Des miracles de tous les jours, par Denis Brihat, photographe

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© Denis Brihat

Dans le prologue de Fleurs (Hermann, 2006), Philippe Sollers fait le portait de l’artiste d’origine hollandaise et d’esprit encyclopédiste Gérard Van Spaendonck (1746-1822), découvreur du langage des fleurs sur soie et vélin.

Les mots que l’auteur du Lys d’or emploie pour désigner le directeur de l’Iconographie botanique du Museum d’Histoire naturelle s’appliquent parfaitement à son lointain successeur, Denis Brihat, « raison, curiosité, goût ».

Vivant dans le Vaucluse à Bonnieux, le photographe pourrait être désigné à la façon japonaise trésor national vivant, tant son travail d’une vie sur les fleurs, les légumes et les végétaux est merveilleux d’attention, de délicatesse, d’empathie.

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© Denis Brihat

Si l’on considère comme prioritaire aujourd’hui la constitution d’un parlement élargi des vivants, c’est-à-dire de l’ensemble des entités sensibles nous environnant, nul doute que l’œuvre de Denis Brihat pourrait, par son soin et son écoute, y contribuer grandement.

La finesse du regard scientifique poussé à l’extrême conduit naturellement à l’art. Il faut pour cela de la disponibilité, de l’obstination, et une volonté de construire à partir du petit point observé à fond un élargissement considérable du champ des possibles, qui est un art de vivre dans l’ampleur.

Il y a de l’infini dans les photographies de Denis Brihat, dont les tirages sont travaillés longuement à la façon d’un alchimiste.

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© Denis Brihat

Le laboratoire est ici l’antre d’un Cyclope ouvert à la volupté, un artiste né en 1928, à une époque « anténumérique » (Michel Poivert).

On découvrira dans la deuxième édition de son livre magistral, Les métamorphoses de l’argentique (Le bec en l’air), l’ensemble de ses recherches sur la vie intime des végétaux.

A la façon de Cézanne ne cessant de peindre des pommes pour espérer nous les montrer vraiment en vérité, Denis Brihat est porteur d’une même exigence d’absolu, faisant des oignons, des coquelicots, des kiwis ou des poivrons (hommage à Edward Weston) ses alliés fondamentaux.

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© Denis Brihat

La sexualisation des végétaux est évidente, intrinsèque à leur complexion, mais il y a plus : ce sont dans le regard du photographe de véritables personnes parlant une langue inconnue, des mystères de présence, des Indiens sans tomahawk.

L’émotion naît ici de la précision, et de l’incroyable inventivité de l’existant.

Si les sujets sont humbles, l’ambition est immense : rendre compte du vivant en son génie.

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© Denis Brihat

Les couleurs des tirages de Denis Brihat ne sont pas dues à « la balance standardisée des couleurs de l’industrie photographique », mais à la chimie des sels métalliques permettant une vision éminemment personnelle, ce qu’explique le photographe dans un texte vaste et passionnant conçu comme un objet de transmission aux plus jeunes générations soucieuses d’apprendre auprès d’un maître leur métier (le développement des négatifs, le développement papier, la sulfuration, les virages, l’oxydation).

« Dans ma vie professionnelle, j’ai abordé de nombreuses disciplines, portrait, illustration, architecture, reproduction, laboratoire… Toutes m’ont appris. Au fil de ce parcours, ma photographie personnelle a assez vite coïncidé avec ma décision de vivre en Provence pour deux raisons étroitement liées : me consacrer à un travail sur la nature et proposer des tirages photographiques ayant le même statut d’œuvre unique qu’un tableau ou une gravure. Cela voulait dire avoir des formats conséquents, adaptés au sujet, sur un support porteur d’une émotion. Entretenir ce dialogue avec la matière même de l’image imposait que je fasse mes tirages moi-même, que je développe mon propre langage technique. Ainsi, mon métier a été une recherche constante – faite de plaisirs, d’échecs et de quelques réussites -, une passion qui m’a aidé à vivre. »

Voilà toute la force et la beauté d’un brin de chiendent, ou d’un cabanon des Claparèdes, centre du monde désirable où Denis Brihat vivra en explorateur de l’infime.

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© Denis Brihat

Voilà une œuvre-vie à la façon des Antiques.

Voilà des photographies faites pour traverser le temps, comme une Arche de Noé végétale.

« L’orage rajeunit les fleurs » (Baudelaire), comme, quelquefois, la photographie.

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Denis Brihat, Les métamorphoses de l’argentique, textes de Solange Brihat, Pierre-Jean Amar, Didier Brousse et François Cheval, Le Bec en l’air, 2018, 240 pages

Site de Denis Brihat

Le Bec en l’air

Denis Brihat est représenté par la galerie Camera Obscura

Galerie Camera Obscura

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© Denis Brihat

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Se procurer Les métamorphoses de l’argentique

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