De la noblesse des corps, et des images habitables, par Marc Pataut, photographe

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© Marc Pataut

« Je ne suis pas là pour vous photographier, je suis là pour faire un travail avec vous. »

Ouvrage publié à l’occasion de l’exposition éponyme de Marc Pataut présentée au Jeu de Paume (Paris), de proche en proche offre un aperçu très complet du travail de l’artiste, faisant en outre entendre sa parole au travers d’un long entretien avec Jean-François Chevrier, Stefano Chiodi, Marianne Dautrey et Pia Viewing.

Artiste né à Paris en 1952, ayant étudié la sculpture dans l’atelier du sculpteur Etienne-Martin à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Marc Pataut comprend en 1981 ce qu’est un portrait, après avoir confié, en tant qu’artiste intervenant, des appareils Instamatic à des enfants de six à dix ans soignés à l’hôpital de jour d’Aubervilliers.

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© Marc Pataut

Loin d’être seulement la capture d’un visage, le portrait est avant tout un rapport de corps à corps dans une interrogation sur ce qu’est le juste placement.

Cette éthique de la bonne distance et du regard à hauteur de chair, dans l’accueil des singularités de chacun, conduit l’œuvre d’un photographe particulièrement attentif à la présence des invisibles ou oubliés du système de représentation dominant.

Humaine (2008-2012) est ainsi un travail accompli avec trois femmes de Douchy-les-Mines (59) rencontrées durant plusieurs mois, chacune acceptant peu à peu, par la confiance et le dialogue de vérité établis, d’entrer dans un processus artistique au long cours, de se dévoiler, d’être regardée vraiment, et de se reconnaître dans l’image que leur renvoie le photographe, jusque dans l’audace de nudité.

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© Marc Pataut

Marc Pataut photographie comme on sculpte dans la matière brute, allant au contact des êtres rencontrés en leur puissance d’intimité, souvent dans des institutions, des lieux de soin préservant les plus vulnérables de la férocité sociale.

Son travail possède ainsi une forte dimension haptique, mettant en tension corps individuel (série Mon Corps) et corps collectif : « On pourrait parcourir ton œuvre, analyse le critique d’art italien Stefano Chiodi, dans l’idée que tout se tient. Il y aurait une charnière : l’intuition du corps comme paysage. »

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© Marc Pataut

Le regard de Marc Pataut, utilisant son propre corps pour témoigner de la violence exercée sur celui des autres (série Apartheid, 1986), est frontal, sans aucun misérabilisme, montrant en chacun un ordre de puissance et d’illimité, l’artiste n’enfermant sa pratique ni dans le pur geste plastique, ni dans la bonne conscience du reportage social.

Très conscient des réalités de la condition ouvrière, le photographe cherche les points de jonction possible entre autonomie du sujet sensible et corps démocratique pensé comme organisme vivant et secourable, par exemple pour les chômeurs.

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© Marc Pataut

Il travaille de 2012 à 2016 à l’hôpital de Bézier (centre de jour Victor-Hugo), et plusieurs années auprès de la communauté des compagnons d’Emmaüs.

« Mon travail, déclare-t-il, est de fabriquer des images habitables par les gens que je photographie. Des photos qu’ils puissent revendiquer et utiliser ou s’approprier. »

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© Marc Pataut

La pensée politique de Marc Pataut est une recherche d’unité dans la dissemblance, à partir du corps regardé comme un cosmos et un mystère.

Un homme ou une femme pose sur un fond noir, regardé longuement pour la première fois peut-être.

Un homme, tout l’homme, comme l’écrivait Sartre dans Les Mots.

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Marc Pataut, de proche en proche, avant-propos de Quentin Bajac, conversation entre Marc Pataut, Jean-François Chevrier, Stefano Chiodi, Marianne Dautrey et Pia Viewing, Jeu de Paume / Filigranes Editions, 2019, 240 pages

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© Marc Pataut

Exposition Marc Pataut, de proche en proche, présentée au Jeu de Paume (Paris) – 18 juin au 22 septembre 2019

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© Marc Pataut

Filigranes Editions

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