Une peinture sans culotte, par Jacques Cauda, portraitiste critique

z

Veronica Franco, Le Tintoret

« Je parle à la vulve que j’ai esquissée, je lui dis la formule magique qui enchantait les Egyptiens : Descends, placenta, descends, placenta, descends ! Je suis Horus qui fait de la magie pour que celle qui donne la vie se sente mieux… »

Je ne comprends pas toujours Jacques Cauda, peintre dont les écrits sont parfois aussi brillants que sibyllins, truffés de formules lacaniennes et de profondeurs inexpliquées.

Avec Cauda priment la vitesse, l’ellipse, les embardées.

Furieusement sadien, antiprotestant rageur (éloge de la Saint-Barthélemy via Patrice Chéreau) au nom du libre droit à représenter, l’artiste qu’obsède le sexe féminin – le trou, l’origine, le visage de Dieu en ses guenilles sanglantes et ourlées à la façon de Bataille – identifie la peinture au foutre.

Dédicacé au poète et historien de l’art Marcelin Pleynet, Caméra Greco collige des textes concernant le sens même de l’acte de peindre, la figure humaine comme le sexe – existe-t-il quelque part des entretiens entre Jacques Cauda, Henri Maccheroni et Bernard Dufour ?

serial pinter p.77

©Jacques Cauda

Les plus grands chutent (Unica Zürn), mais il faut tenter inlassablement de dessiner des Assomptions.

« Peindre c’est donner au regard le trou que fait la peinture dans le réel que l’image a pris pour modèle et à qui elle se substitue. »

On naît de la soie des poils, et d’un néant intimement coloré.

« La peinture a été créée après le péché, pour que la mort des créatures représentées puisse être suivie de leur résurrection. En ses effets, la peinture est le gage d’une nouvelle création. »

On crée dans la déchirure, dans le crime, dans le sang.

Revoyant Hitchcock – très belle intuition concernant la vengeance des volatiles massacrés par Norman Bates dans Psychose dans le film sans fin (pas de The End) lui succédant, Les Oiseaux -, Cauda pense au Greco, le peintre qui l’inspira très certainement. 

e

Sainte Véronique, vers 1580, El Greco

Tolède est en feu, un enfant souffle sur des braises, Véronique tend un linge à l’inconnu passant devant elle.

Un tissu peut-être tenu entre ses cuisses.

Un vagin christique.

Le corps se tord, s’élongue, s’enflamme.

« Greco. Hitchcock. Ces deux voyants ont un autre point commun. Ils se situent à la charnière de l’ancien et du nouveau. Au point de rupture du Maniérisme pour le premier qu’il pulvérise pour une manière qui n’appartient qu’à lui. Et de l’image-mouvement pour le second qu’il fait glisser vers l’innovante image-temps. »

Que voient les œuvres d’art quand elles nous voient ?

La peinture de Jacques Cauda n’a pas de culotte.

p.46

Les trois crânes, vers 1898, Paul Cézanne

« Question : à quoi rêve un tableau ? »

A une harmonie entre de nombreuses relations ?

Comme disait Cézanne.

On peut lire Caméra Greco comme un journal de création.

009554480

Jacques Cauda, Caméra Greco, Marest Editeur, 2021, 98 pages

Jacques Cauda – site

NOUVEAU-FOND-FB-2021-2-1536x569 (1)

Marest éditeur

alleegorie__les_funeerailles_de120752_0

Les funérailles de l’Amour, vers 1580, Antoine Caron

logo_light_with_bg

Se procurer Caméra Greco

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s