En mémoire de Wilde, par André Gide, écrivain

« Je n’étais plus le capitaine de mon âme et je ne le savais pas. » (Oscar Wilde, La Ballade de la geôle de Reading) Le lien d’amitié entre André Gide (1869-1951) et Oscar Wilde (1854-1900) fut assez ambigu, à la fois admiratif et très critique. Gide appréciait chez le sulfureux irlandais au français quasi parfait l’éblouissante…

Ecrire au bruit des tarabouks, par Gustave Flaubert, écrivain, épistolier

« Si tu veux savoir l’état de nos boules, nous sommes couleur de pipe culottée. Nous engraissons, la barbe nous pousse. » Philippe Sollers a souvent recommandé de commencer la journée, non seulement par la lecture du journal (leçon de Hegel), mais par celle de quelques lettres de la correspondance de Voltaire, ou de Louis-Ferdinand Céline. Voltaire…

L’individuel et l’impersonnel, par Annie Ernaux, écrivain

Anna Thomson dans Sue perdue à Manhattan, Amos Kollek, 1997 « Quand je considère l’ensemble de ce journal, je suis frappée par le petit nombre de textes envisagés, portés, modifiés, rarement abandonnés, en quatre décennies. Il me semble que, rassemblés, ils dessinent la matrice d’une autre vie, inconnue à moi-même, sorte de toile abstraite aux lignes…

Promenades proustiennes, par François-Xavier Bouchart, photographe

 ©François-Xavier Bouchart « Un de mes autres étonnements fut de voir les « sources de la Vivonne », que je me représentais comme quelque chose d’aussi extra-terrestre que l’entrée des Enfers, et qui n’étaient qu’une espèce de lavoir carré où montaient des bulles. » (Marcel Proust) Pour arrêter l’ordre du crime, il y a la littérature, les phrases arrivant…

To built a fire, de Jack London, par Aleksi Barrière, traducteur

Ruée vers l’or du Klondike « Ne voyage jamais seul. » En découvrant la nouvelle traduction de la célèbre nouvelle de Jack London, To build a fire, j’ai compris pourquoi il me plaît de relire régulièrement ce texte. Pas seulement pour méditer sur la folie de l’homme et son péché d’hubris, sur la puissance de la nature…

Nicolas Bouvier, poète jusqu’à la moelle

« Ce midi-là / la vie était si égarante et bonne / que tu lui as dit ou plutôt murmuré / ‘va-t’en me perdre où tu voudras’ / Les vagues ont répondu ‘tu n’en reviendras pas’ » (Nicolas Bouvier, poème Le point de non-retour, Trébizonde, 1953) Les amis de Nicolas Bouvier sont très nombreux, et peut-être de…

Le sang d’un poète, par Jean-Jacques Schuhl, écrivain

Autopotrait aux gants, 1498, Albrecht Dürer « Ce soir j’étais sorti tard, je me promenais seul, couvert de bouts de papier, de coupures déchirées de journaux, je m’en étais distraitement enroulé autour des poignets, ça faisait des bandelettes en bracelets avec l’actualité dessus, et puis d’autres sortaient de mes poches, et j’avais oublié d’enlever de ma…

Une échographie de silences, par Stéphane Lambert, écrivain

Amorgos ©Anne Bourguignon « Le plus simple serait que je ne reste pas là, enfermé dans ma chambre, à m’obstiner devant mon ordinateur, à vouloir écrire ce qui m’a amené à ne pouvoir faire autre chose que ça, écrire. » Les amoureux de littérature, les maniaques de lexicographie, et les savants austères, connaissent le sens du terme…

Juste un corps, par Claude Arnaud, écrivain

Photomaton, collection de Claude Arnaud « Je peux énumérer les causes qui précipitèrent la Seconde Guerre mondiale, non celles qui me valurent une hernie hiatale. » (Claude Arnaud) Comme me l’écrit aujourd’hui le peintre et graveur Roland Sénéca, dans un courrier posté accompagné d’un dessin : « Vous verrez quand vous serez vieux, c’est formidable une vie de vieillard,…

Bon qu’à ça, par Jacques-Henri Michot, écrivain, veilleur

Willy Römer, « Berlin, 11 janvier 1919. Barricades faites de rouleaux et de liasses de papier journal dans la Schützenstrasse, devant le siège de la maison d’édition Mosse », 1919© Agentur für Bilder zur Zeitgeschichte « Dites-moi ce qui se passe sur la terre. » (Joseph Joubert) Dans ce monde effondré, dans la progression quotidienne de l’abjection…

La littérature et la peste, par Alain Jugnon, essayiste

« Quand j’écris je pense à Bernard Stiegler, d’abord à lui, et puis je me souviens de Dominique de Roux, ensuite. Qui était un éditeur, un essayiste, un romancier de droite entre 1966 et 1977. Un homme de lettres et un révolutionnaire obsédé par le nazisme, par la fin d’un monde venu de l’enfance. J’ai relu…