Hommage au cinéma muet expressionniste, par Fanny Larpin, auteur(e)

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© Fanny Larpin

Rien de plus réaliste que le surréalisme.

Rien de plus vrai que la dissimulation.

Rien de meilleur qu’un montage de Dziga Vertov.

Rien de plus beau que Dementia, de John Parker.

Rien de plus fou qu’un œil qui se ferme.

Rien de plus sensé qu’un peu de jardinage avec quelques amis.

Rien de plus relaxant que faire zazen face à un mur blanc.

Rien de plus excitant qu’un vieux livre à torturer.

Et pas de meilleurs outils qu’une paire de ciseaux, un blanco, une bouteille de vin.

Vous ne l’avez pas encore compris, mais c’est En el Dolor de la Noche, de Fanny Larpin.

En el Dolor de la Noche (éditions Adverse) est-il votre premier livre ? Comment le définiriez-vous ?

Le premier édité, oui… une promenade découpée, un objet expérimental dû à mon intérêt pour les livres chinés imprimés en héliogravure. J’aime beaucoup les gris très fins ou « chauds » que permet ce procédé, ça me donne envie de sortir les ciseaux… clic! clac!

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© Fanny Larpin

Que sont les éditions Adverse ?

Plutôt un éditeur de bande dessinée, je crois, enfin des personnes intéressées par la narration expérimentale sur support papier.

Fanny Larpin est-il un pseudonyme ?

Oui, c’est une carte de transport trouvée portant ce nom étrange.

En quoi la nuit est-elle si douloureuse ? Pourquoi avoir barré sur votre titre, placé en quatrième de couverture, « la » dolor par « el » dolor ?

J’aime beaucoup la nuit, peut-être pour la « dolor » cela vient d’un de mes films favoris, l’errance d’une jeune femme, Dementia, de John Parker, un ovni filmique. Un film qui paraît surréaliste, mais c’est exactement le contraire, enfin un film réaliste !

Le titre vient de En el calor de la Noche, le film, pour le barré c’est l’éditeur qui a fait ce choix orthographique, c’est mystérieux, n’est-ce pas ?

Quelle est votre culture visuelle ? Comment votre œil s’est-il formé ? Faut-il voir dans votre ouvrage une référence au livre d’Antoine D’Agata, Mala Noche (1998) ?

Je connais et apprécie le travail D’Agata, mais pas ce livre. Donc pas plus de rapport que cela… Pour la culture visuelle, l’esthétique punk, les collages du groupe CRASS par exemple, je ne suis pas photographe. Dziga Vertov. Un des plus grands cinéastes du monde, non ?

Quels ont été vos partis-pris graphiques pour cette édition ?

Je ne vois pas trop… Une paire de ciseaux, du blanco, un peu d’encre, du vin.

Je ne suis pas graphiste, j’ai horreur des graphistes! Je suis contre la permanence rétinienne à outrance !

Vous avez conçu la narration de votre livre à l’Astrolabe de Thisy-les-Bourgs dans le Rhône. Etait-ce dans le cadre d’une résidence ?

L’Astrolabe est une grande maison, avec un projet de vie collectif autour de la création, du jardinage, de la fête, sans subside public. Un lieu très agréable pour travailler.

Que doit votre ouvrage au film de Franju, Judex (1963) ?

J’ai vu Judex projeté il y a quelques années en salle, ce film m’a durablement marquée par son esthétisme et sa vision politique. J’aime beaucoup Nuits rouges aussi, les masques, la voix de Franju également… Je lui dois peut-être le goût de la dissimulation, du faux semblant.

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© Fanny Larpin

Votre livre est composé selon les principes du collage, de la superposition et du montage. Votre influence dominante provient-elle du surréaliste ?

Je ne suis pas très intéressée par le surréalisme, il y a ce collage de Breton « sale temps pour les chiens » qui est incroyable. Disons que je n’aime pas beaucoup la « méthode surréaliste » vite surannée. Je préfère les « francs-tireurs » comme Wols, Claude Cahun…

En el Dolor de la Noche est-il une théorie visuelle du strip-tease ?

Ah ! Ah ! Je n’avais pas pensé à cela, pourquoi pas… Je me disais que j’aimerais continuer ce projet découpé autour du désir… La montée du désir à travers des images d’architecture…

Mais ce n’est pas gagné, je viens de lire du Chögyam Trungpa.

Que cherche à « démonter » votre livre (principe brechtien de rendre visible par la déconstruction la loi idéologique d’une structure) ?

Je vais me renseigner ! j’ai conçu cela dans un moment de furieuse mollesse !

Par son aspect de bricolage savant, que doit votre opus à la culture underground ?

Pas grand-chose sinon l’économie de moyen de la culture DIY. Je tiens à préciser, même si je cite beaucoup de choses, que je suis pour un retrait du monde. Qu’il y a trop d’objets culturels. Je regarde peu de choses. Faire le vide dans tous les sens du terme me paraît souhaitable.

J’ai trouvé votre livre de façon très improbable à la librairie Ptyx de Bruxelles. Comment est-il diffusé ?

Circuit court je crois, genre vente à la ferme ! Non je rigole, ils travaillent en vente ferme et donc pas de dépôts. Ce qui me plaît plutôt… Tout ce mouvement ! Je ne suis plus dans les villes, sauf pour trouver de vieux livres à torturer.

Propos recueillis par Fabien Ribery

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© Fanny Larpin

Fanny Larpin, En el dolor de la Noche, Adverse, 2019

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Editions Adverse

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