Manger & photographier les enfants, pour les sauver, par Julien Coquentin

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© Julien Coquentin

Julien Coquentin écrit des livres comme on invente les plus beaux contes pour ses propres enfants.

Son dernier-né chez son fidèle éditeur David Fourré (Lamaindonne), Tropiques, évoque une île, une robinsonnade, le photographe accompagnant ses images d’un long texte au statut indécidable, mi-autobiographique, mi-fictionnel, successions de nouvelles, dont le corps blessé de Mr Yu, las de vivre, lavé, soigné par le narrateur, est le centre discret.

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© Julien Coquentin

Un vieil homme invisible, deux petites filles intrépides traversant la brume en foulant les herbes hautes, voici l’envoi.

La végétation est épaisse quand la peau du Cantonais est si fine, il y a des cascades, des arbres noueux posant comme dans un studio de cinéma.

Mr Yu a perdu une jambe, l’enfant claudique s’appuyant tel Long John Silver sur une branche de bois.

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© Julien Coquentin
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© Julien Coquentin

Tout ici est de l’ordre de la merveille, de la contemplation, d’une sensation de respiration dans la probable moiteur.

Les enfants vont à l’eau, glissent sur les galets, font fuir de drôles de poissons.

Un cyclone nommé Maipelo est annoncé, la population s’inquiète, s’alarme, maudit.

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© Julien Coquentin

Julien Coquentin a certainement lu Conrad.

« Par la fente des murs, on écoutait la tempête mugir, qui essayait de s’introduire dans chacune des cases. Le chant langoureux des sirènes avait passé le bois, la longue plainte de Maipelo emplissait toute la nuit. »

Les scènes s’enchaînent, s’enchâssent, belles comme des enluminures, et de profond mystère.

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© Julien Coquentin

« Combien de temps passa avant que la tempête ne s’achève ? »

Il y a des désastres, un curé diabolique, un manguier torve.

Il faut tout reconstruire, et continuer à photoécrire.

Nuances de verts.

Gémissements des esprits de la montagne.

Coulées végétales menant à des gouffres.

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© Julien Coquentin

Une petite fille fabrique un totem, c’est une rescapée, rien ne peut plus lui arriver désormais.

Rugissements de la mer, calme après la tempête, des plages où échouer.

Un poteau de câbles électriques et téléphoniques sur lequel reposent des oiseaux de couleur : c’est le mât d’un voilier planté dans un village.

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© Julien Coquentin

Les mots prennent le relais des images, qui les prolongent, les déplacent, les déroutent.

Une femme tente de protéger son enfant d’un homme incarnant le mal.

« Tant de jours avaient passé, de tumultes et de désordres, que ce silence soudain devint irréel. La nuit entière se tint coite. Elle songea à son garçon bien vivant, des images comme des fulgurances traversèrent son esprit, elle le revoyait aux premiers jours de son existence, de la taille de ses deux poings réunis, déposé sur sa poitrine nue, son corps si petit enroulé, encore relié à ses intérieurs. L’imaginer partir était illusoire, impossible de concevoir enfouir son fils dans une fosse, elle devait le préserver, qu’il survivre en elle. Alors, elle s’agenouilla et la mère mangea son enfant, tandis que la nuit s’emplit à nouveau de la cadence sourde et régulière des tambours. La vieille dansait toujours. »

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© Julien Coquentin

Une hutte, des crucifix, un angelot de chair.

Visage d’une mère inquiète.

Ténébrisme.

Sacre, sacralité, sacré.

Les enfants jouent, sautent dans l’eau, de toujours plus haut.

Aboiement d’un chien dans la nuit, seul, lugubre, comme chez Guy de Maupassant.

Tropiques
© Julien Coquentin

Le temps est humide, à pleurer des larmes de pierres.

Il faut tenir, persister dans le paysage, faire preuve d’endurance.

« Elisabeth avait pris l’habitude de s’asseoir dans un recoin abrité de la pluie, qui faisait comme une cavité dans la roche noire, et de contempler sans se lasser l’étrange et sombre paysage. »

A demi-nus, les enfants sauvages de Julien Coquentin sont les maîtres du monde.

Son livre leur est offert, comme une arche de rêve.

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Julien Coquentin, Tropiques, éditions Lamaindonne, 2020

Julien Coquentin – site

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© Julien Coquentin

Lamaindonne

 

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