vie des villageois, expliquer l’importance de la replantation d’arbres pour les communautés locales et documenter les liens séculaires qui unissent ces hommes et ces femmes à leur terre. Que ce soit pour mes prochains projets professionnels ou personnels, je vais chercher à continuer à explorer cette relation entre les hommes et leur territoire.

Propos recueillis par Fabien Ribery

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Clément Chapillon, Promise me a land, préface (anglais/français) de Diana Pinto, Kehrer Verlag, 2018, 144 pages

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