Les ruines, le temps, la vie absolue, par Ursula Schulz-Dornburg, photographe

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 ©Ursula Schulz-Dornburg

Ursula Schulz-Dornburg est une artiste et photographe allemande de 81 ans vivant et travaillant à Düsseldorf.

La MEP (Paris) lui offre avec Zone Grise, The Land in Between, une première rétrospective française (plus de 250 œuvres réalisées entre 1980 et 2012), accompagnant l’exposition d’un livre publié chez MACK composé de trois posters (plus une couverture aux très belles nuances de gris),  ainsi que de deux textes, de Simon Baker, directeur de la MEP, et de Shoair Malvin, commissaire de l’exposition.

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 ©Ursula Schulz-Dornburg

Avec une grande radicalité formelle, la rapprochant des courants de pensée du minimal art, mais aussi du travail sur le bâti industriel tel que l’ont développé Bernd et Hilla Becher – Simon Baker évoque aussi le livre princeps de Paul Virilio, Bunker Archéologie (1975) -, Ursula Schulz-Dornburg s’intéresse à l’impact des conflits sur le paysage, à la façon dont le temps intègre aux lieux des modifications majeures ou des édifices apparaissant comme des incongruités.

L’Histoire apparaît ici en creux, en ses lignes de démarcation, ses frontières, et les zones incertaines séparant des belligérants.

Les empires s’effondrent, les puissances disparaissent, mais il reste des traces, des signes, des blocs de mémoire habitant l’espace avec obstination.

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 ©Ursula Schulz-Dornburg

 

 

 

Le travail de la photographe allemande est donc une méditation sur le temps, les blessures et la persistance sourde d’un état de guerre ou de conflit permanent, y compris entre l’homme et la nature lorsque celui-ci pollue méthodiquement son environnement.

« De Venise dans les années 1970, écrit Simon Baker, à l’Irak en 1980, puis l’Espagne au début des années 1990 et enfin l’Arménie à plusieurs reprises, de la fin des années 1990 à la deuxième décennie du vingt-et-unième siècle – et plus récemment encore en Syrie et au Kazakhstan -, Schulz-Dornburg a non seulement énormément voyagé, avec un engagement et un dévouement profonds, mais elle a aussi développé des relations de longue durée avec les lieux et les gens qu’elle a photographiés. Bien loin d’une sorte d’humanisme post-conceptuel, le résultat de cet investissement en temps et en efforts continue toutefois de se manifester sous la forme d’installations modestes et sophistiquées sur le plan formel, de photographies en noir et blanc paisibles, poétiques et souvent désertiques en apparence : des images qui posent des questions difficiles au lieu d’énoncer de simples réponses. »

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 ©Ursula Schulz-Dornburg

 

Au-delà d’un aspect pouvant apparaître comme documentaire, l’œuvre de Schulz-Dornburg manifeste surtout une sensibilité aiguë envers l’effort de la petite race humaine pour habiter poétiquement (voire maladroitement, ou criminellement) le monde et géométriser en des ordres symboliques transcendants son inscription dans l’espace.

Les photographies du Temple de Baal à Palmyre (2010) témoignent, contre les gestes iconoclastes traversant l’histoire de l’art, d’une volonté de tenir au plus haut l’exigence de la représentation face à l’oubli et la fureur de destruction.

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 ©Ursula Schulz-Dornburg

Le vide est une donnée ontologique élémentaire, qu’il ne s’agit surtout pas de dénier ou minimiser, mais le néant n’est pas chez la photographe un pur négatif, plutôt une force avec laquelle composer intimement, voire historialement.

A sa façon très patiente quant à l’observation des cycles de l’Histoire (effort de civilisation/destruction/abandon), Schulz-Dornburg ne cesse de produire des vanités, dans des images où les crânes humains sont des pierres dispersées dans la poussière d’un désert, ou des édifices religieux sans portes ni fenêtres promis à la dégradation.

La découverte de son œuvre est une grande joie spirituelle.

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Ursula Schulz-Dornburg, Zone Grise, The Land in Between, textes (anglais/français) Simon Baker et Shoair Malvin, traduction Géraldine Bretault, MEP / MACK, 2019

Ursula Schulz-Dornburg – site

MACK – books

Exposition éponyme à la MEP (Paris), du 4 décembre 2019 au 16 février 2020 – commissariat de Shoair Malvin

Entrer à la MEP

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Se procurer Zone Grise

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