©Serge Airoldi « Fuir, mais en fuyant, chercher une arme. » (Gilles Deleuze, Dialogues) Insula Bartleby, de Serge Airoldi, est une lecture savoureuse, magnifiquement informée, du texte de Melville publié une première fois en 1853, et de ses exégèses. C’est une œuvre très libre, interrogative, suspensive, déclarative, guidée quelquefois par la logique des paronomases à la façon…
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Nicolas de Staël, le feu, l’offrande, l’épuisement, par Stéphane Lambert, écrivain
Paysage de Vaucluse, 1953, Nicolas de Staël « Il s’était dit lui aussi qu’il n’avait fait que cela dans sa vie, peindre des temples, concevoir des offrandes aux dieux (à l’amour), des zones de recueillement entre l’ici et l’ailleurs » Stephane Lambert s’intéresse aux artistes porteurs d’un feu intérieur, aux regards incandescents, aux existences brûlées. En écrivant…
Une parade sauvage de trente-quatre mille ans, par Jean-Jacques Salgon, écrivain
Grotte Chauvet « La caverne est un ciel, une nuit éternelle qui est aussi un autre jour, ce pourquoi ici comme à Lascaux, comme à Altamira ou à Rouffignac, des rondes divines de bisons, d’aurochs ou de mammouths continuent de tournoyer au-dessus de nos têtes, animaux planétaires ou galactiques peuplant des plafonds taillés dans le roc…
Chartres, calme jubilation du temps, par Diane de Margerie, écrivain
« Une des inventions les plus bizarres de l’amour n’est-elle pas de nous faire reconnaître l’amour là même où il n’est pas ? Celui qui traverse la rue là-bas a quelque chose de l’être aimé – son imperméable ou bien son port de tête ; celle qui se hâte devant nous, même si elle est brune (alors…
Matières de Grèce et des images, par Jean-Christophe Bailly, philosophe
Waldemar Deonna « L’oubli fait partie du souvenir et le conserve comme une couche protectrice qui saute dès qu’on revient sur place. Sans cette couche protectrice les souvenirs se toucheraient et ce serait comme devenir fou. » Quel plaisir que de voyager en Grèce avec Jean-Christophe Bailly, dont les carnets et autres textes hellènes paraissent chez Arléa,…
Beautés de l’art paléolithique, par François Warin, philosophe
« La première main n’est pas la main malhabile, tâtonnante ou enfantine mais la main de maître. » Parce que tout est déjà là dès l’origine – point de vue de Picasso et Bataille -, parce que l’idée du progrès en art est une foutaise, parce que la sensation de beauté est anhistorique, l’art pariétal aurignacien (Chauvet,…
Atget sauve, par Baudouin de Bodinat, écrivain
Eugène Atget, par Berenice Abbott « Atget ne s’intéressait pas au pittoresque, au curieux, au charmant. Il n’était pas nostalgique. Il fut mélancolique et enragé. Il eut devant lui un jour la tâche immense de sauver ce qui fut, le monde pré-industriel ; cet Autrefois où l’homme était chez lui encore, parmi les choses, les années commensurables ;…
La grande santé des maladies, par Antonella Moscati, écrivain
« Quand on n’avait pas encore compris ce que nous avions, c’est-à-dire à peine avions-nous un peu de fièvre sans plaques dans la gorge, on nous mettait tout de suite un bon suppositoire, presque toujours du Pyramidon, qui cependant ne servait pas à grand-chose, pour ne pas dire à rien, si ce n’est à faire transpirer…
Wittgenstein vomit les tièdes, par Roland Jaccard, écrivain
« D’une certaine manière, il vivra avec la conviction que le suicide est la solution la plus convenable, lorsqu’un homme cesse d’être à la hauteur de ses exigences morales. » Drôle de type que Ludwig Wittgenstein (1889-1951), génial, fascinant, et insupportable. Arrogant, misogyne à l’extrême, volontiers antisémite (judéité niée), l’auteur du fameux Tractatus logico-philosophicus a tout pour…
Yūzen, l’art de la peinture sur kimono selon Kunihiko Moriguchi
« Je voulais que ma sensibilité japonaise explose dans le monde entier comme une bombe. » Trésor national vivant depuis 2007, comme son père avant lui peintre de kimonos, Kunihiko Moriguchi est un homme que je fréquente depuis plusieurs jours grâce à Marc Petitjean, dont le livre L’ami japonais, publié par Anne Bourguignon chez Arléa, narre le destin….
La mémoire orale contre l’écrit, par George Steiner, critique littéraire, écrivain, philosophe
Publié une première fois en janvier 2005 dans la revue Esprit, Le Silence des livres (Arléa, 2019) est un très beau texte de George Steiner sur la vulnérabilité de l’écrit, son histoire récente, et les pouvoirs considérables de l’oralité perdue. « L’écrit dessine un archipel dans les vastes eaux de l’oralité humaine. L’écrit, sans même s’arrêter…
Thomas Bernhard, le cataclysme, par Gemma Salem, écrivain
« Ah Fellini lui manque ! Marcello lui manque. Gainsbarre lui manque. Orson lui manque. Où sont passés les types comme ça ? » J’écris beaucoup, certes, mais je chronique bien moins de livres que je n’en reçois, tant nombre de textes publiés me semblent inutiles, mal écrits, naïfs, moimoiesques, pleins de bons sentiments, d’un humanisme facile, et franchement…