Travailler pour les petits oiseaux, par les photographes Pentti Sammallahti et Bernard Plossu

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© Pentti Sammallahti / Editions Xavier Barral

Des oiseaux est une nouvelle collection, superbe, de Xavier Barral. Deux livres à la fois, quatre par ans, offerts aux plus grands photographes, accompagnés d’un texte de l’ornithologue Guilhem Lesaffre.

Paraissent donc simultanément deux volumes, du Finlandais Pentti Sammallahti, et de Bernard Plossu.

Quand l’heure est à la disparition des espèces, et au retour des frontières armées, les éditions Xavier Barral misent sur le mince, l’infra, le merveilleux quotidien, l’infime symbole de liberté.

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© Pentti Sammallahti / Editions Xavier Barral

Comme à son habitude, les photographies en nuances de blancs et de noirs de Pentti Sammallahti sont des poèmes visuels, issus de marches longues dans la nature.

Chez Sammallathi, la délicatesse est une force qui bouleverse.

Fermeté du cadrage, langage muet des signes, géométrisation des rapports, logique structurante des symboles.

Le photographe ne capture rien, mais s’attache à révéler l’ordre secret des apparences.

On ne le perçoit pas toujours, mais les oiseaux calligraphient l’espace.

Ce sont des points ténus tenant le ciel en se posant sur un fil téléphonique comme on pose des notes de musique sur une partition.

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© Pentti Sammallahti / Editions Xavier Barral

Les oiseaux traversent le temps et les saisons, laissant les hommes s’occuper de leur pauvre orgueil, ou de leurs champs.

Les nuées sont parfois dramatiques, que commentent calmement les noirs volatiles.

Sont-ils indifférents ? Non, ils nous voient à peine.

Chez Pentti Sammallahti, les oiseaux sont des points de ponctuation, des secrets à ne pas dévoiler trop vite.

Ils viennent sous l’objectif, le saturent d’ailes, repartent aussitôt.

Le photographe construit des tableaux à contempler longuement, associe un cheval et des oiseaux, ou une pierre dressée, le faîte d’une maison, des chiens, un ballon de football, un moulin.

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© Pentti Sammallahti / Editions Xavier Barral

Dans la vaste désorientation en cours des peuples et des individus, il y a un grand bonheur à suivre qui sait d’instinct ne pas se tromper de chemin.

Les images de Sammallahti sont d’aujourd’hui et d’hier, en espérant que demain leur survivra.

La Finlande contemporaine apparaît, mais comme de très loin, comme un décor, comme un rêve.

La neige est épaisse, la brume dense.

Une voiture est à l’arrêt, capot ouvert sous une tempête de blancs flocons. L’homme qui répare et l’oiseau se regardent. Cocasserie de l’existence.

Il y a des arbres dessinant le champ du visible, et des chorégraphes à plumes inventant des mobiles étonnants.

Les pages se répondent, en lignes et esprit.

Pentti Sammallahti construit un conte où apparaissent des flamants blancs.

Nous sommes entre 1973 et 2016 dans le nord de l’Europe, en Hongrie, en Turquie, en Inde, au Japon, entre émotion brute envers le spectacle du vivant, sa précision graphique, et la drôlerie fine de nombre de situations.

Les tirages sont remarquables, qui fixent des frissons.

Dans un texte où le savoir ne se départit jamais de la sensibilité, Guilhem Lesaffre met en relation les oiseaux et la lumière, leur horloge interne et leurs capteurs photosensibles, décrivant précisément leur emploi du temps, entre alimentation, entretien du plumage, repos et recherche de partenaire pour la reproduction.

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© Bernard Plossu / Editions Xavier Barral

Chez Plossu, les oiseaux sont le symbole même d’un tropisme migrateur qui est au suprême le sien.

L’auteur du Voyage mexicain les aime espiègles, majestueux ou minuscules, solitaires ou quelquefois en groupe, comme lui.

On connaissait le goût de Bernard Plossu pour la gent ailée depuis son livre coécrit avec Jean-Christophe Bailly, Hirondelles andalouses (Filigranes Editions, 2008), mais force est de constater ici que le thème aviaire est omniprésent dans son œuvre.

p.13
© Bernard Plossu / Editions Xavier Barral

Camille Corot (1796-1875) est cité, et c’est admirable : « Je travaille pour les petits oiseaux. »

Qu’il soit à Huesca, à Brest, à Edimbourg, à Milan ou à Santa Fe, l’œil photographique du maître des petits riens étant des presque tout est attentif au vol des plus libres, à leur danse absolue, à leur repos soudain.

Dans les montagnes aragonaises, le marcheur inlassable observe la grâce des vautours dans des paysages dont ils semblent les derniers souverains.

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© Bernard Plossu / Editions Xavier Barral

Deux oiseaux conversent sur le bitume d’une route de l’Arizona, et l’on songe au burlesque franciscain de Uccellacci e Uccelini de Pier Paolo Pasolini (1966).

Si certains oiseaux dépendent profondément du rythme des saisons (Guilhem Lesaffre développe dans ce deuxième ouvrage le thème de la migration), pour nous qui les observons avec l’aide des photographes, il n’est pas douteux d’en faire avant tout la figure d’une atemporalité enchanteresse.

L’oiseau ? « le plus ardent à vivre » (Saint-John Perse)

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Pentti Sammallahti, Des oiseaux, texte de Guilhem Lesaffre, Editions Xavier Barral, 2018, 120 pages – 60 photographies noir & blanc

Expositions à la Maison Doisneau (Gentilly), du 19 octobre 2018 au 13 janvier 2019, et à la Galerie Camera Obscura (Paris), du 25 octobre au 20 décembre 2018

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Bernard Plossu, Des oiseaux, texte de Guilhem Lesaffre, Editions Xavier Barral, 2018, 88 pages – 44 photographies noir & blanc

Editions Xavier Barral

p.59
© Bernard Plossu / Editions Xavier Barral

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. willaume dit :

    Merveilleux texte pour une merveilleuse collection et des photographes aussi précieux que les oiseaux. Les « petits oiseaux », justement, sont nos messagers du ciel et des âmes et nous perdrons le ciel quand nous les aurons perdus et nous aurons tout perdu quand nos âmes perdues ne sauront plus où se poser. Déjà leurs chants s’éteint sans bruit et ce vacarme m’effare.
    Le 3 novembre dernier, à 17h04, j’en ai trouvé un, au sol. Il était d’un gris bleu très subtil, avec un grand jabot orange, encore un tout petit peu tiède au creux de ma main. Je l’ai photographié en m’excusant puis je suis allé le cacher. Je me suis souvent demandé où étaient tous ces oiseaux qui disparaissent en si grand nombre. Cette fois, je tenais une réponse. Minuscule, insuffisante…

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