Métamorphoses en cours, par la poétesse Sylvie Nève, amie des bêtes

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Vous me l’accorderez, un livre commençant par « C’est en écrivant que l’on devient écrevisse » (Hans Arp) est un drôle de zèbre.

Donner la parole aux esprits animaux dessous notre peau, tel est l’objet de l’Abêtcédaire de la poétesse Sylvie Nève, trente-huitième publication de l’Arche de Noé brestoise Les Hauts-Fonds.

Certains se réveillent cancrelat ou blatte, d’autres se lèvent en jappant ou aboyant d’effroi, pourquoi pas.

Pourquoi des albatros en temps de détresse, dit l’autre ?

L’ânesse est ânoniste, tout va bien au pays des mains.

Enfants, lisons ensemble « Stridule glougloute », qui n’est dangereux que pour l’esprit de sérieux : « Brame babine biche s’ébroue grouine / caille miaule jappe glousse vagit / poupoule nasille cajole crie / roucoule loup babille hurle / bêle cochon vache jacasse beugle / jargonne jase cacabe croasse / glottore bécasse agneau bouc / carabe caquette carcaille chacal / craille criaille glapit râle / gazouille lapin minette pépie grogne / chèvre chuinte chien hue hulule / glapit criaille râle siffle / butor colombe poussin phoque / zinzinule fredonne glousse / pie glabre blatère bêle chevrotte / bibiquette jase cochon slow rugit / canard cocanard caconnin / souffle siffle barète barrit / baragouine grenouille poulette feule / caracoule porc poussin rat / couine colombe couine belette / fouine coasse vagit crie / bégaye s’ébroue cancane nasille / fouille bafouille froue trisse / zébu baisant zèbre zézaye / et zou ! »

Ça a un air de samsara vocal, non ?

Ça jouit par la glotte, non ?

Ça s’adresse même à Julien Blaine, que demande le peuple, non ?

Sylvie Nève s’amuse, soulève ses jupons, joue à Baubo, devient sphinge lubrique, et, poupoule, lapine, lapinette, minette, lespinasse salace, épinette directe, nous arrache aux lointains de la mélancolie.

« Ah queue / que le loup nous / queue ne nous qu’il / que ne nous la / que nœud nous la »
Formule magique, comme toute bonne poésie.

« Le chèvre-pied est un amant dont les fesses, goulûment velues, ont été frottées de thym frais. »

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Un chien rendit le sourire au vieux Robinson, il n’y a pas de barrière des espèces.

D’ailleurs Ponge, sec, pas du tout spongieux, voluptueux comme une allumette, un poulpe fossilisé, enragé, très jeune, sur la paille, sur le sable.

D’ailleurs Sylvie Nève composant « Huître » : « Frémissent, fermes, humées, réticentes / silences, yeuses, peu rieuses, parfumées, ruisselantes / s’ourlent, charnues, humides, rétractiles, baignées, toutes nues / vues, muqueuses, mucus, émues, belles / muettes mues, perlées perlières, éperdues… / Un rien en larmes – vulve au bord, oei-bouche sans parole / que l’huître. »

Il faut imaginer Sylvie Nève jubilant, babines retroussées, copine comme cochon, avec les écureuils, la grenouille rieuse et le hérisson.

« Boit-il le lait que je mets chaque soir dans une coupe vers le puits ? Les vieilles demoiselles du vallon assurent qu’il faut mettre un peu de lait pour le hérisson du jardin, quand la nuit tombe. Obéir et guetter – jusqu’à minuit. »

Comme disait De Gaulle, vive la pipistrelle libre !

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Sylvie Nève, Abêtcédaire, calligraphies de Catherine Denis, Les Hauts-Fonds, 2018, 144 pages

Les Hauts-Fonds

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Se procurer Abêtcédaire

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