Grace, liane du bois de Vincennes, par Karine Miermont, écrivain

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© Jean Revillard

Grace l’Intrépide est le portrait d’une prostituée nigériane travaillant dans le bois de Vincennes.

Quatre ans après L’année du chat, la romancière s’attache une nouvelle fois à raconter une histoire vraie, ou presque, créant par la fiction une force de vérité.

Livre très informé sur les conditions de l’esclavage sexuel moderne, Grace l’Intrépide touche d’autant plus qu’il est écrit sobrement, disant l’enfer d’une femme sans pathos.

J’ai souhaité converser avec Karine Miermont pour connaître sa méthode de travail, et surtout entendre d’une autre façon sa voix.

Grace l’intrépide est votre deuxième livre après le récit L’année du chat (Seuil, 2014), qui est un journal de deuil en quatre saisons. Quelles continuités voyez-vous entre ces deux livres ?

L’une des continuités c’est bien sûr l’écriture, l’expérience de sortir de soi et de passer par les mots pour raconter, élaborer un récit, car tout peut être récit. La séparation entre fiction et non fiction, et toutes les sous-catégories, roman, récit, document, essai, etc, tout cela rassure beaucoup de monde, c’est devenu une habitude de tout mettre dans des cases, notamment les produits vendus sur tel ou tel marché, c’est commode, mais ce n’est pas forcément opérant pour ceux qui écrivent.

Une autre des continuités, c’est l’absence de pathos, la recherche d’une écriture qui n’en rajoute pas, qui se tient à une certaine distance de ce qui se produit et des mots pour le dire, pour tenter d’en rendre compte comme jamais. Je ne prétends pas y parvenir, mais j’essaie. Dans L’Année du chat, c’est de la mort, de la maladie, du soin, du temps, de l’amour, dont il est question. Et à partir de rien ou presque en apparence, un chat. C’est une histoire vraie, qui m’est arrivée, comme à beaucoup d’entre nous : la mort d’un animal qui vit avec soi. Expérience troublante, très émouvante, qu’il faut doucement recueillir et composer pour tenter d’en garder toute la puissance des émotions et des mots qu’elle soulève, sur un fil.

Dans Grace l’intrépide c’est d’une femme dont on s’approche, un destin terrible que connaissent des milliers de femmes en France, en Europe, en Afrique, partout. On s’approche de leurs corps, de leurs cheveux, leur peau, leurs endroits, leurs paroles, leurs histoires, la parole de Grace. Mais ce n’est pas un récit victimaire ni condescendant, c’est un autre regard, peut-être une tentative d’être à la hauteur de ce qui se produit en réalité : par exemple l’extraordinaire dignité de nombre de ces femmes dans l’adversité. Ou leur joie. Car elles manifestent souvent beaucoup d’enthousiasme dans leur façon d’être et de parler, ce qui est probablement une forme de défense, de protection, mais c’est ainsi, et cela m’a semblé un inspirant moteur pour l’écrire, tenter de faire bouger le regard et les mots.

Vous reprenez à la fin de votre livre très émouvant consacré à la mort lente de votre chat cette parole de Saint Augustin : « Car pour qui sait entendre, de toute chose part une voix. » Comment la comprenez-vous ?

Je la comprends comme une invitation à écouter tout, y compris ce qui ne parle pas, et donc à écrire sur tout, tout est possible. Pour moi, cette phrase de Saint Augustin est très vaste, elle contient la démarche de certains écrivains que j’aime lire, comme Francis Ponge et son Parti pris des choses, quand il écrit à partir d’un galet, d’une bougie, d’un cageot, du mimosa. Quelle beauté. Je me souviens avoir noté cette parole de Saint Augustin alors que je vivais l’expérience de l’Année du chat, je le raconte dans le livre, quand je lis Le Parti pris des animaux de Jean-Christophe Bailly dont la démarche se rattache au Parti pris des choses de Ponge.

Cette phrase de Saint Augustin, c’est aussi une façon de considérer l’écriture et la lecture comme voix. Cette dimension sonore est capitale pour moi, aussi bien comme lecteur (quand je lis j’entends intérieurement une voix) que comme écrivain : j’écoute en écrivant. Parfois les sons des mots et leur agencement vont plus vite que la pensée, il faut récolter aussi ces paroles plus ou moins sauvages, ce qui joue avec les rythmes, les répétitions, les échos entre les mots, les significations qui se révèlent. La musique des mots est importante.

Et la voix c’est aussi le récit, le fait de raconter, d’y croire, peut-être que ce que je tente part de ça, la magie d’entrer dans un texte, de lire, d’écouter. L’Année du chat débute par « Ça commence par la fin, la chute. », Grace l’intrépide débute par « Une reine. L’histoire pourrait commencer comme ça. », ce n’est pas un hasard. Ode au récit. Dans Grâce l’intrépide, ce sont des récits enchâssés si l’on peut dire, il y a une narration et des personnages qui racontent aussi, ils prennent la parole, et la voix de Grace est très présente, il faut dire qu’elle a des choses parfois stupéfiantes à nous raconter !

Votre biographie mentionne que vous vous êtes occupée d’une forêt dans les Vosges. Cette vie naturelle vous a-t-elle permis d’opérer une transition entre votre activité de documentariste et votre vie nouvelle d’écrivain ?

Je m’occupe toujours de cette forêt dans les Vosges, mais pas de façon continue. Nous nous en occupons, mon compagnon et moi, lui de la bonne gestion des coupes, de la régénération, des plantations, de la chasse, moi des questions de protection des animaux et des végétaux qui y vivent et dont certains sont menacés par la progression de l’urbanisation et de l’exploitation de tout.

Les notices biographiques sont des résumés, il faut aller vite. Alors si on va plus lentement, et qu’on développe un peu, il est plus exact de dire que j’ai quitté mon travail dans l’audiovisuel pour dégager le temps afin de l’occuper avec des sujets plus essentiels bien qu’ils ne permettent pas de gagner sa vie : la lecture, l’écriture, ceux que j’aime, la forêt.

Les expériences dans cette forêt vont avec la lecture et l’écriture pour moi : la marche, le silence, l’approche des animaux sauvages, l’apprentissage des cris, des traces, des lichens, le voisinage des arbres dont certains très vieux, l’eau… Tant de choses observées, écoutées, autant de matière à vivre, et à écrire.

J’ai quitté mon travail pour une forêt, disons que c’est aussi une image, une métaphore. La forêt comme la lecture sont une expérience de solitude essentielle, je pense à Pascal Quignard qui l’écrit dans plusieurs de ses livres.

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© Jean Revillard

Grace l’intrépide, portrait d’une prostituée nigériane travaillant dans le bois de Vincennes ayant nécessité plusieurs années d’enquêtes, est pour vous un roman. Comment entendez-vous ce terme ?

Il y a une définition du roman qui me convient, je l’emprunte à Belinda Cannone dans son livre L’Écriture du désir : « texte long en prose qui met en scène au moins un personnage ». Voilà qui laisse beaucoup de place, beaucoup d’espace !

Cependant, et pour être plus précise : pour écrire Grace l’intrépide, j’ai eu besoin de m’imprégner de nombreux documents, articles de presse français, anglais, italiens… Car régulièrement ce sujet est abordé depuis le début des années 2000, la prostitution nigériane en Europe. Il y a aussi des reportages radio, télévision. Les journalistes ont fait un travail considérable sur ce sujet. Mais un sujet semble chasser l’autre, il y a tellement de sujets édifiants ou terribles qui sont couverts, ils se recouvrent les uns les autres, et nous oublions, nous nous habituons à la litanie de l’information en continu partout sur les écrans, télévision, ordinateur, téléphone.

J’ai rencontré une journaliste qui a beaucoup enquêté sur la prostitution nigériane au bois de Vincennes et qui en a fait un long sujet pour France Inter. J’ai rencontré une avocate qui s’occupe des dossiers de ces femmes quand elles demandent de l’aide, j’ai rencontré plusieurs personnes qui travaillent dans des associations ou sont bénévoles notamment pour faire les tournées dans le bois de Vincennes, j’ai rencontré des Nigérianes au Bois…

J’ai voulu m’approcher de l’une de ces femmes, et chemin faisant, à force de documentation et de rencontres, à force de lectures et d’écoute, Grace a pris la parole, elle est devenue une histoire qu’il fallait imaginer. Car si tous les faits et chiffres évoqués dans Grace l’intrépide sont vrais, si presque toutes les paroles sont vraies aussi (car issues d’un grand collage de paroles récoltées), l’histoire reste une histoire, c’est une fiction. Donc c’est un roman. « Une fiction, c’est une œuvre d’imagination comme tout acte de création », j’emprunte cette phrase à Philippe Lançon qui a récemment parlé de ce sujet roman ou pas.

Comment avez-vous rencontré Grace ? Comment est née votre amitié ?

Il est donc temps que je vous avoue quelque chose, et ainsi que j’éclaire davantage le pourquoi c’est un roman : Grace n’existe pas, je ne l’ai pas exactement rencontrée, j’ai imaginé que je la rencontrais. J’ai rencontré des femmes comme Grace. Si l’histoire vraie de Grace était exactement celle du livre ce serait dangereux pour elle, elle le dit dans le livre, qu’on ne peut pas tout dire, qu’on ne peut pas donner les vrais noms. Elle m’aide à trouver des faux prénoms. Elle me conseille, elle a d’ailleurs un rapport quotidien et radical à la fiction, et à ce qui se passe au Bois, elle dit : « Tout est vrai parce que tout est faux ! ».

Quelle fut votre méthode de travail durant la rédaction de votre ouvrage ? Comment avez-vous travaillé avec votre éditeur ?

À posteriori je pourrais appeler ça une « méthode », mais en vérité je ne savais pas pendant longtemps où tout cela allait me mener. Assez vite, j’avais le titre, et le début. Puis j’ai accumulé des informations, des paroles, des faits, des récits, des cartes, des itinéraires, des images… Il fallait assimiler, digérer, laisser décanter. Puis j’ai écrit, pendant plusieurs mois.

L’éditeur s’appelle Maud Simonnot, elle a lu une version assez complète du texte lorsqu’elle a souhaité le publier. Puis ses indications m’ont aidée à peaufiner, et elle m’a laissé du temps pour aller sur le terrain, au Bois, et retourner dans le texte encore. Le soutien et l’élan que peut apporter un éditeur c’est important, et précieux, capital.

Pourquoi tant de prostituées viennent-elles du Nigéria, l’Etat le plus peuplé et le plus riche de l’Afrique ?

Parce que toutes les régions du Nigeria ne sont pas riches, et surtout, l’écart entre les plus riches et les autres est très très grand. Et puis il y a des pratiques, des habitudes dans la façon de voir les filles aînées dans les familles dans le sud ou le nord du Nigeria. Les filles sont vues comme des ressources, Grace le raconte, le flic aussi, il cite par exemple un responsable coutumier dans l’Etat d’Edo, au sud du Nigeria : « Le trafic est notre contrôle des ressources, ces vices que vous appelez trafic, prostitution, toutes ces activités illégales, il s’agit de nos ressources ! ». La prostitution est une activité économique qui rapporte beaucoup d’argent.

Comment Grace parvient-elle à trouver un chemin de liberté dans toutes ses dépendances, « l’argent, la croyance, le sacré, la sidération, les liens » ?

Grace s’en sort parce qu’elle aime apprendre, elle est un peu éduquée quand elle arrive en France, elle a au moins cette chance, ce qui est rarement le cas pour la plupart de ces femmes nigérianes à Paris ou ailleurs. Mais cela arrive. Grace apprend la langue, le français.  Elle lit, elle sait que c’est sa survie, sa chance, elle dit « Je les ai mangés tous les livres ». La langue pour connaître, pour comprendre, et pour parler.

Le récit de Grace est effrayant. Je vous/la lis : « Le désert d’abord. Tu as de l’eau, un bidon d’eau pour tenir quatre ou cinq jours, des biscuits, tu peux pas te laver, tu dors debout sur le sable très froid, on te réveille, il faut repartir vte, tu te dépêches car sinon ils peuvent très bien te laisser là, n’importe quoi peut arriver, des gens meurent là, j’en ai vu, des morts. Tu meurs vite dans le désert. J’ai vu des gens mourir de faim, de soif, des femmes se laisser mourir après les viols. Tu peux aussi tomber du pick-up quand il y a des poursuites avec des gens qui veulent aussi profiter du trafic, j’ai vu des femmes tomber et on ne s’est pas arrêtés, on les a laissés là avec les autres, les cadavres qui sèchent un peu partout dans ce désert, des cadavres et des passeports EÔ. » Comment dire avec elle cet enfer ?

Comme ça. Il me semble que c’est elle qui en parle le mieux !

Les femmes quittant l’Afrique pour rejoindre l’Europe sont-elles systématiquement violées ?

Non, elles ne sont pas systématiquement violées, mais nombre d’entre elles sont obligées de se prostituer sur le chemin, quand elles partent par les routes et les trains.

Pourquoi est-il si difficile de quitter un réseau ?

Les réseaux de traite n’ont pas tous les mêmes leviers pour garder les corps qu’ils exploitent… C’est souvent un faisceau de contraintes où la survie est au centre : comment faire dans un pays dont on ne connaît pas ou peu la langue ? Quand on n’a pas les bons papiers ? Qu’il faut envoyer de l’argent à la famille ? Que la famille est menacée ? Qu’on a une dette de plusieurs dizaines de milliers d’euros ? Qu’un sort vaudou vous lie à une promesse ? Que le réseau vous loge ? Qu’il a les moyens de faire mal, de tuer ? Le réseau est à la fois la solution et le problème, c’est une prison.

Pouvez-vous présenter le personnage de Gabrielle ?

Gabrielle est une jeune femme qui travaille dans l’humanitaire, sa sensibilité et son milieu (catholique pratiquant) l’ont conduite vers ce métier. Elle a vécu enfant plusieurs années en Afrique, elle a commencé à travailler au Cambodge auprès d’enfants dans les bidonvilles et les poubelles, elle a passé trois années avec les Nigérianes du bois de Vincennes. Quand elle rencontre Grace c’est dans le cadre d’une association qui s’occupe des gens qui sont dans la rue, gens sans domicile ou gens qui se prostituent. L’association prône un accueil inconditionnel, aider, écouter, donner à boire, à manger, des cours, des ateliers, aucun jugement. Gabrielle se retrouve dans cette attitude qui correspond à sa lecture de la religion qu’elle pratique. Elle aurait pu faire bien d’autres choses, bien plus rémunératrices, (elle a une formation d’école de commerce ou équivalent) mais elle semble chercher une activité « bonne », le « bien ». Gabrielle existe, mais ce n’est pas son vrai prénom.

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Quelle est votre position sur les maisons de prostitution ? Grace a travaillé, pour rembourser ses 70 000 euros de dettes, dans une camionnette, dehors contre un arbre, ou dans la voiture de clients.

Voulez-vous dire : Faudrait-il autoriser les maisons de prostitution ? Je n’ai pas de certitude sur ce sujet, ce qui est certain c’est que des maisons de prostitution illégales il y en a beaucoup en France, les faux salons de massage, les hôtels de base ou de luxe, les appartements… Et depuis la mise en œuvre de la loi qui permet de pénaliser les clients, il est probable que la prostitution cachée se maintient à la place de la prostitution de rue. Il y a, en cette matière comme en bien d’autres, une grande hypocrisie. Bref, la prostitution peut-elle disparaître complètement ? Je ne sais pas, à dire vrai j’en doute.

Je n’ai pas un point de vue complètement moral sur ce sujet… Pour être plus précise, je ne souhaite pas considérer ceux qui se prostituent ou ceux qui sont les clients comme des gens se livrant à des activités qui devraient être sanctionnées, interdites, prohibées. Prohiber la prostitution ne semble pas la faire disparaître… Elle semble ne s’être jamais aussi bien portée ! Ce sont aussi les sociétés qu’il faudrait faire évoluer, l’éducation des garçons, le rapport au corps des femmes, l’industrie des images au cinéma, dans les jeux vidéo, à la télévision, l’industrie pornographique !

Peut-être les maisons closes étaient-elles une solution ? S’il en existait, cela tarirait-il les réseaux illégaux et tout cet argent et ces situations terribles ? Je ne sais pas. Ce que je sais c’est ce qui est raconté dans le livre : l’ampleur du business. La traite des êtres humains dans le monde, principalement pour la prostitution, est la deuxième activité criminelle après les armes et devant la drogue.

Quel lien faites-vous entre puissance du clitoris et violence faite aux femmes ?

La jouissance des femmes a probablement inquiété bien des peuples, les travaux de plusieurs anthropologues l’attestent. La capacité de porter les enfants et de les faire naître a joué aussi : être une femme ce n’est pas la même chose qu’être un homme, n’en déplaise à tous ceux qui comprennent aujourd’hui le nécessaire combat féministe comme un étrange combat d’éradication des différences. Il me semble que l’on peut être différents, et égaux. Et qu’il y a bien des façons d’être, que l’on soit homme ou femme.

Ce que l’on peut constater en de nombreux endroits du monde, c’est le refus de reconnaître une égalité de statut et de droits au détriment des femmes. Des doctrines très rétrogrades sont à l’œuvre, et le corps des femmes en est à la fois l’objet et le symptôme. Le corps des femmes serait coupable, il faudrait le cacher, ou bien l’empêcher, ou bien le contraindre, ou bien encore se l’approprier. Ou tout cela à la fois. Et même un autre mouvement : être tellement « femme » qu’il faudrait rester entre soi pour en parler le mieux, et considérer les hommes essentiellement comme des prédateurs. La possibilité de jouissance des femmes inquiète beaucoup, quel dommage. La possibilité du jeu entre les sexes inquiète beaucoup aussi, quel malheur.

Sur le plan de l’écriture, à quelles difficultés vous êtes-vous heurtée ?

La principale difficulté c’est le doute. Parfois, souvent, ne pas savoir où l’on va, être seule, cela crée des moments de vide, d’effroi, tout semble s’échapper, être vain. Et, puis, l’élan revient, et on avance.

Comment comptez-vous prolonger ce que vous ont appris ces années d’enquêtes ?

Je ne sais pas. Je suis en contact avec l’une des associations qui s’occupent de ces femmes, nous parlons de faire des choses ensemble, atelier d’écriture, maraude… Mais j’ai finalement peu de temps, il faut continuer la lecture, l’écriture, la forêt, le prochain livre…

La vérité de la traite des femmes à l’époque contemporaine est-elle entendue ?

La vérité sur la traite des femmes est connue. Au sens où elle est documentée, il suffit de taper dans un moteur de recherche sur internet, vous trouverez beaucoup de documents, et de sources sérieuses, journalistes, universitaires, organismes, institutions … C’est connu, mais tout se passe comme si ce n’était pas entendu… Trop d’argent peut-être. Ou bien comme s’il y avait tellement de choses à entendre qu’on n’entendrait plus rien… Peut-être faut-il définitivement renoncer à imaginer un monde meilleur. Peut-être ceux qui écrivent ont-ils parfois le besoin de s’approcher pour tenter de regarder et de raconter autrement, peut-être que la recherche d’une sorte de vérité ce pourrait être aussi la façon dont on figure, la façon dont on raconte, la forme que ça prend.

Que peut le Cantique des Cantiques face au mal ?

Ah, le mal, vaste sujet. Ce dont je suis presque certaine, c’est que je ne pense pas qu’on puisse l’éradiquer totalement un jour radieux, et je pense aussi que tous ceux qui pensent les problèmes et les solutions à l’aune de cette perspective illusoire et fausse sont des totalitaires qui s’ignorent.

Mais revenons au Cantique des Cantiques, un texte auquel Grace se réfère dans le livre… Peut-être peut-il davantage contre le mal que certains qui prétendent le combattre. Je ne suis ni exégète ni théologien, je le lis c’est tout. Je précise aussi que je suis agnostique. Je le lis parce que c’est beau, c’est un beau texte, « Poème des poèmes » l’appelle la traduction de la Bible chez Bayard dans les années 2000, cette traduction dont s’est servi le musicien Baschung pour le chanter avec sa compagne. Je lis aussi l’autre traduction, celle dans la Bible de Jérusalem, version conseillée par un ami croyant et très connaisseur de littérature et de religion.

Le Cantique des Cantiques est un texte d’amour, entre un homme et une femme, mais ce pourrait être la métaphore de l’amour en général ; comme valeur, comme démarche.  C’est un chant, des voix, des images, des métaphores, des analogies. C’est de la beauté. C’est de l’art. Je repense à cette phrase notée à la fin de cet été, la réponse de Pierre Guyotat à la question qu’est- ce qu’être un artiste ? « Chercher la beauté ».

Propos recueillis par Fabien Ribery

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Karine Miermont, Grace l’intrépide, Gallimard, 2018, 150 pages

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