
©Benjamin Deroche
Passionné par la littérature, Benjamin Deroche recherche dans ses séries consacrées aux lieux où vécurent les écrivains qu’il admire – Marguerite Duras, Philippe Le Guillou, Vitorino Nemesio, Jens Peter Jacobsen, Jean-Jacques Rousseau, Rabindranath Tagore, Paul Auster, Alexandra David-Néel – des présences, des signes, des écho-incidences.
La vie crée l’écriture, qui invente de nouvelles possibilités existentielles, d’autres potentialités, des chemins de rencontres inédits.
A Ostende, le photographe français installé dans le Finistère s’attache cette fois au fantôme du peintre Léon Spilliaert (1881-1946), grand errant, insomniaque entré par ses œuvres graphiques, essentiellement sur papier, dans la matière même de la nuit et de la mélancolie.

©Benjamin Deroche
Dans cette ville balnéaire de la mer du Nord où règne, quand la grisaille emporte les derniers rêves de faste, un profond sentiment de solitude, Benjamin Deroche a marché longuement, accordant son introspection à celle de son sujet évanoui dans les formes tremblantes d’un paysage marqué par le vide et les traces ténues des humains absentés.
Le silence est omniprésent que trouent des mystères de lumières vers lesquels tendre les yeux.
Nous sommes en hiver, la digue est déserte, les galeries royales ne sont plus fréquentées que par la froidure.
Benjamin Deroche travaille avec la substance même de la photographie vécue à la fois comme une puissance de révélation et comme une énigme.

©Benjamin Deroche
En ses photographies impeccablement structurées – lignes d’horizon, rambardes, fenêtres, colonnades, pavages, bâches zébrées -, le grain indique à la fois la pulvérulence du temps, une entrée dans le domaine des songes, et une vie secrète.
A l’époque de la vitesse accrue de la reproductibilité technique des images, Benjamin Deroche arrête le regard : ses cadres de vision, montants solides dans la tempête magnétique des particules photographiques, sont des appels de méditation.
La lumière éblouit ou pénètre doucement dans les méandres de notre esprit, gardant en elle quelque chose de cette aura, dont notre époque de profanation cherche à se débarrasser.

©Benjamin Deroche
Par son esthétique, évoquant la pensée symboliste du peintre, entre retrait du sacré et persistance d’une quête, Benjamin Deroche rappelle la force du manifesté, le miracle de toute apparition, mais aussi une réalité plus profonde que celle que nous confondons avec l’ordre des jours d’affairement.
Il s’agit ici de percevoir qu’au cœur de la solitude, quand elle n’est pas force de néantisation, bat la trame illuminée d’une existence peut-être âpre, mais essentiellement merveilleuse.
En conversant par ses photographies avec le peintre ostendais, l’artiste français nous invite nous aussi à un voyage intérieur.
On y découvrira des respirations de sable, des néons pensés comme des amers, des fictions suspendues, un corps à la rencontre d’un autre corps.

©Benjamin Deroche
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https://www.benjaminderoche.art/album/5sazblx4

©Benjamin Deroche
Benjamin Deroche est représenté par la Galerie Rouge (Paris)