Baudelaire, critique et peintre d’art, par Jean-Christophe Bailly, écrivain

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Georges Catlin, « peintre des Indiens »

L’écrivain Jean-Christophe Bailly est un lecteur d’exception.

Son ample préface – une cinquante de pages – à la réédition par les éditions La fabrique du volume de Baudelaire, Salon de 1846, est un texte enthousiasmant, intelligent, informé, permettant une découverte fine de l’œuvre du poète observant la peinture de son temps.

En 1846, Baudelaire est encore l’héritier de 1793, il y a du révolutionnaire en lui, dont le peintre des massacres coloniaux, Horace Vernet, est l’antithèse – ah, les « enfumades » » du maréchal Bugeaud conquérant l’Algérie, asphyxiant dans des grottes les femmes et les enfants qui y avaient trouvé refuge.

Par sa fermeté, sa violence quelquefois, sa définition du romantisme – « l’expression la plus récente, la plus actuelle du beau » -, sa défense absolue des coloristes, Salon de 1846 « constitue, écrit Jean-Christophe Bailly, le premier véritable geste de Baudelaire écrivain »

Qu’ont pu comprendre les assis de la monarchie de Juillet au sarcastique « Aux bourgeois » ouvrant le recueil ?

On présentait au Louvre, au Salon, ce rite institutionnel, dans une accumulation aussi intense qu’indigeste, la peinture autorisée – exposée devant les collections permanentes, alors invisibilisées. On y jouait la comédie, on s’y montrait, on y ressentait quelquefois.

Le capitalisme triomphe, on exulte par la marchandise, on industrialise les sentiments, la foule a la même bouche.

A la recherche du moderne – permanence du passé dans le vif aujourd’hui -, Baudelaire le dandy flâne, et aiguise sa plume.

Dans le grand bazar du Salon, le guidera sa recherche du beau, du sublime, de l’exception.

Une bonne critique, écrit-il, doit être « partiale, passionnée, politique ».

Contre Ingres et son obsession de la ligne parfaite, Delacroix incarne pour lui, par l’épique de la couleur, ce tempérament d’infini qu’il recherche, au-delà de l’officiel et grandiose Victor Hugo, manquant à ses yeux de cette part de naïveté indispensable aux emportements les plus vrais.

« Le romantisme et la couleur, affirme le jeune homme, me conduisent droit à Eugène Delacroix. »

Ne connaissant que trop bien « la pusillanimité cauteleuse du goût français moyen » (Jean-Christophe Bailly), Baudelaire craint le métier, masquant sous la maîtrise une absence de ferveur et un bas désir d’ordre.

Il lui faut, comme chez le peintre américain Catlin, l’énergie, le débordement, l’héroïsme – perceptible notamment dans l’épique de la vie moderne.

« Qui dit romantisme, écrit le poëte, dit art moderne, – c’est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l’infini, exprimés par tous les moyens que contiennent les arts. »

Avis aux amateurs : « La bonne manière de savoir si un tableau est mélodieux est de le regarder d’assez loin pour n’en comprendre ni le sujet ni les lignes. S’il est mélodieux, il a déjà un sens, et il a déjà pris sa place dans le répertoire des souvenirs. »

Plus loin : « L’art est une mnémotechnie du beau. »

A développer.

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Baudelaire, Salon de 1846, précédé de « Baudelaire peintre », par Jean-Christophe Bailly, La fabrique éditions, 2021, 240 pages

éditions La Fabrique

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Se procurer Salon de 1846

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