Entrer au désert, par François Bordes, écrivain, sur une photographie d’Alex Bianchi

©Alex Bianchi

« Je n’ai rien à dire sur les nomades. Rien. » (François Bordes)

Les beaux volumes de la collection Pour dire une photographie, dirigée par Serge Airoldi aux éditions Les Petites Allées, font partie du domaine de la curiositas qui enchante l’existence.

Des livres à poster de vingt-six grammes tirés à deux cents exemplaires numérotés confiés à un duo de créateurs/inventeurs, l’un photographe, l’autre auteur-écrivain.

Cousus à la main, imprimés pour la couverture selon la technique typographique traditionnelle, ces opuscules, comme Gavroche, sont des petits géants.

Rien sur les nomades – volume 12 de la collection – est un texte de l’historien François Bordes regardant une photographie d’Alex Bianchi, compagnon de la peintre Lydie Arickx avec laquelle il travaille en étroite collaboration.

Entrant en dialogue avec la photographie dénommée Touat, cité des oasis, cet essai de nature autobiographique commence comme on sculpte un arbre vénérable : « Image, visage, bois noir dans un nuage blanc. Traits tranchants saillants surgissants découpés dans l’ombre. Visage d’homme du désert. Visage nomade. » 

Ecrire sur la vie nomade à la sortie du confinement, n’est-ce pas une faveur ?

« Ce visage, c’est celui de l’homme avant / son obsolescence / avant / sa destruction son effacement c’est le / visage de sable dont parlait Foucault »

Michel Foucault, Günther Anders, et probablement aussi Pier Paolo Pasolini.

Cet homme photographié de profil est du Sahara algérien, chargé par le Cheikh de son village d’entretenir un puits de quarante mètres creusé dans le sable et l’argile.

« Ce visage n’est donc pas celui d’un nomade mais d’un puisatier sédentaire, gardien d’oasis, gardien de troupeau, jardinier de palmeraie. // Je n’ai rien à dire sur les nomades / Rien sur les anciennes caravanes / Rien sur les flux modernes d’images & de discours »

Mais les images, comme les mots et les phrases, en appellent d’autres, ainsi pour l’auteur le visage d’une femme venu d’un village des Aurès, réfugiée, l’ayant élevé dans le bocage, « ma mère arabe /         gardienne / de chèvres                 /              gardienne / d’enfants ».

Pétain n’aimait pas les nomades, les exilés, les apatrides, les miséreux, il fallait à cette France-là des titres, des positions, des brevets de bon comportement, de la soumission.

Pétain est un état d’esprit, en 1942 comme en 2021.

Voilà pourquoi il faut la puissance de déterritorialisation de l’art, sa façon de faire bouger les lignes, de voir un visage dans un autre, d’être d’ici et d’ailleurs, de ne pas se satisfaire des ancrages fallacieux.

Un Roi mage se présente, qui saura le voir ?

« Quand iles ont enterré ma mère arabe, la petite église du village était pleine à craquer. »

Et pour le puisatier ?

Denis Roche, qu’aime à citer Serge Airoldi, l’a écrit : « Toute photographie est autobiographique. »

François Bordes, Rien sur les nomades, photographie Alex Bianchi, éditions Les Petites Allées, 2021, volume 12 – 200 exemplaires

Je me permets de signaler également le texte que j’ai rédigé sur une photographie d’un pilier d’entrée du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, par Didier Ben Loulou – tirage Fresson comme de coutume.

Fabien Ribery, Une image sainte, photographie Didier Ben Loulou, éditions Les Petites Allées, 2021, volume 11 – 200 exemplaires

©Didier Ben Loulou

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