Une poétique du corps libéré, par Denis Darzacq, photographe

Act 50 Groupe 01
©Denis Darzacq

Avec Act, ouvrage consacré aux personnes en situation de handicap, regardées dans leur grâce et non leur déficience, le photographe Denis Darzacq est définitivement entré dans l’histoire de l’art et de la représentation des corps.

Venu de la photographie de presse, Denis Darzacq observe son époque avec acuité, mais surtout sans s’enfermer dans la vision sociologique.

L’enjeu est de mettre en scène la rencontre d’un corps et d’un espace, généralement public, afin d’en révéler des lignes et possibilités inédites, de l’ouvrir en quelque sorte, non seulement à l’altérité, mais à l’inaperçu en lui-même.

01 Emilie Hasboun
©Denis Darzacq

Un ouvrage conçu à l’occasion d’une exposition au Centre d’Art contemporain de la Matmut, à Saint-Pierre-de-Varengeville, en Normandie, permet de comprendre la démarche de ce grand artiste en présentant des photographies extraites de ses séries majeures – La Chute, Hyper, Act, Act II, Recompositions, Les Contreformes, Absences.

Chez Denis Darzacq, dans les situations les plus incongrues, les corps dansent et métamorphosent l’espace, que l’on soit dans un supermarché, une rue de banlieue ou un musée méconnu de province (Brest).

Il y a chez lui une poétique douce et fantaisiste de la subversion des places, allant jusqu’à des jeux de compositions abstraites construites comme des allégories de la liberté.

La Chute N 09
©Denis Darzacq

Les visages disparaissent sous des assemblages de boites de carton prenant leur envol, car ici la légèreté et l’apesanteur gagnent toujours sur la lourdeur du poids social et de l’habitus.

L’histoire de l’art est convoquée (Arp par exemple), mais souplement, légèrement, comme une façon de faire pirouetter de façon aérienne les références.

hyper N┬║20
©Denis Darzacq

Que l’on soit danseur à l’Opéra de Paris (Act II) ou personne porteuse de handicap (Act I), il y a le monde commun du théâtre, du décalage d’avec soi-même, de la réinvention de soi par le geste libéré de toute nécessité réaliste.

Il y a chez lui de toute évidence une recherche plastique, qui n’est pas une façon d’évacuer l’humain, mais bien au contraire de l’inscrire dans des ordres symboliques transcendants et nouveaux.

absence 07
©Denis Darzacq

Les corps réinventés dialoguent, avec des toiles de maîtres classiques, avec des passants de marchés populaires, avec des paysages urbains ou naturels, avec des nuages.

Avec la série Absences, Denis Darzacq va plus loin encore, qui pénètre dans une dimension purement métaphysique des substances, pliant, froissant, découpant des tirages photographiques.

Ce sont des sphinges abstraites interrogeant le regardeur, déroutant avec beaucoup de brio ses désirs de repérages analogiques.

05 Jeune fille casquée
©Denis Darzacq

Matisse rencontre les casques bariolés des jeunes à moto de Thouars (Deux-Sèvres), transformant l’ennui des jours en fééries de formes, juxtaposant deux réalités a priori incompossibles.

Il y a chez Denis Darzacq un maître d’arts martiaux japonais doublé d’un ami de Braque et des inventions plastiques du XXe siècle.

DARZACQ_COUV

Denis Darzacq, textes de Françoise Docquiert, Etienne Bernard et Daniel Havis, éditions Loco, 2020, 120 pages

Denis Darzacq – site

Editions Loco

AFF-matmut

Exposition au Centre d’Art contemporain de la Matmut (Saint-Pierre-de-Varengeville), du 11 janvier au 5 avril 2020

Matmut pour les arts

Contreforme 19
©Denis Darzacq

main

Se procurer l’ouvrage Denis Darzacq

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