La vie beat d’une famille mormone, par Dotan Saguy, photographe

All Aboard!
The family bus departs from the parking lot of a Mormon Church to find a good spot to spend the day. The family usually seeks day time parking near the beach or by a public park so the children can play freely outside. © Dotan Saguy

Ces cinq-là sont fabuleux, cinq mondes, cinq totalités ouvertes, cinq planètes tournoyant dans le même espace d’un car scolaire reconverti en habitation roulante.

Il s’agit de la famille Reis, du couple Ismael et Greice, et de leurs enfants âgés de trois, cinq et dix ans, des petites filles.

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© Dotan Saguy

Le photographe Dotan Saguy les a rencontrés, pendant dix mois, à Los Angeles, arrivés deux ans plus tôt du Brésil pour y découvrir le rêve américain.

Ils sont mormons, et beat à la façon de Kerouac.

Ils sont crasseux et magnifiques, ensemble dans le rire et les jeux, les bagarres et les blagues.

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© Dotan Saguy

Leur véhicule est jaune, mais Dotan Saguy a choisi le noir et blanc pour donner à son sujet une atmosphère de conte contemporain.

A n’en pas douter, les Reis sont des rois, des seigneurs sans royaume nomadisant selon leur bon vouloir et les caprices savants de la route.

Ils sont irrésistibles, toujours pieds nus et les cheveux au vent.

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© Dotan Saguy

Le rire des enfants n’est-il pas la preuve de la bonne santé, du bonheur, de la vérité ?

Dans le car, acheté 2 300 dollars, la vie se conçoit au corps-à-corps, dans une forme de danse ininterrompue.

Les petites guenons sont partout, sur le montant d’une banquette, sur la tête d’une petite sœur, sur l’évier de cuisine, sur une planche à roulettes, sur le toit du pachyderme.

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© Dotan Saguy

Dans les moments de pause, qui sont légions, on dessine, on sort un écran, on lit. Pas de hiérarchie visible, mais la fluidité d’un support d’imaginaire à l’autre.

Des bagues aux orteils, des ongles décorés, des cheveux longs.

C’est la relève des hippies, en robes de princesse et visages barbouillés de framboises.

The dinner table
There are no conventional meals in the Reis household: Each family member has their own dietary preferences, eats whenever they’re hungry, and of course there’s no such thing as a dinner table. © Dotan Saguy 

Cinq fruits et légumes par jour ? Non, des quartiers d’orange sans compter, des bananes, des pommes, des pastèques.

On fait la cuisine ensemble, on respire les mêmes odeurs ensemble, on brûle ensemble.

S’il y a du travail, on le prend. S’il devient harassant ou menaçant pour la santé de tous, on le quitte.

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© Dotan Saguy

Pour faire l’amour, il faut inventer, être créatif, ne pas craindre de s’étendre dans les sous-bois à l »heure de la sieste des bambins.

Peu d’objets bien sûr, une paire de bottes, une trottinette, des couches culottes.

Regardez, les enfants, le ciel, regardez l’océan, regardez l’horizon, regardez votre mère, comme elle est belle.

Avec papa, on apprend la géographie, à lire des cartes, à observer.

Towed
10-year-old Kal-El is visibly distraught at the sight of his home being taken away by a tow truck. © Dotan Saguy 

C’est maintenant la séance des grimaces, du moteur à réparer, de la débrouille.

Ça casse, mais ça passe.

On ne triche pas, on se lève quand on veut, ou à peu près, et, si l’on a trop faim, on se met sur le bord du trottoir avec une pancarte : « Hungry / Travelling with family / Please help – auto problems »

Faut-il s’avouer vaincu ? Faut-il tout arrêter ? Faut-il renoncer ?

Non, les doutes font partie de la foi, et Dieu connaît le chemin mieux que nous-mêmes.

L’amour existe, il faut le tenir serré contre soi, tout ira mieux demain.

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© Dotan Saguy

Ponctué d’entretiens avec Ismaël – répondant en accord avec Greice -, Nowhere to go but everywhere ne fait pas la leçon, mais expose une autre façon de vivre, d’autres façons de faire sens et de se relier (aux autres, à la terre, à l’air, à l’invisible), dans un monde à bout de souffle.

Il y a ceux qui savent, et qui meurent d’avoir toujours tout su avant tout le monde, et ceux qui expérimentent, tentent, inventent des voies alternative.

En empathie absolue avec son sujet, Dotan Saguy ne semble pas douter : ces cinq-là ont trouvé une fameuse façon de battre la campagne.

Ismael : « In that moment of pain and distress, we finally found clarity. »

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Dotan Saguy, Nowhere to go but everywhere, texts Dotan Saguy, Kehrer Heidelberg Berlin, 2020 – 1000 exemplaires

Dotan Saguy – site

Kehrer Verlag – site

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