Koudougou l’indocile, par Philippe Quéméner et Michel Zongo

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© Philippe Quéméner

« Cavalier rouge vêtu de jaune / Sur la piste latéritique / Tu as assez répandu le sang de tes compagnons / Inconscience collective ou solution démographique ? »

Je ne sais pas si Tout commence à Koudougou, ville se situant à cent kilomètres à l’ouest de Ouagadougou, au Burkina Faso, mais dans ce livre conçu par Philippe Quéméner (photographies) et Michel Zongo (textes) pour les Editions de Juillet (Yves Bigot), chaque page donne envie de plier bagages séance tenante.

Michel Zongo est un écrivain burkinabé vivant à Koudougou, quand Philippe Quéméner habite à l’extrême pointe de l’Europe.

A l’instar de la ville africaine grouillant de vie, d’affairements et d’indiscipline, leur petit ouvrage carré (publié dans la collection Villes Mobiles) est une ode à la vitalité du peuple de la rue, des enfants, des travailleurs modestes.

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© Philippe Quéméner

Koudougou est une rebelle, une récalcitrante, une revendicative, un zéro de conduite, et un cœur enflammé, mais « c’est une Koudougou plus apaisée que nous avons souhaité montrer. La Koudougou d’Armand, de Salam, d’Appoline, de Shella, de Daouda et des autres. Apaisée sans être endormie. En mode veille. » (Michel Zongo)

Il y a beaucoup de rires dans les images de Philippe Quéméner, et de colère amère dans les propos de l’écrivain, évoquant la logique prédatrice des nouveaux maîtres en costumes trois-pièces, Chinois, Européens, Africains, et les formes d’esclavage modernes.

« Sécurité sociale ? Connais pas ! / Enrichissement incalculable / Travail d’un Black utilisant des Blacks / dans une ville blackiste »

En attendant le plein Etat de droit et la justice sociale, il faut bien vivre, s’aimer, se lever.

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© Philippe Quéméner

Sur Madame Moto montent le père, le frère, le fils, la fille, et le saint esprit, pourvu que ça tienne.

Tiens, il y a sur la piste quelques dindes, sacrément dingues même.

Balafons, djembés, musique mandingue et cris de bêtes.

Ah la volupté du temps africain, mais n’entendez-vous pas les jours nouveaux ? Time is money, my friend.

Ah, « Le trop-plein pour le Sahel / Où toutes les couleurs s’unissent / Pour ta consommation »

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© Philippe Quéméner

Smartphones, télévisions, écrans cassés, et gueules cassées sous les sourires à dents déployées.

On se bat dans la rue pour « l’esprit démocratique », pour la mémoire du capitaine Thomas Sankara, pour un homme violenté dans une prison.

Il y a sur la peau des cicatrices, mais les pires sont celles que la beauté cache.

« Cité cruelle / Pensée trouble / Coopérative ou coopération bilatérale qu’importe / Elle importe des devises et exporte des Yes we can / Au revoir la France bonjour l’Afrique / Saveur de pourri / D’étouffement / D’encombrement / Bref de dénaturation // Pourtant le tigre ne proclame pas sa dignité / Mais bondit sur sa proie »

Passe un homme blanc portant un appareil de vision. Qui lui sautera au cou ?

Dans la nuit africaine, il y a de l’insensé, et c’est peut-être dans cette fraternité de dépense que se dilueront les antagonismes du jour.

« La radicalité / L’extrémisme / Les clivages identitaires et religieux / N’ont plus droit de cité / Tout commence enfin »

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© Philippe Quéméner

Philippe Quéméner et Michel Zongo, Tout commence à Koudougou, Les Editions de Juillet, 2017, 86 pages

Les Editions de Juillet

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Se procurer Tout commence à Koudougou

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