De l’humain au paysage, une vie de photographe, par Simone Simon

©Simone Simon

« Les artistes sont là pour évoquer tout ce qui les entoure, mais avec la plus grande des libertés. Je n’accorde aucune importance particulière à la sophistication, que j’ai pourtant pratiquée autrefois, pas plus qu’au dogme. A l’inverse, la notion qui m’est la plus chère restera probablement celle du témoignage. » (Simone Simone, dans un entretien mené par Gilles Renault en 2024)

Je ne connaissais pas l’œuvre photographique de Simone Simon, lacune que vient combler une belle et noble monographie publiée par Arnaud Bizalion Editeur.

Travaillant d’abord comme photographe de mode au mitan des années 1970, Simone Simon, homonyme de la célèbre actrice, a axé depuis les années 2000 son travail autour de préoccupations sociales et féministes, mais aussi autour de la question du paysage.

En plus de cent-soixante-dix photographies, l’artiste expose l’ampleur de sa carrière, sa sensibilité envers les visages et les corps, sa pudeur, son attention envers les vulnérables.    

Réalisées en marge de son travail dans la mode, les images en noir & blanc argentique de Sandrine, nue et gracile, sont merveilleuses.

Il y a dans cet envoi toute l’éthique de Simone Simon : art de la délicatesse, sensualité, respect du modèle.

Entre Marie Laurencin et Kees Van Dongen, une femme invente sa présence dans l’objectif de sa contemplatrice-cocréatrice.

©Simone Simon

La photographe s’intéresse moins aux puissant.e.s, qu’aux femmes généralement peu représentées dans l’univers de l’art, parce qu’elles sont pauvres ou simplement inconnues.

Simone Simon les a quelquefois photographiées nues dans leur intérieur, solitaires et solaires, tout en accordant une grande place à leur parole – – on peut songer ici au corpus de Marc Pataut et à ses rencontres, dans le bassin minier du Nord de la France, avec des femmes acceptant de lui dévoiler leur intimité.

Ses portraits d’artistes de la fin des années 1990, mis en regard de leur visage d’enfant puisé dans un album de famille leur appartenant, invitent à la méditation : qui est-on vraiment ? A-t-on abdiqué ses rêves de jeunesse ? De quel côté est l’émancipation ?

Il y a ici Ben, Joseph Dadoune, Gregory Forstner, Bernard Pagès, Natacha Lesueur, Arman, Philippe Perrin, Ronit Elkabetz, Bernard Venet, Jean-Luc Verna (lire son portrait, entre le drolatique et le désolant, chez Esther Teillard), Jacques Weber.   

©Simone Simon

On trouve dans la série en couleur Boxing Club (2007) un éloge des valeurs du noble art – loyauté, respect des règles, modestie -, et dans celle des Portes du Saint-Pierre (2006-2007) un regard particulièrement vif et empathique – cependant sans angélisme – sur la population et les différentes communautés vivant dans une barre d’immeuble HLM de la banlieue nord-est de Nice promise à la démolition.

Mais la photographie n’est pas seule, qu’accompagnent des écrits, des vidéos et du son, faisant documents.

La présence humaine directe disparaît dans les dernières séries de l’artiste consacrées aux paysages, urbains ou naturels.  

Ce sont alors de purs espaces de méditation, sur la fuite du temps, l’obstination du bâti, la façon dont l’humain modifie son environnement immédiat.

En Islande, en Lituanie, à Wimereux, à Wissant, à Lanzarote, à Berlin, au Grau-du-Roi.

©Simone Simon

Ces images impeccables relèvent cependant d’une tonalité légèrement fantastique, comme un dérèglement possible en chaque vue.

Guerre des blockhaus et jeux de plage.

Aéroport immense et fantômes de l’hitlérisme.

Il y a des lieux détruits, des ruines d’édifices industriels autrefois glorieux (Souriez on se détruit), comme à Charleroi, et des rivages marins, comme brossés par le mouvement les floutant dans une dimension plasticienne manifeste .

©Simone Simon

Nous sommes mortels, nos paysages intérieurs ont des allures de grands mélancoliques, mais  on peut aussi, comme Simone Simon, croire en l’art qui rédime, qui conduit à la réflexion, qui mène de la singularité individuelle à la vaste histoire, étrange, peuplée de trous de mémoire, conduisant, presque à l’aveugle, nos destins.

Monographie Simone Simon, textes Simone Simon, Nanni Cagnone, François Cheval, Hélène Fincker, David Le Breton, Maxime Matray, Chiara Palermo, Gilles Renault, direction éditoriale Arnaud Bizalion, conception graphique & mise en page André Baldinger, Arnaud Bizalion Editeur, 2025, 256 pages

https://www.simonesimon.com/portfolio/

©Simone Simon

https://arnaudbizalion.fr/fr/today-photography/225-simone-simon-de-simone-simon.html 

https://eva-vautier.com/artiste/simone-simon/

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