Futaies et dystopie, par Arno Brignon, photographe en Val de Loire

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©Arno Brignon

La vallée du Loir est l’un des secrets les mieux préservés de France.

Une rivière belle et mystérieuse, des villages ancrés dans l’Histoire ne cherchant pas à faire parler d’eux, des faisans un peu partout, la présence discrète du Prince des Poëtes.

En ces lieux où l’on respire large et bien, il y a le Moulin de la Fontaine, à Thoré-la-Rochette, espace d’hospitalité artistique créé par Monica Santos et Mat Jacob.

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©Arno Brignon

Premier volume d’une quadrilogie confiée à des photographes différents, pour la collection Terre et Territoires, Les doutes d’Arno Brignon, est un regard qui dérange, moins seulement élégiaque qu’inquiet, sur le Centre-Val de Loire, plus précisément entre Tavers et Thoré-la-Rochette, arpenté à pied, entre paysages désertés de la petite Beauce et sous-bois du Perche Vendômois.

Photographiant avec des films argentiques périmés, l’auteur de La formacion de las Olas (FIFV Ediciones, Chili, 2019), utilisant un appareil amateur obsolète, a traduit visuellement en des couleurs étranges et sensuelles un monde chimiquement attaqué.

Accompagnant son travail d’un texte ample témoignant de ses rencontres et de ses réflexions, Arno Brignon s’interroge sur le devenir d’un territoire aussi fabuleux que menacé par les dérives de l’agriculture déraisonnable. 

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©Arno Brignon

Impression de climat post-atomique, de beautés bizarres entre solitudes humaines et particules toxiques.   

La terre est harcelée, épuisée, les méthodes productivistes, adoubées par la PAC, sont efficaces – à courte vue -, mais délétères.

Il y a concurrence sur la Loire entre les châteaux et les silos des géants de l’agro-industrie.

« Le piège s’est refermé, analyse le photographe vivant généralement à Toulouse, mais constamment attentif aux mutations du monde rural. Contraints à des investissements colossaux, les cultivateurs sont tel Sisyphe, condamnés à produire chaque année plus pour moins cher. Et pas de changement en vue, à moins d’une véritable révolution. La dernière en date dans le milieu fut celle de la numérisation, suivant de peu celle de la mécanisation. Une évolution, encouragée par le politique, qui pousse à acheter ces machines, au prix pharaonique, censées permettre d’exploiter seul jusqu’à trois cents hectares. » 

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©Arno Brignon

Dans les images du membre de l’agence Signatures, l’anthropocène, rongeant les paysages comme les peaux, les animaux comme les végétaux, les terres comme les humains, est une pluie de particules fines colorant l’ensemble de l’environnement en des teintes surnaturelles, des violets, des bruns, des bleus, des gris, un orange irradiant.

Un groupe de personnages semble fuir à la tombée de la nuit. Apparaît le visage d’un gardien aux aguets, on voit une croix dans le lointain.

Où est Dieu ? Où est l’indemne ? Où est la grâce ?

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©Arno Brignon

Les photographies sont rayées, ou noyées dans un halo de lumière plus menaçant que salutaire.

Nous sommes des ombres errantes dans une dystopie à la Tarkovski.

On recherche ici l’amour, la chaleur, le repos.

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©Arno Brignon

La pêche est miraculeuse, mais n’est-elle pas empoisonnée ?

La rivière est sublime, mais peut-être fétide.

Un chasseur s’avance, les fougères sont des points d’enluminure, une mère embrasse son enfant : bonne chance, mon petit !

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©Arno Brignon

Ecrivant ses méditations, généralement désolées, avec une grande acuité de perception, Arno Brignon, que ses discussions avec des habitants, chasseurs, pêcheurs, agriculteurs, néoruraux, ont peu à peu transformé, ne cache cependant pas sa fascination envers la résilience du vivant, et la force submergeante de la nature géniale : « Alors que les jours s’enchaînent, mon sac à dos me paraît plus léger qu’au départ, comme débarrassé du superflu de ma vie. J’ai pris le rythme de ces journées de marche solitaire. Je fais mien ce tempo de vingt kilomètres par jour. Un effort constant, aussi monotone que le paysage, il me suffit d’avancer, pas après pas. Seule la météo varie. L’alternance entre le vide des grandes étendues, où le ciel occupe tout, et les bois où, masqué par le feuillage, il n’y a plus sa place, commence à me plaire. Dans cet enchevêtrement de yin et de yang, la beauté se mérite, elle est à chercher dans l’expérience intime. »

Voilà, Les doutes est une expérience intérieure.

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Arno Brignon, Les doutes, Terre & Territoires 1, texte Arno Brignon, Zone i / Filigranes Editions, 2021, 112 pages

Filigranes Editions

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Zone i

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Arno Brignon – site

 

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